Laura Domenge : « Plus que le féminisme je voulais pointer les petites réflexions issues du sexisme ordinaire que nous, que moi, je pouvais faire. »

Cela fait à peine cinq ans qu’elle fait du stand up et pourtant elle a déjà plusieurs spectacles à son actif. Elle a écumé les scènes françaises, mais ne s’est pas arrêtée là. Touche à tout et véritable passionnée par la science de la blague, elle exprime son humour dans divers formats. Vous avez pu la voir sur le web dans Lolywood et Wonder Fools, ou encore la retrouver dans le magazine Glamour avec sa chronique «Hey c’est pas grave». 

Cette année, Laura Domenge s’est encore renouvelée dans son art en publiant un nouvel ouvrage, Merci fallait pas – le sexisme expliqué à ma belle-mère. Nous l’avons rencontré pour en savoir un peu plus sur son parcours d’artiste et son livre.

Pour en revenir à tes débuts, quand as-tu commencé le stand-up ?

J’ai commencé il y a cinq ans. Avant j’étais comédienne, j’ai fait une école de théâtre, et le stand up y était assez mal vu. J’ai évolué dans le milieu du conservatoire où tout le monde passait son temps à se moquer des one man show. J’ai vraiment dû alors écrire mes premiers spectacles en cachette.

Mais j’ai eu un prof de théâtre assez ouvert qui, en me voyant sur scène jouer pleins de personnages et faire rire les gens, m’a dit d’essayer le one man, même cinq minutes, comme un challenge. Au début, j’étais un peu snob, mais j’ai fini par essayer. J’ai compris l’horreur et l’angoisse que c’était. C’était pas du tout un truc de guignol, mais un art, une science de la blague !

 J’ai vraiment dû écrire mes premiers spectacles en cachette.

Comment s’est faite ta rencontre avec les one man show?

Mes parents étaient médecins dans les salles de théâtre. Ils soignaient les gens gratuitement, en échange ils avaient des places gratuites. Du coup quand j’étais petite, j’ai vu tous les humoristes : Elie et Dieudonné, Gad Elmaleh… J’aimais tellement ça qu’on finissait par prétexter un mal de gorge d’un artiste pour me faufiler dans les coulisses [rires]. Du coup, ça m’a donné le courage et l’envie de monter sur scène.

Sur l’ensemble de tes passages sur scène, en tant qu’humoriste, on relève un fond assez féministe. Est-ce un parti pris depuis tes débuts ?

Non pas du tout. A mon sens, le parti pris féministe est implicite et intrinsèque. Quand tu parles de ton quotidien en tant que femme, tu es tellement confrontée aux questions d’inégalités que tu les relèves malgré toi. Ce n’était donc pas dans un but militant, en tout cas pas au départ.  À la base j’ai voulu faire du stand up parce que je trouvais très réducteur les rôles de femme que l’on m’attribuait. J’étais soit la jeune première amoureuse du héros, sa fille, ou la femme de ménage. J’avais envie d’écrire mes propres rôles. Ça peut être pris pour une démarche féministe, mais c’est juste la réponse à un besoin primaire pour moi.

quand tu parles de ton quotidien en tant que femme, tu es tellement confrontée aux questions d’inégalités que tu les relèves malgré toi. 

Tu ne te considères donc pas spécialement comme féministe ?

Pour moi être une femme en France et être féministe, devrait être un pléonasme. On devrait toutes l’être. On est toutes féministes, à mon sens je ne le suis pas plus ou moins qu’une femme qui est pour l’égalité des droits entre les êtres humains.

Comment as-tu passée le cap d’humoriste à écrivain ?

L’éditrice a vu quelques-uns de mes passages en ligne, notamment celui au Jamel Comedy Club. Elle a trouvé que j’avais une belle plume, du coup elle m’a proposé d’écrire un livre. En parallèle, j’écrivais mes mes sketchs depuis deux ans.
Mais, écrire pour jouer et écrire pour être lue, sont deux choses différentes. J’appréhendais énormément, je n’étais pas sûre d’y arriver, mais ça a fini par m’amusé. Contrairement à ce que tu écris pour la scène, sans savoir comment vont réagir les gens, et où tu peux faire un bide, là tu t’en fiches. Il n’y a pas les rires ou non-rires du public.

Ton livre s’appelle Merci, fallait pas – le sexisme expliqué à ma belle-mère. Est-ce que tu l’as vraiment écrit pour ta belle-mère ?

Non [rires]. A la base je voulais l’appeler « le sexisme expliqué à ma mère et ses copines » mais l’éditrice m’a dit qu’il faudrait un titre plus drôle. J’ai alors proposé « à ma belle mère ». Elle a tout de suite accroché. La belle-mère, c’est tout un symbole. Elle représente un profil de femme d’une certaine génération qui, pour moi, nous ont insufflé le féminisme, le droit à l’avortement, etc… Aujourd’hui, on reprend le flambeau avec le #metoo, et elles nous disent : « Non là ça va trop loin, non merci ». La belle-mère est un prétexte.

La belle-mère est un prétexte

Tu cites souvent le #metoo dans ton ouvrage. Est-ce que ton inspiration vient principalement de là ?

Oui, c’est suite à la tribune de Catherine Deneuve pour le droit d’importuner que j’ai réagi. Justement, ma mère et ses copines, qui sont aussi les belles-mères de mes meilleures amies, soutenaient à fond Deneuve. Elles arguaient : « Mais non, mais moi je ne comprends pas balancetonporc, c’est très grave, c’est de la délation !». J’ai trouvé ça très intéressant de voir à quel point elles étaient choquées de voir la direction que prenait le féminisme, la libération de la parole de la femme. C’est d’autant plus intéressant qu’on a souvent tendance à pointer du doigt les hommes, en disant que c’est de leur faute et celle du patriarcat. C’est le cas, mais aujourd’hui on est aussi responsable. Nous aussi, on véhicule ces schémas.

Comment as-tu entamé l’écriture du livre ? 

J’ai commencé sur la plage avec mes trois meilleures copines par ressortir ce qu’on me disait quand j’étais petite comme : « roule pas du cul, la route elle est droite ». On a continué à se lancer des phrases comme ça. Ce qui est marrant, c’est qu’il y avait des moments où elles trouvaient que ces phrases n’étaient pas très grave. Puis, je disais que ça allait pas du tout, et je le rajoutais dans mon livre. Tout a commencé un peu de cette manière. 

Toutes les références du livre, tu les avais déjà avant d’écrire ?

J’avais déjà 70% des références. C’était des recherches que j’avais déjà faites auparavant, pas forcément consciemment d’ailleurs, et complètement dissociées de mes engagements d’humoriste. Le #metoo a vraiment accéléré les choses et libéré la parole des femmes. A partir de ce moment-là s’est opéré en moi un processus de déconstruction. Quand j’ai commencé à écrire le livre, je voulais effectivement un peu l’ordonner par leçons. Je trouvais, par exemple, qu’il y avait beaucoup de réflexions sexistes à table. J’ai alors googlisé ce thème et je suis tombée sur le livre d’une femme qui traitait du sexisme propre au milieu de la cuisine, [Faiminisme – Quand le sexisme passe à table de Nora Bouazzouni, n.d.l.r]. Il y a plein de fois où j’abordais un thème et je regardais un peu ce qui se faisait. J’ai du lire en accéléré 1 milliard d’excellents articles.

Plus que le féminisme je voulais pointer les petites réflexions issues du sexisme ordinaire que nous, que moi, je pourrais faire 

Qu’est-ce que tu souhaitais montrer à travers ce livre ?

Plus que le féminisme je voulais pointer les petites réflexions issues du sexisme ordinaire que nous, que moi, je pouvais faire. Cela ne fait pas très longtemps que je suis dans un processus de déconstruction, où je me dis qu’on pourrait faire les choses autrement. Du coup je suis très excitée à l’idée de partager toutes ces lectures. Les attitudes de ma belle-mère, sont les attitudes que j’avais encore il y a cinq ans. Plus que de parler de féminisme, ce livre pointe le sexisme qui s’invite facilement dans nos conversations, dans notre quotidien.

Si tu devais décrire ton livre en 2 mots lesquels seraient-ils ?

Rigolo et pédagogique.

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