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Melha Bedia : « Forte, c’est un film sur l’acceptation de soi »

Actrice et co-scénariste du film Forte, Melha Bedia est à l’honneur dans la nouvelle comédie de Katia Lewkowicz. A travers le personnage de Nour, l’humoriste nous livre une performance sincère et touchante. Interview d’une jeune actrice pétillante et prometteuse.

Tu disais que l’histoire de Forte était née dans un club de striptease…

Oui mais je rassure tout le monde, je n’y suis pas allée de mon plein gré. J’étais la seule meuf invitée à l’anniversaire d’un pote et j’étais habillée en jogging. Il y avait un véritable décalage avec les femmes qui faisaient de la pole dance.

Ce soir-là, j’ai commencé à observer ces filles qui volaient autour de la barre. J’avais des a priori, je pensais que c’était hyper vulgaire. En parlant avec certaines de ces filles, j’ai eu une idée. Je me suis dit : « ça serait rigolo une comédie où je me confronte à ce décalage, à cet extrême qu’est la pole dance ».

Et qu’as-tu apprécié dans la Pole Dance ? Tu en as fait un peu pour le film…

Oh oui quand même [rires].  J’avais une prof et j’ai suivi un entraînement pendant six mois à peu près. La Pole Dance, c’est ultra dur. Toutes les idées que j’avais sur ces filles-là et sur la discipline ont été déconstruites. Déjà, c’est un vrai sport. Les meufs sont des athlètes. Si elles sont dénudées, c’est pour adhérer à la barre. Tu dois laisser apparaître ta peau sinon tu ne tiens pas.

En allant à ces cours, j’ai rencontré plein de femmes d’horizons différents. Il y avait des avocates, des mères de famille, des célibataires à la fac, en doctorat, … Là où j’étais, il y avait même des cours pour les enfants.

Il n’y a pas une féminité avec un grand F ou une masculinité avec un grand M. L’idée, c’est de se trouver soi-même, de se tolérer, de s’apprécier et puis un jour de s’aimer

C’est vraiment un sport où tu te sens mieux parce que tu as un miroir de 600 mètres de long devant toi donc tu n’as pas d’autre choix que de te regarder, de t’assumer un petit peu et de te tolérer. Au début, j’étais loin du miroir. Et puis peu à peu, je me suis rapprochée.

Dans Forte, la question de la féminité est centrale. Le film parle notamment des normes imposées par la société. Pour toi, quelle est la définition de la féminité ?

En faisant ce film, je pensais avoir trouvé la réponse mais finalement non. La seule réponse que j’ai trouvée c’est qu’il n’y a pas une féminité avec un grand F ou une masculinité avec un grand M. L’idée, c’est de se trouver soi-même, de se tolérer, de s’apprécier et puis un jour de s’aimer. C’est ça la clé de tout ! On s’en fout que tu sois grand, gros, roux, juif, gay. C’est pas ça la question. Ce qui est compliqué, c’est de s’aimer. Dès que tu t’aimes, que tu as un peu de confiance et d’estime de toi, alors là tu peux tout faire.

J’ai adoré écrire les dialogues, c’est vraiment ce que j’ai préféré !

C’est un film sur l’acceptation de soi, plus que sur la féminité et la masculinité. Après, c’est vrai que la société nous regarde en nous disant : « olala mais t’es pas dans les normes ! ». Mais en fait, il n’y a pas de normes.

Il faut essayer de se trouver même si c’est le taf de toute une vie. Et je suis encore en galère [rires]. Au début de ce film, j’étais peut-être à 2 ou 3% de confiance en moi, et à la fin j’ai fini à 13%. C’est pas fou mais ce sont des petits pas de géant !

Tu as co-écrit ce film avec Frédéric Hazan. Comment l’écriture de ce scénario s’est-elle déroulée ?

J’avais l’idée de départ et ma productrice m’a dit qu’elle voulait développer cette idée. Elle m’a présenté Frédéric Hazan qui m’a expliqué comment écrire un scénario pour un film et qui m’a formée. Tous les deux, on a écrit le scénario. J’ai adoré écrire les dialogues, c’est vraiment ce que j’ai préféré !

Ensuite, Katia Lewkowicz, la réalisatrice, est venue écrire avec nous. Elle voulait s’approprier et s’imprégner un peu du projet. Et Anthony Marciano nous a également aidés.

Pourquoi as-tu choisi de travailler avec cette réalisatrice en particulier ?

Ce qui est marrant, c’est qu’elle fait beaucoup de cinéma d’auteur à la base. Et avec Frédéric Hazan on avait essayé d’écrire une comédie populaire. On avait un humour un peu potache. On s’est dit : « si on mélange l’univers du cinéma d’auteur et de la comédie un peu plus populaire, ça peut créer un bon équilibre. On aimerait que ce soit joli, bien tourné et en même temps, on voudrait mettre les vannes qu’on aime et qui sont accessibles à tous et à toutes ».

Avec Alison Wheeler, on essaie d’écrire un film ensemble

J’avais vu le travail de Katia, et j’avais bien aimé ses films. Mais je suis vraiment tombée amoureuse d’elle en découvrant ses pubs pour Intermarché. Sans le savoir, quand je les regardais, je me disais : « ça me touche, j’ai envie de manger des légumes et de tomber amoureuse ». Elle a réussi à me toucher avec des pubs pour des fruits et légumes. Donc je me suis dit qu’elle avait un vrai truc.

Pour Forte, c’était ton premier rôle principal au cinéma. Que retiens-tu de cette expérience ?

D’abord, je retiens que je me suis écrit le rôle moi-même [rires]. Mais ce que je retiens surtout c’est que c’est un vrai travail. Quand tu es premier rôle, tu n’as pas le temps de t’ennuyer, de réfléchir, de douter. Ce qui n’est pas plus mal pour moi qui n’ai pas trop confiance. J’ai adoré cette expérience !

On m’a déjà proposé des autres premiers ou seconds rôles. Et je n’aurai pas de problème à refaire des films où je suis second rôle. Si le rôle est intéressant, que le personnage te plait, il faut y aller.

Aurais-tu une anecdote à nous raconter sur ce tournage ?

Les scènes avec l’enfant qui joue le fils d’Alison Wheeler dans le film ont été une galère à tourner. Je crois qu’il n’aimait pas trop Alison alors qu’elle est censée être sa mère dans le film [rires]. Et du coup, il n’écoutait pas, il voulait manger un Macdo, il coupait la scène, …

Sinon les autres anecdotes, ce sont plus des fous-rires. Avec Alison Wheeler, on a beaucoup ri pendant le tournage. Et pour la scène avec Adèle Exarchopoulos, comme c’est ma meilleure amie dans la vie, on a eu beaucoup de mal à tourner parce qu’on a eu un fou-rire qui a duré la journée entière.

Tu as fait plusieurs vidéos humoristiques pour annoncer la sortie de Forte sur Amazon Prime Vidéo le 15 avril. As-tu déjà eu des retours sur le film ?

Oui, j’ai eu beaucoup de retours. Je crois que les gens ont fait beugué Amazon Prime les premiers jours et que ça a bien cartonné !

Et j’ai des retours oufs alors je suis trop contente. J’ai eu plus de retours que de followers donc je me dis que c’est bon signe.

Que dirais-tu à ceux qui n’ont pas encore vu le film pour leur donner envie de le découvrir ? 

Alors déjà, je dirais que le premier mois est gratuit sur Amazon Prime Video [rires]. Donc en vrai, on est confiné, on a fini Netflix, on a fini tout ce qu’il y avait à finir, il est temps de venir sur Amazon Prime Video, de ne pas payer et de regarder Forte ! Je pense que c’est un film où tu souris et où tu te sens mieux à la fin.

J’aimerais beaucoup refaire mon spectacle à la rentrée

Et puis, c’est cool de zapper BFM TV le temps d’1h30 et d’être dans le salon des gens. C’est ce que je voulais faire donc je suis trop contente.

Quels sont tes futurs projets ?

Avec Alison Wheeler, on essaie d’écrire un film ensemble, une comédie dans laquelle deux potes ne sont pas potes à la base. Ça serait la suite d’un court métrage que j’ai réalisé. On raconterait l’histoire d’une rebeu qui habite en pavillon et qui est dégoûtée de ne pas faire partie des cités situées en face de chez elle. Alison ferait partie des meufs qui sont en cité. C’est un peu un Tout ce qui brille à l’envers.

J’écris aussi une comédie romantique avec Anthony Marciano. Et il y a d’autres films qui ne sont pas les miens, et dans lesquels je joue. On avait prévu de tourner cet été mais on n’a pas encore de réponses. Il faut voir quand on va reprendre…

Et j’aimerais beaucoup refaire mon spectacle à la rentrée si je peux ! Mais toujours pareil, on va voir si le pangolin nous laisse tranquilles [rires].

Merci à Melha Bedia d’avoir répondu à nos questions. Si vous souhaitez regarder Forte, connectez-vous sur Amazon Prime Video.

©Marguerite Bornhauser