TOP

Ghislain Blique : « Je me suis retrouvé à faire passer des pizzas pendant mon passage »

Après avoir crapahuté sur la mappemonde, Ghislain Blique s’est fixé sur sa passion : le stand-up. Il a commencé la scène en Australie mais c’est en français qu’il a construit des sketches. Après une ribambelle de plateaux, il a fini par confectionner son premier spectacle Plus rien à branler. Rencontre avec un humoriste aux vannes débonnaires.

Comment êtes-vous venu à l’humour ?

Cela a commencé dès mon enfance, avec Jean-Marie Bigard. On rigolait en famille devant la télé en le voyant crier en parlant de sa bite. Je me rappelle d’un truc gênant à la télé. J’ai fait une vanne devant mes parents. Ils n’ont pas rigolé mais mon père a dit : « C’est bien, c’est de l’humour ». Donc s’est venu avec la télé. J’aimais beaucoup ce que faisait Canal +. J’ai grandi à une époque ou tout ce que faisait cette chaîne faisait kiffer les gens. Il y avait Les Nuls, les sketchs de Jamel, Groland, la série HLes Guignols de l’Info.

Quand avez-vous eu le truc pour le stand-up ?

Je n’avais pas songé à faire du stand-up. Cela est venu quand j’ai commencé à découvrir le stand-up anglophone. Je parlais anglais, donc je me suis jeté dedans et me suis laissé porter par le truc. Cela faisait cinq-six ans que j’étais fan de stand-up. J’en ai bouffé pendant un ou deux ans sans arrêt. Quand tu es fan de stand-up américain et que tu regardes tout ce qu’il se fait, tu apprends toute l’histoire des gens qui en font et là tu deviens encore plus fan. Je me suis dit que leur vie était intéressante et que je voulais aussi en faire partie.

Quelle a été votre première scène ?

En Australie, à Sydney. J’étais terrorisé, j’avais des bouts de papiers avec des vannes. J’étais tellement nerveux que mon champ de vision se réduisait. Il y avait un cercle noir, comme à la fin des cartoons. Il devenait de plus en plus petit. Je voyais une meuf dans le public qui avait les bras croisés et qui semblait agacée par ce que je disais. Et pourtant, il y a certaines vannes de ma première scène que je raconte encore aujourd’hui. En sortant, je me suis dit : « je vais coffrer du pognon pendant un an et faire cela en français ».  Je me suis dit que cela pourrait être plus simple dans ma langue.

Donc cela a mieux marché dans votre langue ?

Pas du tout en fait [rires]. J’étais juste un débutant qui ne savait pas faire des vannes. J’ai compris que c’était une question de pratique. Les gens qui sont persuadés qu’ils ne sont pas capables de monter sur scène, c’est faux. Tout comme ceux qui sont persuadés qu’ils vont cartonner direct, c’est faux aussi. Il faut passer beaucoup de temps sur scène. Comme je savais que c’était ma vocation, il m’aurait fallu beaucoup de bides pour me décourager.

Votre spectacle s’intitule Plus rien à branler. D’où vient le titre ?

C’est une phrase que je disais dans le spectacle. Après j’avais du mal à trouver un titre, donc je trouvais cela pas mal. C’est un peu mon mode de vie, j’ai certains trucs qui me tiennent à cœur et d’autres pour lesquels ce n’est pas le cas.

« En réalité, ce que je suis sur scène commence à influencer ma vie en bien. »

Vous jouez à La Petite loge qui est le plus petit théâtre de France. Comment vous sentez-vous ?

Oui d’ailleurs cela a failli être le plus petit théâtre du monde mais ils se sont fait piquer la place par un théâtre en Italie. Concernant mon spectacle, j’ai eu du mal à le jouer au début car j’avais peur de jouer une heure. Quand tu joues cinq minutes et que cela ne marche pas au bout de deux minutes, c’est impossible de reprendre la sauce. Sur un spectacle d’une heure tu ne peux pas accepter de foirer le reste. Tu donnes tout et tu découvres une nouvelle source d’énergie. Il y a des soirs mieux que d’autres.

Sur scène, vous avez un côté nonchalant. Vous êtes comme cela tout le temps, ou c’est juste une posture ?

J’essaie d’être au maximum moi-même. Après, je ne peut pas être comme cela à 100%. La scène c’est différent de la vie. En réalité, ce que je suis sur scène commence à influencer ma vie mais en bien.

Vous faites aussi des podcasts à côté notamment avec Sympa la vie avec Paul Dechavanne…

On a pas eu un gros succès d’audience mais j’ai eu d’excellents retours du public qui étaient dingues. C’est super cool car on ne s’y attendait pas. En plus, je sais que c’était pas mal suivi dans le milieu du stand-up. On a terminé cela il y a un an et demi. Pourtant on reçoit encore des messages de gens qui réclament le retour de Sympa la vie. D’autres viennent à mon spectacle grâce à ce podcast. J’ai aussi démarré un podcast avec Pierre Thevenoux qui s’appelle Calme toi Bernard. J’ai participé à six épisodes. Le podcast reste mon média préféré. Donc je serai chaud d’en refaire un même si je ne sais pas encore sur quoi. Je pense faire mon propre podcast.

« Je suis allé dans un port du Queensland. Je dormais dans une auberge de jeunesse et le matin je démarchais les pêcheurs. »

Dans Sympa la vie , vous évoquiez vos anciens emplois. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

J’ai commencé la scène à 33 ans. Donc j’ai fait pleins de métier : caissier, commercial, technicien informatique, j’ai fait de la démolition et aussi dans la gestion de contrats. J’ai aussi été pêcheur en haute mer. C’était un boulot super intense. Ce fut l’une des plus belles expériences de vie après le stand-up. Un jour, je me suis fait piquer par une raie. Je n’ai pas du tout grandi au bord de la mer, donc je ne savais pas ce que c’était.

Comment vous êtes-vous retrouvé là-dedans ?

C’est un pote qui m’a proposé de faire cela. Je suis allé dans un port du Queensland. Je dormais dans une auberge de jeunesse et le matin je démarchais les pêcheurs. Un jour, j’ai été accepté sur un bateau. On dormait 4 heures par jour sur un bateau. Donc les heures qui restent, on ne peut pas jouer au billard. Il y a toujours un truc à faire, donc tu bosses 20 heures par jour. Parfois on ne dormait pas du tout pendant deux nuits. C’est un boulot de dingo, voire l’un des plus dangereux au monde. Au début, j’avais le mal de mer pendant deux jours et après c’était bon. En plus les conditions sont difficiles. Tu sens le poisson tout le temps. Même ta serviette le sent. Tu dors dans une cabines de 2 mètres carrés à 4. Même si cela reste un bon souvenir.

Comment voyez-vous le stand-up en France ?

C’est complètement dingue, un énorme bordel. Je pourrais même comparer cela à un big-bang. Je ne peux pas donner d’avis, car il se passe trop de choses. Les choses évoluent très vite. C’est une explosion. On est encore dans le nuage. Quand le nuage se sera un peu reposé, on pourra plus voir son évolution. Plus tard, on découvrira que cela a formé des joyaux. Que ce soit en ternes d’artistes, d’endroits ou d’événements.

Quelles sont vos références humoristiques ?

Je vais citer pratiquement que des anglophones : Bill Bur, Louis CK, Sarah Silverman. Même si ma plus grosse référence reste Ricky Gervais. Quand je vois tout ce qu’il fait c’est fou. Après tout n’est pas toujours parfait mais cela provoque un taux de satisfaction chez moi qui élevé, que je pourrai évaluer à 80%.

Quelle est votre meilleure anecdote sur scène ?

Je me suis pris un milliard de bides sur scène comme beaucoup de comiques, même si certains font plus mal que d’autres. Je préfère jouer que faire autre chose de pas très intéressant. Je peux accepter des choses que je regrette après. Une fois je me suis retrouvé dans une salle exiguë, sans micro, installé dans un encadrement de porte. Sauf qu’aucun serveur ne pouvait passer, je me suis retrouvé à faire passer des pizzas pendant mon passage.

Retrouvez Ghislain Blique tous les mercredis à 21h30 à La Petite Loge.

Retouvez-le sur Instagram et Facebook