Fary ou l’élégance du stand-up

FARY

C’est avec une douceur et un calme olympien que Fary nous a accueillis dans sa loge, juste avant son spectacle pour une interview exceptionnelle. Désigné comme l’humoriste à la mode par GQ, Fary est surtout un fin esthète de la langue française, de l’esthétisme et de la bossa nova. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je ne suis pas vraiment intéressé par la mode. Je suis attiré par l’esthétisme.

Du haut de ses 25 ans, ce prodige de la scène nous a déployé lors de cette entrevue, une sagesse et une réflexion hypnotisante. Rencontre.

Tu as commencé très jeune. Comment s’est fait ce choix de la scène ?

FARY : Ça s’est fait de manière plus ou moins naturelle. C’était très naturellement qu’on m’a dit que je devais faire du théâtre. C’est un truc qu’on me rabâche depuis tout petit.  C’est peut-être parce que je suis en représentation constante dans la vie tous les jours (rire). À l’époque mon oncle faisait partie d’une association qui organisait des spectacles. Je venais faire un sketch. C’est comme ça que j’ai commencé, à l’âge de de 11 ans. Ensuite au lycée, j’ai rencontré une prof d’histoire qui devait me trouver plus ou moins drôle. Cette dernière m’a dit «un jour je t’écrirai un one-man show». Ensuite j’ai commencé à faire des scènes ouvertes. Il y a eu le Field, «On ne  demande qu’à en rire», «Adopte un comique» avec Kader Aoun (son metteur en scène actuel, ndlr), ensuite le Jamel Comédie Club. Et j’ai fini par signer avec Jean-Marc Dumontet.

Le choix de ce personnage «stylé», tu l’as créé pour la scène ou il s’est développé dans ta vie personnelle ?

F. : Je suis comme ça. Notre métier marche pas mal sur notre personnalité. C’est parce qu’on se crée une personnalité plus ou moins complexe et intéressante que sur scène on devient plus intéressant. La manière dont je suis sur scène est un peu grossie parce que je ne suis pas si hautain, si sûr de moi dans la vie de tous les jours. Mais cette quête d’esthétisme, cette envie de bien parler français, cette manière un peu musicale de parler, c’est quelque chose que j’ai dans la vie de tous les jours.

Dans ton spectacle tu as fait le choix d’aborder pas mal de thèmes politisés, qui sont d’ailleurs, très bien accueillis par le public. Cela aurait pu constituer un risque pour toi. Pourquoi ce choix ?

F. : Ça vient de cette envie de se démarquer. C’est là aussi le propre de notre métier. C’est un art! De l’art découlent des performances. Et nous, notre performance c’est de faire rire avec des choses avec lesquelles tu ne t’attends pas à faire rire. Donc forcément, les sujets un peu plus graves, un peu plus compliqués, sont des sujets qui nous intéressent. Ce que j’ai appris au cours de ces dernières années,  c’est que ce n’est pas le sujet en soi qui a de l’importance mais c’est ce que l’on raconte du sujet.

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©Hélène Pambrun

 Et concernant la partie de ton sketch qui parle de ton style ?

F. : Je dis ce que j’ai à dire là-dessus, c’est-à-dire parler de la société de consommation, de la place que notre image a dans la société, dans nos échanges, les a priori qu’on peut avoir sur notre apparence…

Aujourd’hui si tu pouvais être l’égérie d’un couturier, qui choisirais-tu ?

F. : Je n’en choisirais pas.  Il faudrait que ce soit eux qui me choisissent. Et contrairement à ce que l’on croit, je ne suis pas vraiment intéressé par la mode! J’aime le style, j’aime m’habiller. Mais tu vois, pour moi, une paire de baskets qui coûte 800 € , ce n’est pas possible! C’est hors de question, parce qu’elles vont aller par terre ! (rire) Tu vois, c’est ce truc là dans la mode qui me dépasse. Moi j’aime l’esthétisme.

L’humoriste qui te fait plier en quatre ?

F. : L’humoriste qui me fait le plus rire n’est pas celui qui m’impressionne le plus, c’est un américain. Il s’appelle Kevin Hart. Mais celui qui m’impressionne le plus est Mathieu Madénian.

Et tu joues juste après lui sur la scène du Grand Point Virgule…

F. : Au départ je voulais jouer aux Paname Art Café parce que j’avais vu son spectacle là-bas. J’avais ensuite envie de jouer au Grand Point Virgule à la base parce qu’il y avait Elie Kakou. Mais d’y voir Mathieu m’a encore plus donné envie. Ça a toujours été un modèle dans mon parcours… Donc oui, aujourd’hui partager la même scène que lui, c’est très particulier.

Demain si on t’invite à dîner, que refuserais-tu de manger?

F. : Du poisson. J’ai arrêté le poisson parce que mes parents ont grandi au Cap Vert. C’est un pays de pêcheurs donc tout le monde aime le poisson chez moi. Quand j’étais petit, on me forçait à manger du poisson. Donc dès que j’ai eu le choix,  j’ai arrêté.

Si tu devais t’inventer une vie pour épater tes enfants, à la Big Fish, que leur dirais-tu ?

F. : Je dirais qu’avant j’étais super musclé!

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©Julien Weber

 Le sexy pour toi c’est quoi ?

F. : C’est l’élégance. Quelqu’un d’élégant par extension devient sexy comme Monica Belluci ou Ryan Gosling. Il n’est pas forcément beau mais sexy.

Quel cliché social te débecte le plus ?

F. : Dire que les mecs de banlieue sont comme Serge Aurier. (footballeur du PSG, ndlr)

 Quel reproche ne te déplaît pas ?

F. : T’es bizarre.

Ta punchline préférée pour séduire une gente demoiselle ?

F. : (Rire) Mais je ne séduis pas moi ! Je me laisse séduire. C’est dépassé les punchlines. Les mecs qui draguent avec des punchlines, c’est juste qu’ils ne savent pas draguer. Le mieux c’est de se laisser séduire, de ne pas montrer qu’on est dans la séduction. Il faut jusqu’au dernier moment, laisser planer le doute et faire en sorte que la fille ne sache pas, si je suis en train de la draguer ou pas…. C’est ça la technique.

À quelle époque aurais-tu aimé naître ?

F. : J’aimerais pas mal le futur. J’ai beaucoup d’espoir en notre avenir.

Un conseil de film?

F. : Le film qui m’a le plus marqué ces dernières années est Her de Spike Jonze. Il m’a vraiment marqué.

Un son que tu aimes écouter de bon matin?

F. : Il y en a tellement ! J’écoute tout le temps de la musique : quand je vais me doucher, quand je vais me coucher, quand je fais du sport… Mais le matin en général, j’aime bien écouter de la bossa-nova. J’aime bien les sons Brésiliens; ce sont les musiques que je vais préférer écouter le matin parce que c’est calme, rythmé, positif.

Mis en scène par Kader Aoun, retrouvez Fary le 27, 29 et 30 novembre 2017, au Cirque d’Hiver Bouglione ! 

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