Interview : Les Z’indépendants, rois de l’impro !

Créée dans le Val de Marne, en 1999, la troupe d’improvisation, Les Z’indépendants, brûle les planches du Théâtre de Dix Heures depuis le mois de mars, après 13 ans passés au Bistrot Saint-Antoine à Bastille. 

En attendant de découvrir leur spectacle, l’équipe du We Love Comedy Magazine a reçu Aziz et Nébil, deux des membres du groupe. RENCONTRE. 

Comment définiriez-vous l’improvisation, pour ceux qui ne connaissent pas ? A quoi peuvent s’attendre les spectateurs en y assistant ? 

Nebil : Aziz va répondre ! (Rires) 

Aziz : L’improvisation, c’est simple ! C’est un plateau nu, sans décor, ni bande-son. On se présente sur scène avec uniquement notre imagination. Avec notre imagination, on crée des histoires selon des thèmes choisis par le public. C’est s’amuser directement sans réfléchir ! Quand tu réfléchis au préalable, ce n’est plus de l’impro. 

Nébil : L’improvisation, on l’appelle le théâtre du pauvre ! Tu peux faire ça partout, en Afrique, dans le fin fond de la Savane. On n’a besoin de rien, juste un petit espace, des comédiens, un peu de talent, de l’énergie. Puis tu crées des histoires, tu transportes les spectateurs. 

Comment est née votre troupe ? 

Nébil : La troupe est née en 1999, avec Antoine, Jean – Charles et moi même. On a commencé avec des matchs d’impro de league.

L’univers de l’improvisation est très cadré et est soumis à de nombreuses  règles. Et nous, on est un peu free style. On vient comme beaucoup d’un quartier populaire. On a besoin de pouvoir nous exprimer dans plein de manières différentes. Alors on a imaginé une forme d’improvisation qui était toute neuve et rare, à Paris, à l’époque. On a crée une formule  de cabaret d’impro, en alliant comédie et musique, avec cinq comédiens et deux musiciens. 

En 2002, on a eu la chance de rencontrer un mec qui venait d’acheter un café théâtre à Bastille, qui a voulu nous proposer de jouer chez lui. On a joué là bas de 2002 à janvier 2015. Petit à petit notre troupe a grandi. On a accueilli Aziz, à qui nous donnions des cours d’impro au lycée et qui était notre meilleur élève à l’époque, puis Samba, un guitariste, Ghislain, le saxophoniste, Bessam, le prof de salsa qui a gagné deux de suite le championnat de France de l’improvisation.

Sur le plan artistique, on fait tous énormément de choses, on a tous des disciplines et des carrières artistiques variées parallèlement à notre troupe. Aziz réalise des vidéos. Pour ma part, j’écris énormément de théâtre contemporain, des pièces qui voyagent un peu partout dans le monde, notamment au Moyen-Orient. Antoine travaille sur une série courte sur la guerre de Troie. JC chante. Et nous avons notre prof de salsa. 

Expliquez-nous votre nom de scène. 

Nébil : Pourquoi les Z’indépendants ? On s’est dit que ce nom pouvait nous correspondre. On n’est avec personne, on est juste avec nous même. L’idée est d’être émancipés, par rapport aux autres, aux institutions et de tracer notre propre route en fait, avec notre propre concept. Pas mal de cabarets d’impro existent.  Mais notre touche spéciale est d’avoir de la musique en plus et surtout de durer. Nous avons pu voir pas mal de troupes se créer après nous et ne durer que deux ou trois ans.  

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Quelles sont les difficultés spécifiques au théâtre d’improvisation, par rapport à un autre type de spectacle ? 

Nébil : La seule difficulté est notre énergie. L’énergie, on l’a grâce aux spectateurs. Si nous n’avons pas de spectateurs, il n’y a pas de spectacle. Si la salle est blindée, il est impossible de nous arrêter. Pour le reste, on n’a besoin de rien, ni préparation, ni décor.

Est-ce que l’improvisation a facilité votre vie de tous les jours ? Vous a t’elle déjà servi à vous sortir d’une situation particulière ?  Une anecdote ? 

Nébil : En terme de répartie, c’est énorme, que cela soit pour le boulot, les embrouilles, les relations avec les filles… Tes neurones deviennent prêts à affronter n’importe quelle difficulté. Tu auras toujours un truc à sortir. Avec les filles, ça m’a beaucoup aidé ! Pour les larguer, c’est beaucoup plus facile !  On ne peut plus rester la bouche béante. Parfois, t’as même envie de te dire : ferme ta bouche ! Et ça permet de garder son sang froid. (RIRES)

Aziz : J’ai une anecdote qui me fait encore rire aujourd’hui ! On jouait à Bastille ! C’est l’époque où je n’avais pas la voiture. Je prenais les transports. Une fois je n’ai pas pris de ticket, et comme par hasard, je tombe sur les contrôleurs. Je commence à prendre un accent chelou. J’étais encore dans l’impro. Ils m’ont mis de côté et m’ont demandé mon nom. J’ai répondu et toujours avec mon accent moldave : Ristov. C’était une situation marrante, quoiqu’il arrive. ça m’aide à avoir de la répartie, je n’ai plus peur de vanner, de dire des conneries. L’improvisation m’a aussi permis de décomplexer et d’assumer mon corps en public. Avant, j’avais tendance à cacher mon ventre, je le rentrais jusqu’à ne plus respirer. Désormais, je ne le cache plus, je le sors, je joue avec. Dans la vie, on a tous une caméra. Tout le monde nous regarde. Il faut avancer et ne pas penser à ce que les autres pensent de toi.

 Après cette transition, nous passons au jeu du mag avec des situations à improviser !

Vous avez fait la fête toute la nuit. Vous devez vous lever à 7h, pour débuter votre journée de travail à 8h30. Le réveil sonne mais vous ne parvenez à vous lever qu’à 11h. Vous recevez un coup de fil de votre employeur.

Aziz : Bah écoute ! Je fais ça tout le temps ! Je réponds une fois que je suis dans ma voiture et je me mets directement en situation en criant : « Oh putain ! Avance ! » Soit ce sont les éboueurs dans ma rue qui ne veulent pas avancer. Soit j’ai un problème de voiture et je fais croire à mon employeur que je recherche par exemple les câbles pour la batterie. (RIRES)

Nébil : J’ai deux fils. Donc, conjonctivite, crèche, varicelle et cicatrice au front font partie du best of. Avec ça, c’est le quinté gagnant. Le mec en revient même à avoir de la compassion. »Ah je suis vraiment désolé, bon courage !  » Une fois aussi ma mère est morte, mais elle était déjà morte dans un boulot précédent.

Vous avez un devoir à rendre pour cet après midi, mais vous n’avez écrit que votre prénom.

Aziz : Je fais une crise d’épilepsie ! J’essaye de baver ! Je peux aussi faire croire que j’ai un problème de toc. Soit je passe pour un grand malade, soit je passe pour un gros mytho. 

Nébil : Je prends le thème et quoiqu’il arrive, je justifie pourquoi je rends une feuille blanche. Si c’est un devoir de maths, j’explique : l’inconnue est une étendue bipolaire… Et je donne ma feuille. Soit je passe pour un génie, soit je passe pour un con.

Comment vous improviseriez vos vacances ? 

Nébil : Aéroport direct ! Sinon je me pose dans la rue avec un carton : « Vers l’inconnu ! Tu m’emmènes ?  » 

Aziz : C’est une question de budget. Avec un budget illimité, je te fais comme la pub du loto quand il fait tourner le globe, en arrêtant au hasard pour choisir sa destination. Sans argent, je vais dans le 77, je t’organise un grand barbecue avec les potes, la famille. On ne peut pas imaginer une impro seul, ça se passera forcément en famille. 

Dans 5-10 ans, on vous retrouve où ? 

Nébil : Je pense que je vais récupérer la palme d’or dans 4 ans. 

Aziz : Je mise plus sur les Césars en ce moment, puis les Oscars. 

Nébil  : Sur les 15 prochaines années, tu nous retrouveras partout ! 

Et pour finir, vos pronostics pour l’euro ? 

Nébil : J’ai misé 15 euros pour la Tunisie !

Aziz : Mais c’est l’Euro !!

Nébil : Putain, merde ! Je me suis fait enfumer…  Ils étaient chauds pourtant… J’avais même regardé les matchs de préparation. (RIRES)

Aziz : Vous avez presque le même drapeau que celui de la Turquie, sauf que ce n’est pas le même pays.

Nébil : Bon bah, l’Allemagne alors…

Aziz : La Belgique peut faire quelque chose. On ne les a pas encore vus jouer mais y a du potentiel ! 

Nébil : Non, non, non! L’Allemagne ! C’est comme une paire de Stan Smith. ça s’use mais ça dure. On sait qui va gagner vraiment : c’est la Fifa. Ils vont remporter le pactole. Le football est l’opium du peuple. Bon en tout cas, ceux qui viennent après avoir lu cet article, je m’engage personnellement à leur offrir une place pour l’euro. C’est Nébil qui prend en charge. Pas Abdel Rezak ou Mouloud, mais Nébil ! 

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Retrouvez les Z’indépendants jusqu’au mois de juillet et à partir du mois de septembre au Théâtre de Dix Heures! Ils seront également présents au Festival d’impro les 24, 25 et 26 juin, au Théâtre de l’Archipel, en compagnie des meilleures équipes d’impro de France. Vous pouvez suivre toute leur actualité sur Facebook

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