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la consult' Melody

La consult’ de Melody #8

28 octobre 2021

8ème séance

Je suis toujours autant terrassée par ma condition de femme. À chaque cycle, mon corps se rappelle à mon bon souvenir et me confirme que le temps de la ménopause n’est pas encore venu. Je me transforme en une forme, informe, lourde et lente, qui tente désespérément de se mouvoir et de résister à l’envie irrépressible de renoncer à tout lien social plongée dans un sommeil profond. J’active le mode avion autant que possible en tirant les rideaux et je grille quelques cartouches énergétiques en montant le thermostat à 25 degrés. Fuck la planète, pendant 48h je suis climatojmenbaslescouilles. 

Un jour, un de mes chapitres sentimentaux m’a lancé, dédaigneux : « je ne comprends pas pourquoi vous (les femmes) êtes toujours étonnées chaque mois ! parce qu’il se passe toujours la même chose, vous devriez avoir l’habitude depuis ! » 

À cette heure encore, je ne comprends pas pourquoi il a gardé toutes ses dents… Ah si ! Parce que j’étais étalée sur le sol à me tordre de douleur sans que mes jambes ne puissent me porter jusqu’à sa sale gueule de petit con misogyne. 

On n’est jamais autant féministe que quand on a nos règles les gars. Gare à vos propos. Et ce ne sont pas seulement les hormones qui nous font vous sauter à la gorge à cette période mais aussi la fatigue, la douleur, la faim, les ballonnements, les nausées, les migraines, la diarrhée et l’injonction sociale qui nous oblige à faire comme si tout allait bien. Alors fermez-là et roulez-nous un joint de CBD servi avec une boîte de Délichoc. 

Deux secondes, je prends une taffe. 

… 

Mais c’est quoi cette merde ? Ça m’fait rien, mets-moi de la beuh et écrase-moi un lexo qu’on en finisse ! Tu vois pas que je souffre abruti ? J’ai pas le temps pour la médecine douce bordel ! Mais non pas comme ça ! Prends le mortier ! Tu vas en mettre partout avec le maillet. Vas-y, file-moi la paille et le briquet ! Plus vite ! T’es nul ! Oh oui….voilà. Je t’aime. T’es le meilleur mon amour. Merci… 

Je flotte enfin dans une demi conscience, débranchée de mon corps en maintenance organique et je vogue dans un monde cotonneux créé de toutes pièces. Je suis le Mark Zuckerberg de ma propre vie, je crée mon programme. J’invoque d’autres hologrammes qui m’entourent et que j’arrive à tolérer. Ils me parlent, j’écoute à peine. Trop de débit, je mute. Je métaverse mon existence. Je me déconnecte en me connectant ! Oh déliiiiiiiiire la mise en abyme ! C’est fou. 

Redescends Martine, repose ce joint et bois un peu de Volvic !

Oui, c’est dingue et pour l’instant ce n’est que dans ma tête. Mais Facebook se penche bel et bien sur la création d’un nouvel univers numérique, le Métaverse. Un monde parallèle numérique mêlé à la technologie de réalité virtuelle. 

Plus besoin de fumer. Ready Player One, c’est demain. Plus besoin non plus de marc de café pour lire l’avenir, il suffit d’aller au cinéma. Depuis toujours tout s’entremêle… Qui inspire qui ? Est-ce que les fictions dépassent la réalité ou bien la réalité nourrit-elle les esprits créateurs ? L’œuf ou la poule ? Léonard de Vinci avait déjà fusionné l’art et la création technologique finalement… Tout est à jamais lié. Les rêves des hommes et la science ne font qu’un. 

Et qui dit nouveau projet, dit nouveau nom, apparemment. Zucky a présenté tout ça hier lors de sa conférence annuelle Connect et désormais son groupe s’appelle…Meta !

C’est vrai, pourquoi faire compliqué ? On ne peut pas non plus investir autant de neurones dans la création d’un nouvel univers que dans un service de communication. Apparemment. Inutile de dire que Twitter s’est emparé de la nouvelle aussi vite que Zemmour de son humour douteux au salon Milipol. Et ça mitraille. Ça trolle et ça détourne à tout va. La saison est à l’honneur et les prévisions météo pleuvent : à base de Meta cagoule ou ta petite laine. Mouais. Bon. C’est comme ce nouveau nom, on s’attendait à mieux. Comme un goût de déception en arrière bouche. Mais c’est peut-être la raclette du week end dernier, prolongée toute la semaine, qui peine à se faire une place dans mon organisme…  

Mark s’est donné 5 ans pour nous transformer en avatar, mais en attendant ce week-end, c’est Halloween, l’occasion de frissonner sans nos lunettes VR avant de plonger totalement dans la science-fiction. 

Love, Durex et Lexomil 

Mélody