Lafesse : « Je ne pouvais pas monter sur scène »

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Après ses canulars téléphoniques, ses caméras cachées cultissimes et quelques apparitions au cinéma, Jean-Yves Lafesse a décidé de monter sur scène. L’humoriste nous parle de la mise en place de son spectacle mais aussi de ses influences.

Comment vous vous êtes retrouvé à faire de la scène ?

Pendant de nombreuses années, je ne pouvais pas monter sur scène, j’avais vraiment le trac. Exactement comme celui de Jacques Brel qui racontait qu’il avait des palpitations. D’ailleurs, quand on faisait une émission de télé en direct, cela me faisait pareil. Je me suis rendu compte que Picasso avait déclaré qu’il préférait l’improvisation, chose que j’ai toujours pratiquée. Il y a quelque chose que je trouvais de stimulant, l’inconnu. Je ne savais pas ce qu’il allait se passer. C’est cela qui est formidable. J’y vois un rapport avec l’enfance, quand on va á l’école on nous programme, c’est souvent du vide. Alors que là, j’appréhendais la vie à travers le regard et l’écoute des gens

Vous aimiez cette improvisation ?

Ce que j’ai fait pendant toutes ces années c’est proche de la peinture : offrir ma vision. Les gens appréciaient ce que je faisais car ils voyaient mon regard. Alors que ma vision de la scène, j’y voyais un côté sacrificiel comme un gladiateur qui va être jugé. Quand j’étais plus jeune j’ai travaillé un peu l’usine, pour moi faire son spectacle sur scène, c’est comme faire du travail à la chaîne. Venir tous les soirs faire les mêmes gestes, alors que je ne voyais pas qu’on pouvait venir sur scène et interpréter différemment son texte. J’avais complètement zappé cet aspect-là. 

Vous avez écrit tout seul votre texte ?

Tout le monde me demandait d’aller sur scène, du coup je me suis lancé dans l’écriture, sauf que pendant un an, j’ai écrit de la merde. Au bout d’un an, j’ai réussi à écrire deux lignes qui m’ont faite rire. Sur scène je voulais pas faire un one man show en tant que tel mais conserver l’esprit des canulars téléphoniques. J’ai trouvé le moyen d’incorporer un personnage phare de mes canulars téléphoniques : Germaine Ledoux. Que je fais sans perruque et sans costume, juste avec la voix. Ce qui me permettrait d’exister sur scène sauf que cette petite dame me pirate le spectacle. Il s’instaure alors une lutte entre nous. Bon là c’est quelque chose de schizophrène mais j’adore cela.

Quel bilan faites-vous de vos premières représentations ?

La première année, c’était pas terrible. Au début j’avais la trouille, je ramais. Des choses faisaient marrer les gens et d’autres se perdaient en route. Bon, cela m’a poussé à retravailler et écrire. Quelqu’un m’a dit récemment qu’il fallait deux ans pour faire un spectacle abouti. J’ai appris cela il y a trois jours donc ça va. J’ai encore neuf mois. 

Quel est le message que vous souhaitez apporter avec votre spectacle ?

Toute proportions gardées je pourrais comparer cela à l’esprit de la « commedia del arte ». C’est surtout une fête, une imposture. J’ai 400 personnes devant moi et j’ai pour seule ambition de les faire rire. Des gens veulent en savoir plus sur moi et ma manière d’appréhender la vie. Peut-être que ma manière d’appréhender ma vie c’est cela : ne pas respecter ce qu’on attend d’un spectacle. Quand Django Edwards monte sur scène c’est pareil : il n’y a pas de message. Je milite pour le rire , c’est quelque chose qu’on doit vivre au quotidien et très important pour la santé. Si je commence a partir sur de la politique comme le font certains, je ne remplirais pas ma fonction de comique. On veut tous un nouveau Coluche. Il est arrivé à un moment idéal. Aujourd’hui le comique est devenu un produit comme un autre, est-ce qu’ils apportent quelque chose au niveau de Coluche ? Non. Avec l’apparition d’Internet et les possibilités que cela offre en termes de rire, c’est devenu plus important, donc pas besoin d’un nouveau Coluche.

Quelles sont vos influences ?

Louis CK me rend ivre de bonheur. Il est sans tabou, transgressif. Sa série Louie est étonnante car elle est intelligente, sincère. On voit un personnage dans sa solitude, c’est cette dimension qui me parle beaucoup. Quand je travaille je suis seul la plupart du temps.  Je vis à peu près la vie de son personnage. Toutes les cases je les vois : le rapport à la sexualité, avec les confrères collègues, les tournées en province. Les histoires avec les enfants et la garde alternée. C’est magique parce qu’on comprend ce qu’il essaie de nous faire passer. J’aime l’aspect salvateur du rire. Ensuite il y a mes enfants. C’est magique de les entendre rire et parler. Mon fils a 8 ans et me sort vannes sur vannes, je sais pas d’où il sort cela. L’autre jour il me dit pendant qu’il joue à FIFA « Papa tu sais pourquoi Cristiano Ronaldo collectionne des gonzesses tout l’été ? Parce qu’il fait ses réserves pour les l’hiver » Cela me fait rire. Je ris plus avec les enfants qu’avec les comiques. C’est spontané chez eux et ils sont libres.

► Retrouvez Jean-Yves Lafesse sur scène, le 13 et 14 avril, à l’Omega à Toulon

► La page Facebook de Lafesse 

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