Gad Elmaleh : « Mon prochain spectacle va être taillé à la lame »

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Après neuf spectacles, Gad Elmaleh n’a pas perdu l’envie de monter sur scène. En effet, l’humoriste qui a fait une tournée aux Etats-Unis et qui prépare son Dream tour à travers le monde, travaille déjà son nouveau spectacle. Pour ce faire, il vient tester ses sketches dans les comedy clubs de France, dont le Paname Art-Café, où nous l’avions rencontré. Avec lui, nous avons évoqué son actualité, sa vision du stand-up français mais aussi Elie Kakou avec qui il a commencé.

Pourquoi ce choix d’aller faire une tournée aux Etats-Unis ?

Déjà pour vivre mon rêve américain, cela faisait longtemps que je voulais aller vivre aux Etats-Unis. C’est un rêve que j’avais dans la tête avant même de commencer ce boulot. Ensuite j’ai eu ma carrière, ca s’est bien passé, donc j’ai voulu me défier un peu, me challenger. Après en dehors du rêve américain, il y avait le challenge personnel de se remettre en question de jouer dans une autre langue et d’attaquer un autre public et je l’ai fait pour me faire peur et sortir de ma zone de confort. Très sincèrement, je n’aurai pas pu le faire si je n’avais pas fait tout ce que j’ai fait en France. 

Justement concernant ce besoin de revenir. Comment l’expliquez-vous ?

On ne peut pas dire que je reviens, je ne suis jamais vraiment parti. Le temps que je passe ici comme au Paname, cela m’excite. Cela me procure de l’adrénaline, quand je sais que je vais jouer dans des salles qui ne s’attendent pas du tout à me voir, j’en tire quelque chose, je prends mes petites notes et je sais ce qu’il y a dans les rires que je reçois. Je sais que 50% c’est parce que je suis que je suis et 50% je vois quand c’est drôle ou pas. Les gens sont plus durs car tu es un pro Je vais construire mon prochain spectacle comme cela. Je veux aller dans tous les clubs pour tester. Là je sors de scène, j’ai testé une seule vanne, cela m’a pris vingt secondes. J’ai fait uniquement de l’impro mais j’ai vu que ma vanne a pris, donc je vais essayer de la développer ici. Quand j’ai une idée, je la note, j’en parle à ma soeur, une fois que j’ai ramassé beaucoup de notes. Je fais comme un ping pong avec elle. Quand je suis sur scène, j’enregistre mon passage et je lui envoie. Ensuite, je vois avec elle ce qu’il faut en faire. 

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Crédit photo : Instagram du Paname Art-Café

Le stand-up semble vraiment votre passion, on ne risque donc pas de vous revoir au cinéma ?

J’ai essayé le cinéma mais j’ai vu que ce n’était pas mon truc, j’ai envie de parler avec les mecs qui sont passionnés par le stand-up, aller faire un set, revenir et repartir dans un autre club. J’ai atterri ce matin, je suis encore dans le décalage horaire, je suis arrivé de New-York ce matin. Je pourrais aller bruncher mais cela m’ennuie. Même si j’avais un plan avec une nana, je préférais l’emmener dans un comedy club. Je n’ai pas envie d’aller dîner en tête à tête. Ma vie c’est ça, parler avec les humoristes. Je préfère parler avec eux qu’avec les acteurs.

C’est en parlant avec les gens que l’on nourrit sa créativité…
Plus tu vas loin et tu cherches et tu te nourris d’expériences et plus tu veux revenir à la source. Le fait d’aller au Paname ou dans d’autres comedy club cela me fait kiffer. Je me retrouve à faire des soirées avec une blogeuse : « On va aller dans un super resto tout nouveau, ils font un soft opening, ils sont fous les gens ». Soit je suis avec mon fils, soit je fais de la comédie. J’ai pas besoin de nouveaux amis, j’ai 46 ans, j’ai tous mes amis : le râleur, le mec intelligent, le sérieux, l’artiste, j’ai toute sorte d’amis, un peu comme mes cartes Pokemon. Ce sont mes amis d’enfance du Maroc.

« En arrivant ici. Je me suis dit : « Là on est en train d’assister à un truc » « 

Vous faites seulement du stand-up, vos anciens spectacles qui étaient du one-man avec des personnages c’est fini ?

Je pense que je le referai. Tu sais quoi ? Je pense que dans mon prochain spectacle, je vais en remettre quelques-uns. J’ai une idée de deux, trois personnages que j’ai envie de faire.

Quels seront les thèmes que vous allez aborder dans votre prochain spectacle ?

Mon prochain spectacle va être taillé à la lame. Je ne suis plus embarrassé concernant ce que je dois dire ou pas. Cela m’a tellement fatigué ce que j’ai lu ou entendu là dessus que mon prochain show, j’ai vraiment envie d’être totalement libre. Cela me saoule tellement le politiquement correct. Les gens sont crispés ils ont peur eux-même s’ils se créent des polémiques tous seuls. Tu vas avoir une histoire sur l’homophobie ou concernant les noirs et les gens concernés se disent « quoi ? de quoi vous me parlez ? » La sauce elle prend et tout le monde dit « ouais, tu as vu la polémique .»  Cela me fatigue…

Votre avis sur le stand-up français ? C’est une discipline nouvelle ici…

Je sens qu’il est vraiment en train de naître comme il faut. Il n’est pas récupéré de manière maladroite. On a besoin de la presse, ils doivent nous aider. Les caméras de télé doivent venir dans les comedy clubs. Pas traiter des polémiques. Après si on parle des sujets qui fâchent comme le plagiat autant faire parler tous les comiques mais il faut donner ce temps d’antenne. Ce qu’il se passe maintenant. Des gamins de 20 ans qui vont être des bombes dans 20 ans. Il faut les aider maintenant, il y a des lieux. Je ne vais pas la jouer tout est mieux en Amérique mais à New-York dans les clubs il y a que cela. Tu viens et tu montes sur scène, ensuite tu parles. Cela est en train de se faire. Comme les podcasts. Le podcast c’est pas seulement une posture mais une manière d’aider cette voix-là de manière plus subtile et juste par rapport à ce que c’est. Faire un entretien d’une heure à la radio cela n’a aucun intérêt mais un podcast tu as envie de l’écouter. Là on voit qu’il se passe quelque chose.

Vous l’aviez remarqué en arrivant sur place ?

Oui j’ai vraiment découvert cet engouement en arrivant ici. Je me suis dit « Là on est en train d’assister à un truc », comme au début du rap en France dans les années 80. C’est en train de se passer, donc il faut en parler. Il y a une parole qui est beaucoup plus libérée. Il y a un truc plus cool, plus moderne, plus accessible. Cela te parle, les humoristes sont plus ou moins bons. Mais au moins cela te parle. Tu ne peux plus faire des sketches et arriver en disant « dis, donc tu l’as mise où ma brosse à dents ? »

Qu’est-ce que le stand-up français a de plus que le stand-up américain ?

Il est plus humain. Que ce soit par rapport à la nature des gens, ce qu’il s’en dégage, on est beaucoup plus connecté. C’est peut être par ce que je suis d’ici mais on a un autre truc, on a le sens du spectacle. Parfois le stand-up américain, même si ce sont des génies, c’est une conférence. Ils font blagues sur blagues. Les américains ne laissent pas assez la place au kif et ils sont mal habillés, ils ne mettent pas de musique. Nous on a le défaut inverse. Il y a la lumière la musique et tout mais elle est où ta blague ? On fait parfois des phrases trop longues. Les rires sont trop espacés ce n’est pas assez efficace. Donc si on arrivait à mélanger les deux ce serait bien.

Comment se passe votre phase créative ?
J’ai deux phases, la phase où j’ai une idée qui vient. C’est la matière première. Elle doit être totallement ressentie. Par exemple, j’avais fait un truc en anglais sur les gens qui ont un coussin dans l’avion. Je ne sais pas ce que cela va donner après mais le premier truc c’est que des choses vagues. Ce matin, par exemple, j’ai vu un mec se faire arrêter par la police. Il parlait avec le policier. Chose que tu ne verrais jamais aux Etats-Unis, car là-bas tu ne peux même pas parler aux flics. Deuxième phase, je transforme tout en produit transformé.

Avant de monter sur scène, vous avez travaillé pour Elie Kakou. En quoi il vous a inspiré ?
Lui c’était l’antithèse du stand-up. Il parlait aux gens dans des personnages mais il avait une puissance, je te promets chaque fois que je repense à cela je suis halluciné. Il avait un truc que je n’ai jamais retrouvé chez aucun comique au monde. Il rentrait sur scène, il ne parlait pas. Il pouvait faire une minute de silence à regarder les gens, ce qui est très long et il y avait les gens par terre comme si tu sortais les plus grandes vannes du monde. J’étais fasciné, je me disais « Comment il fait ? ».

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Gad Elmaleh  avec Elie Kakou à l’entrée du Point-Virgule

Comment s’est faite la rencontre ?

Je l’ai rencontré par un ami lorsqu’il jouait tout le temps au Point-Virgule, j’ai fait de la figuration pour un des spectacles, il avait besoin de quelqu’un pour une vidéo. Il a pris plein de figurants du Cours Florent, dont je faisais parti. Ensuite il m’a engagé comme poursuiteur. A la base, je ne voulais pas être technicien. J’ai appris à faire cela juste pour voir Elie Kakou tous les soirs. C’est une approche très différente. J’ai pu voir ce qu’est assumer la folie sur scène, l’absurde. Il a joué plein de personnages. Quand j’ai crée le personnage de Chouchou, je me suis dit « Vas-y. Si tu as un personnage, tu as un masque », tu peux tout faire.

Retrouvez Gad Elmaleh parfois au Paname Art-Café mais surtout pour « The Dream Tour » sa tournée mondiale qui s’achève le 21 octobre 2018 à l’Olympia (Complet).

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