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Mickaël Montadir : « C’est une drogue pour moi de faire rire les gens »

Après s’être produit dans plusieurs salles à travers la France, Mickaël Montadir nous dévoile ses aventures au théâtre BO Saint Martin à Paris dans son spectacle Séductions. Le regard rieur, l’humoriste nous confie des moments peu glorieux de son existence, ceux qu’on souhaiterait enterrer à tout jamais à sa place. Interview d’un artiste qui manie l’autodérision à la perfection.  

Que faisais-tu avant d’être humoriste ?

J’étais étudiant en comptabilité. J’aimais bien les études et pourtant je m’ennuyais à mourir. Quand j’ai commencé à faire des stages, je me suis projeté. J’étais persuadé que j’allais m’ennuyer et avoir une vie nulle. Je me suis demandé ce que je pouvais faire de ma vie pour qu’elle soit amusante et je me suis fait une liste de choses à tenter. Monter sur scène en faisait parti. Je me suis dit que ça devait être sympa de gagner sa vie en faisant rire les gens. C’est comme ça que l’idée m’est venue de faire du stand-up. Mon objectif était d’arriver à payer mon loyer avec des blagues.

On va monter à Paris et on va mettre Jamel et Gad à la retraite

Comment as-tu commencé le stand-up  ?

J’ai commencé quand j’étais étudiant à Montpellier. Chaque année, le CROUS demandait aux étudiants s’ils avaient un spectacle à proposer. Certains présentaient des pièces de théâtre. On était seulement deux à avoir proposé un spectacle de stand-up : Mohamed Nouar et moi. En revoyant les images aujourd’hui, je trouve que c’était vraiment mauvais. Mais les retours ont été si positifs qu’on s’était dit :  « on va monter à Paris et on va mettre Jamel et Gad à la retraite ».

C’est assez ironique puisqu’en montant à Paris quelques années plus tard, tu te retrouves sur la scène du Jamel Comedy Club. Comment as-tu vécu cette période ?

J’y suis resté cinq ans. J’ai fait les saisons 6,7 et 8. Cela m’a permis d’avoir le statut d’intermittent du spectacle. J’ai eu la chance de faire pas mal de dates de tournée. Je faisais des salles de 1 000 personnes alors que je n’étais pas connu. Avec l’étiquette « Jamel Comedy Club », c’est sûr que les portes s’ouvrent plus facilement. 

C’est une drogue pour moi de faire rire les gens

Le Jamel Comedy Club n’était d’ailleurs pas ton premier passage à la télévision. Dans ton spectacle, tu parles du jour où tu es passé dans une émission pour dévoiler tes sentiments. Tu faisais déjà du stand-up à cette époque ?

Non, pas du tout. J’ai un peu toujours eu ça en moi. Face à un petit comité ou en classe, j’ai toujours aimé faire le pitre et c’est ce qui ressortait souvent dans mes bulletins. Paradoxalement, je ne l’étais pas forcément en dehors de l’école. J’ai grandi dans un quartier populaire et ce n’était pas moi le plus drôle. Il y en avait des plus talentueux que moi. Après, il y a une différence entre faire rire ses potes au quartier et faire rire les gens sur scène.

Comment en es-tu arrivé à prendre ce parti de te confier sur scène ?

C’est une drogue pour moi de faire rire les gens, il n’y a rien de plus valorisant. Au départ, je cherchais un peu mon style. J’aime beaucoup l’autodérision et il s’est avéré que c’est ma meilleure arme pour faire rire les gens. Je trouve que cela devient légitime ensuite de se moquer des autres. 

Se moquer d’abord de soi avant de se moquer des autres montre que rien n’est méchant ou visé par la suite. Malgré tout, l’autodérision c’est surtout bien quand les gens peuvent s’y retrouver. Je n’ai aucun souci à partager mes moments de honte ou douloureux parce que c’est drôle, et il vaut mieux en rire qu’en pleurer.

Ton dernier spectacle s’appelle Séductions, dans lequel tu te confies beaucoup. Pourquoi uniquement sur ce thème précis ?

J’ai pris du recul pour essayer d’avoir une vision d’ensemble sur ma vie personnelle. Je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup la séduction. Et puis, monter sur scène, c’est aussi séduire le public. Je lis beaucoup de livre sur le sujet. Il y a des gens qui ont carrément théorisé la séduction. « Comment séduire ? » est une question que beaucoup de gens se posent face à une personne qui leur plaît. Je me suis dit : « certes, c’est un créneau déjà exploité, mais j’ai envie de l’aborder de mon point de vue ».

C’est assez particulier de se dévoiler sur scène. As-tu déjà eu des expériences un peu déstabilisantes avec le public ?

Dans le stand up il n’y a pas de quatrième mur. Les gens parfois se sentent tellement à l’aise qu’ils se permettent de donner leur avis à tout moment. Avec le temps, on finit par s’habituer mais au début c’est vraiment difficile. 

Quand je suis arrivé à Paris, je ne connaissais pas bien la région. On m’avait proposé de jouer à Sevran. Donc j’y vais, je joue, et au bout d’une minute, aucune vanne ne passe. Et là un homme me balance en pleine figure : « bon aller, NEXT ». Je ne savais pas qu’on pouvait être aussi méchant. Je ne m’y attendais tellement pas que j’ai beugué. J’ai senti la transpiration dégouliner sur mon front d’un coup. Et je n’ai rien dit, je suis juste parti. Il m’a fallu une bonne semaine pour m’en remettre. Quand tu sais que les gens peuvent être aussi méchants que ça, tu anticipes les choses. 

Il y a eu autre une réaction qui m’a choqué. Sur scène, je raconte qu’une fois une fille m’a invité chez elle au bout du troisième rendez-vous. A ce moment-là, une femme du public prend la parole sans que personne n’ait rien demandé et dit : « c’est une pute ». J’étais halluciné qu’elle dise ça devant tout le monde. J’en parle un peu dans mon spectacle d’ailleurs ! 

Merci à Mickaël Montadir d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Retrouvez-le tous les dimanches soirs dans son spectacle Séductions au Théâtre BO Saint-Martin !  

©Pierre Volot