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C’était il y a 1 an…

Il y a 1 an, j’écrivais une lettre … 

7 janvier 2015

Ce matin, la peur s’est invitée dans mon pays. Enlisant mon coeur et mon esprit de colère, de pleurs et d’incompréhension. Aujourd’hui, mercredi 7 janvier 2015, la haine a ravagé la vie et la liberté. Le temps est désormais aux questions, car l’interrogation mêlée d’indignation prend le pas sur la terreur. Notre colère peut­elle être au moins constructive face à cette prise de conscience même tardive ? Nous avons ignoré une réalité présente depuis bien longtemps au sein de notre pays, de notre société, de nos concitoyens, de nos voisins, de nos collègues, de nos amis parfois. Les idées n’ont pas de frontières, pas d’âge, pas de sexe, pas de fonction, pas de classe sociale, pas de religion ni de nationalité. Elles voyagent et grandissent à travers chacun d’entre nous. L’état de vigilance absolue est déclenché, mais soyons d’abord vigilants concernant notre libre arbitre, ne nous trompons pas d’ennemi, ne nous trompons pas de pensée, ne nous trompons pas d’action.

Jeudi 8 janvier. Vendredi 9 janvier. Nos coeurs saignent encore. Et toujours. Une incessante vague de drame. Je ne parviens plus à dormir. Je ferme les yeux et des questions surviennent, des cris, des larmes, des images désormais indélébiles, marquées au fer rouge dans mon corps et dans ma mémoire. Car c’est une partie de chacun d’entre nous qui a été violée, pénétrée avec cruauté en faisant couler le sang de la liberté, de l’innocence et de la paix. Mes matins sont marqués par la violence d’une nouvelle annonce tragique et mes journées sont rythmées par une incessante course à l’information. Je cherche des réponses que je ne trouverai jamais. Car je ne comprends pas la haine. Face à mon désarroi, ma tristesse, mon étonnement permanent face à la violence, mes proches me demandent si j’ai peur. Oui j’ai peur, mais ma peur dépasse ce sentiment d’angoisse que je connais d’instinct depuis mon plus jeune âge, le premier âge de prise de conscience. Je découvre aujourd’hui une nouvelle étape de cet éveil intellectuel, un état d’angoisse engagé, d’une dimension universelle. J’ai peur. Mais pas pour moi. Je n’ai pas peur de marcher dans la rue pour revendiquer mon indignation, ma tristesse et ma colère, je n’ai pas peur de vivre au milieu de mes concitoyens musulmans, juifs ou catholiques, je n’ai pas peur de m’exposer aux risques de la vie et de mes idées. Mais j’ai peur pour mon pays, pour le monde, pour les hommes. J’ai peur pour nos idées républicaines, pour La Liberté ; d’opinion, de pensée et de croyance. J’ai peur de l’effondrement de nombreux combats rendus pour l’égalité de tous entre tous. J’ai déjà peur de l’essoufflement de cette solidarité soudaine, car même la mienne fut tardive finalement. J’en ai honte. Mais je veux être fière de mon éveil et de ma volonté à lutter, contre et à réfuter la haine et la violence. J’ai peur. J’ai peur pour ceux que j’aime, pour les anonymes innocents qui m’entourent, dont je croise le chemin. Cet enfant, cette femme, cet homme, ces familles que je ne rencontrerai jamais et qui sont désormais la cible de la haine. Nous sommes tous exposés. En cela aussi, nous sommes tous Charlie et nous devons le rester. Je me rends compte que la vie se charge chaque jour de nous éduquer, en nous mettant face à des choix mais aussi à des contradictions intérieures.

Aujourd’hui j’accepte qu’une prise de conscience n’est jamais tardive, qu’un engagement n’arrive jamais trop tard. L’homme est faillible. Nous devons l’accepter. J’ai toujours voulu croire au pardon, à la rémission, sans doute par une naïveté juvénile qui m’habite parce que je veux vivre dans l’amour de mon prochain. Oui, je veux croire à la paix. Mais aujourd’hui je ne pardonne pas. Aujourd’hui je condamne. Et je souffre de sentir la colère s’enliser dans mes veines. Aujourd’hui je décide de changer. Je décide de me préoccuper d’un combat je peux mener, parce que je découvre que nous avons chacun nos armes. Alors à vos marques, prêts, marchons.