Ahmed Sparrow : « Si je n’avais pas fait l’Ecole de comédie musicale, je ne me serais jamais lancé dans le stand up. »

Il y a maintenant cinq ans, Ahmed Sparrow se lançait dans le stand up. Aujourd’hui, il présente son spectacle Tranquille ! En rodage dans la salle parisienne du Sentier des Halles. L’occasion pour We Love Comedy Magazine de lui poser quelques questions…

Si je te dis : « Madame quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose »,
qu’est-ce que cela t’évoque ?

C’est un poème de l’abbé de l’Attaignant, Le mot et la chose que j’avais récité lors de mon entrée en école de comédie musicale. Il fallait présenter un texte ; soit un poème soit un texte de théâtre ; et une chanson. Je n’avais ni l’un ni l’autre.

Je suis arrivé en retard et j’ai pris ce poème sur internet qu’on m’avait conseillé. Je ne connaissais que les quatre premières phrases. Comme je n’avais pas la suite, je les ai récitées en boucle en changeant l’intonation à chaque fois. J’me suis dit : « ils vont pas capter que c’est les mêmes phrases ». Les profs m’ont dit : « arrête ta mascarade, on a compris. Fais-nous la musique ». Et je suis parti a capella sur la chanson d’Aznavour, Comme ils disent. Je ne le savais pas encore mais c’était la chanson préférée du directeur qui était là. Je pense que c’est ce qui a joué en ma faveur.

Que t’a apporté cette école de comédie musicale ?

C’était ma première expérience scénique. Je n’avais jamais pris de cours avant, jamais joué devant des gens. C’était mon premier contact avec un public. Et c’est là-bas que je me suis rendu compte que je voulais faire du stand up. Si je n’avais pas fait l’Ecole de comédie musicale, je ne me serais jamais lancé dans le stand up.

Tu as caché à tes parents que tu faisais cette école. Est-ce qu’ils le savent à présent ?

Non, toujours pas et je ne compte pas leur dire. Un jour peut-être, si je suis millionnaire. On peut dire beaucoup de choses quand on est millionnaire, ça passe mieux. Avec un million tu peux tout annoncer à tes parents [rires].   

Quelle comédie musicale pourrais-tu regarder en boucle ?

Il y a beaucoup de comédies musicales de styles différents que j’aime bien. Si on part sur une comédie musicale comique, ça serait The Book of Mormon. C’est une comédie musicale qui a été faite par les créateurs de South Park, (Trey Parker et Matt Stone, [n.d.l]). C’est très marrant et très bien fait.

En France, on n’a pas beaucoup de comédies musicales. On a des concerts de gens qui chantent et on fait croire que ce sont des comédies musicales. Mais ils ne sont pas comédiens, ils sont juste chanteurs et c’est pour ça que c’est pourri.

Il y a un peu plus d’un an, tu souhaitais écrire une comédie musicale. Est-ce toujours d’actualité ?

Oui une fois que je finis d’exploiter mon spectacle. Comme c’est le début et que je viens à peine de le démarrer, je suis encore en rodage. Dès que j’aurai fini ce projet-là, j’aimerais écrire une comédie musicale avec d’autres humoristes, peut-être même jouer dedans s’il y a un rôle qui me correspond.

Kevin Razy, Yacine Belhousse ou Jamel Debbouze sont aussi fans de comédie musicale et aimeraient en écrire une. Quand tu fais du stand up, c’est impossible que tu n’aimes pas la comédie musicale comme on la connait aux Etats-Unis, c’est-à-dire la vraie comédie musicale. Je ne parle pas des Kamel Ouali etc, ça c’est pas ma came.

Aimerais-tu mélanger l’humour et la chanson ?  

Oui, j’aimerais beaucoup et je travaille dessus en ce moment. Mais je respecte tellement la musique que je n’ai pas envie de le faire en mode trop guignol ou trop comique, que ce ne soit pas juste une parodie. Il faut que ça ait du sens, que ce soit drôle mais qu’il y ait une vraie performance. C’est d’ailleurs pour ça que je mets du temps à l’intégrer dans le spectacle.

Tu as intitulé ton spectacle Tranquille ! En rodage, pourquoi avoir choisi ce titre ?

C’est parce que j’ai mis un certain temps à faire ce premier spectacle. Ça ne fait pas très longtemps que je suis dans l’humour et j’attendais d’avoir un bon niveau, de me sentir prêt. Beaucoup de collègues humoristes me disaient : « bah qu’est-ce que t’attends ? ». Et je leur répondais « mais tranquille, faut prendre son temps ». C’était ma réponse à la pression qu’ils me mettaient.

Dans ton spectacle, tu interpelles le public en lui posant des questions. Tu rebondis sur les réponses et tu laisses place à l’improvisation. Quelle réponse insolite as-tu déjà eu ?

Ça m’est déjà arrivé de parler à quelqu’un pendant une minute et que la personne me dise à la fin qu’elle ne parle pas français. Elle faisait juste des signes de la tête et moi je pensais qu’elle comprenait alors qu’en fait, elle parlait thaïlandais.

Tu disais dans le podcast de Louis Dubourg, un Café au Lot7 : « Plus tu fais de l’humour, moins t’es drôle dans la vie ». En étant humoriste, penses-tu que les gens attendent de toi que tu sois drôle tout le temps ?

Oui et c’est relou. Mais je disais ça aussi parce que les blagues me prennent tout mon temps. Aujourd’hui, le problème des standupers c’est qu’on est trop dans l’analyse. Par exemple, quand on regarde un spectacle d’humour, on va juste dire : « ah c’est drôle ». Notre cerveau est foutu. On exprime le sentiment mais on ne rigole plus. Je ne vis plus les blagues ou alors seulement quand je suis avec des amis proches et ma famille, dans un autre contexte.

Tu disais également qu’une des difficultés du métier d’humoriste, c’est de réussir à créer un lien avec des gens que tu ne connais pas et à les faire rire. Sans dévoiler tes secrets, peux-tu nous en dire un peu plus sur ta manière de créer ce lien ?

Sur scène, je ne sais pas vraiment comment ça se passe mais je pense que les gens sentent que je suis content d’être avec eux. Même si je peux paraître froid ou avoir une attitude un peu hautaine parfois dans ma manière de parler, les gens perçoivent la bienveillance qu’il y a derrière. C’est un ressenti alors c’est difficile à expliquer.

Je leur montre aussi que c’est moi qui ai le micro et qu’il faut écouter. C’est important parce qu’au début, c’est plus difficile d’arriver à le faire. Avec l’expérience, quand tu arrives sur scène, tu n’as pas encore dit un mot que ton corps parle, et le public va tout de suite voir si t’es sûr de toi. Il se dit : « lui, il va nous faire rire » alors que tu n’as pas encore ouvert la bouche. La prestance et la confiance, c’est important.

As-tu d’autres projets pour la suite ?

J’ai un concept d’émission de stand up que j’aimerais mettre en place avec mes frères de l’humour comme Djimo, Redouane Bougheraba, AZ, Alban Ivanov, Roman Frayssinet, toute la bande. Ça serait une émission télé où les invités viennent parler d’une musique qui les as marqués. A la fin, ils interprètent la musique soit tout seul, soit avec l’artiste en question si c’est possible.

Pour moi la musique, c’est le marqueur temporel le plus efficace. Dès que tu entends une musique que tu as écouté il y a longtemps, tu sais exactement à quelle période elle correspond et elle te replonge direct dans tes souvenirs.

Merci à Ahmed Sparrow d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Retrouvez son spectacle tous les samedis soirs à 19h au Sentier des Halles !

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