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Olivier Kissita : « J’ai envie que mon oeuvre soit vu comme un film »

Vous les voyez sur vos écrans d’ordinateurs ou de téléphones vous parler face caméra ou se mettre en scène dans des petits films de quelques minutes. Eux ce sont les Youtubeurs. Ce métier qui n’est pas encore reconnu en tant que profession à part entière, par le milieu du cinéma ou de la télé, est pourtant devenu un vivier créatif indéniable. Olivier Kissita, qui réalise et joue dans des films, est parti aux quatre coins du monde pour leur 3consacrer un film intitulé Youtuber. L’objectif : nous aider à mieux comprendre ces acteurs 2.0. 

Comment est né ce documentaire ?

Après avoir fait des courts métrages, j’ai voulu en faire un long. Je me suis dit que le plus évident pour moi c’était de faire quelque chose sur les créateurs de vidéos sur le net. Quand on est créateurs de vidéos sur le net, on reçoit beaucoup de messages de personnes qui nous suivent et les questions qu’on pose sont assez récurrentes. Je me suis rendu compte rapidement que les gens sont friands de contenus mais ne comprennent pas ce qu’il se passe derrière la caméra. Il y a beaucoup de questions qui se posent très rapidement. Quand on vient te voir, on dit souvent « T’es un YouTuber ou t’es un humoriste ou t’es le mec qui fait des vidéos sur le net. » En fait qu’est-ce qu’un Youtuber? Quand on vient me voir et qu’on me dit que je suis Youtuber je ne me reconnais pas dedans. C’est ce genre de questions auxquels j’avais besoin de donner une réponse. Pour le faire de manière officielle, le documentaire était une bonne idée. D’autant plus qu’à l’époque, personne n’avait traité ce sujet. 

Comment avez-vous fait pour budgétiser tout cela, avez vous reçu des aides de Youtube ?

Dès que tu as plus de 1000 abonnés, Youtube te met à disposition des locaux pour tourner donc j’en ai profité pour tourner quelques séquences. A part cela, tout a été fait en auto-production et en totale indépendance. J’ai pu tourner avec un 5D et un téléphone portable. J’ai pu trouver des fonds grâce à mon activité d’acteur. Dès que j’avais un cachet, j’investissais dans du matériel ou dans un billet d’avion pour voyager. Quand je voyageais, je dormais chez des amis qui étaient sur place. 

Vous essayez de casser de nombreux clichés sur les YouTubeurs. Pourquoi ?

On entend beaucoup de choses, dans les médias ou de la part du public. Notamment sur les prétendu revenus faramineux que toucheraient les Youtubeurs, voire des phrases comme « Vous tournez tout seul dans votre chambre » ou sinon « Vous êtes encore des adolescents » Des choses qui sont souvent fausses. En réalité les YouTubers sont des individus variés qui traitent de sujets différents avec des formats différents, un peu comme les gens de la télé. Cette initiative a visiblement plu aux gens que j’ai interviewé qui m’ont tous félicité pour ma démarche. 

Comment vous analysez ce documentaire après-coup ?

Cela m’a apporté des choses que je n’avais pas du tout imaginées. Grâce à mes nombreux voyages, j’ai pu partir au Congo, pays de mon père. Cela m’a permis de rencontrer ma famille là-bas. Au début c’était une idée. Cela reste un long métrage que j’ai réussi à faire. Certaines personnes me voyaient comme un Youtuber, certaines personnes du milieu de la télé ou du cinéma me voient encore plus comme un Youtubeur. Je savais déjà la plupart des choses, cela n’a pas apporté beaucoup de choses nouvelles.

Dans le documentaire, vous expliquez l’évolution du schéma de détection des artistes qui aurait évolué…

Ce qui est marrant, c’est qu’avant pour avoir un rôle au cinéma, il fallait obligatoirement passer par un casting, faire des cours de théâtre et après, c’est au bonheur la chance et le réseau. Cette configuration existe toujours, donc c’est bien d’avoir un pied dedans. Ce qui est impressionnant et révolutionnaire, c’est maintenant que tu peux faire ton truc sur Internet tout seul. Cela crée un magnétisme autour de toi, et les annonceurs et le public, peuvent être attirés vers toi. Les conséquences c’est que des carrières se créent, avec des métiers rémunérés et tu payes des impôts. Certains se mettent en opposition totale et ne cherchent pas à comprendre et dénigrent ce système. Je pense à Bruce Lee quand il est arrivé aux Etats-Unis et qu’il a commencé à vouloir travailler au cinéma américain, il était pas reconnu de ses pairs. Il a eu beaucoup de mal. Des personnes s’arrêtaient qu’aux clichés, pour eux les asiatiques avaient tous une tresse et les yeux bridés. A l’époque, certains acteurs comme Marlon Brando étaient maquillés en chinois. Généralement, quand une élite est en place, elle est à l’aise. Quand des nouveaux arrivent, la réaction primaire c’est le rejet. Même si certains acteurs comme Canal Plus s’intéressent à nous.

C’est un problème purement français ?

Aux Etats-Unis, c’est presque le même phénomène sauf que les « viners » ou d’autres humoristes du web ont réussi a bosser plus rapidement au cinéma. Cela pose moins de problèmes. La création digitale est mieux reconnue. J’ai tourné pour une série sur place, un agent est directement venu me voir. Avoir une chaîne YouTube là-bas c’est évident, c’est logique. Ici, quand tu dis à un acteur de cinéma ou un producteur que tu as une chaîne YouTube, on te catalogue direct comme YouTuber. Ce qui est péjoratif. Pour beaucoup, on est pas fiables, on a pas fait d’études. En somme, ce n’est pas du vrai boulot. 

Quels sont vos objectifs avec ce documentaire ?

Déjà que je sois reconnu en tant qu’acteur et que cela me permette d’obtenir des rôles au cinéma. Ensuite, faire des projections et pourquoi pas qu’il soit diffusé en salles de cinéma ou à la télé. J’ai envie que mon oeuvre soit vu comme un film et pas seulement comme un documentaire. Comme si c’était un film qui passerait à 20h45. A terme, j’aimerais qu’il soit diffusé sur YouTube mais beaucoup de festivals n’acceptent pas les films diffusés sur Internet. 

Quand vous voyez le succès de Norman, passé des vidéos YouTube au Zénith, cela vous inspire quoi ?

C’est intéressant, car il a commencé avec ces podcasts, il a pu se trouver un public. Avant, il était considéré comme un Youtuber. Maintenant, on le voit comme un humoriste, uniquement parce qu’il a changé de plateforme. Le fait qu’il fasse des grosses salles bien remplies a grandement facilité cette acceptation du public. 

Mister V apparait dans votre film, comment s’est faite la rencontre ?

Je le connaissais avec ses vidéos. On avait des amis en commun. Il connaissait mes vidéos. On s’est rencontré lors d’un tournage sur Canal Plus. Il a entendu parler de mon film via Kevin Razy, donc il m’a proposé de participer à l’aventure. Ce qui est intéressant, c’est qu’il arrive et donne sa vision, alors que d’autres osent moins s’exprimer sur la question. Il me permet, par exemple, d’appuyer mon propos concernant l’idée répandue selon laquelle tous les créateurs de vidéos se connaissent. En vérité, Tout le monde ne se connaît pas. Les Youtubeurs ne sont pas une famille, comme les acteurs ou les présentateurs télé. Il y a des clashs, et des gens qui se piquent des idées entre eux. Si tu as pas beaucoup d’abonnés ou que tu n’as pas beaucoup d’engouement autour de toi, tu as peu de chances de bosser avec quelqu’un, sauf quelques fois quand il y a des coups de coeur. 

Quelles sont vos références ciné ou humoristiques ?

En cinéma, je suis fan du travail de Stanley Kubrick, Christopher Nolan comme réalisateurs. Comme acteurs, j’aime bien Al Pacino, Marlon Brando, Robert De Niro, Jackie Chan et Bruce Lee. En humour, je suis fan de Kevin Hart, j’ai vu ses one-man show. En plus, il joue dans pleins de films et il est très présent sur les reseaux sociaux, Chris Rock. J’aime bien les films de Will Ferell. Enfin, j’ai aussi une grande admiration pour le cinéma sud-coréen qui propose des très bons films et peut surpasser parfois Hollywood ou le cinéma français.