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Matthieu Penchinat Svend Anderson

Rencontre avec Matthieu Penchinat : « J’aimerais avoir moins peur de me faire confiance »

Après son premier spectacle, Tout seul. Comme un grand, Matthieu Penchinat présente son nouveau seul-en-scène Qui fuis-je ? au théâtre du Marais. A travers une palette de personnages, l’humoriste dresse son propre portrait. Rencontre avec un clown aux multiples facettes.

La quête d’identité est le thème de votre nouveau spectacle Qui fuis-je ?. Comment vous définiriez-vous aujourd’hui ?

C’est toujours très compliqué pour moi de me décrire et je me présente très mal. Pour mon premier spectacle, Tout seul. Comme un grand, on m’avait dit que c’était bien écrit, bien joué et drôle mais que je ne me présentais pas. J’ai mis du temps à comprendre ce que ces retours voulaient dire. J’ai donc fait ce spectacle Qui fuis-je ? en pied de nez. Je réponds à « qui je suis ? » mais aussi à « qui je ne veux pas être ? ».

En creusant ces interrogations, je me suis plongé dans la question de l’identité. Je voulais essayer de comprendre comment on se définit, ce qui est très complexe. Pour résumer sommairement, je pense que l’on existe, que l’on se construit et que l’on se définit dans l’interaction avec les gens. Ce qui me bloque dans la vie – et c’est d’ailleurs le point de départ de mon spectacle – c’est que je ne suis pas la même personne selon les gens avec qui je suis.

Puisque votre personnalité change en fonction de l’interlocuteur, quels traits de caractère souhaitez-vous faire ressortir pour cette interview ?

Comme je suis quand même un peu malin, je vais essayer de mettre en avant le côté sympathique, plutôt marrant et un peu fin de ma personnalité. Après, dans ma tête, il y a d’autres traits qui vont se bousculer. Toute la partie angoissée va répéter : « Alors attention, c’est nul, tu arrêtes de dire ça ». Et puis, finalement, le côté un peu clownesque va tout avouer, comme je viens de le faire à l’instant [rires].

Comment avez-vous trouvé le titre de votre nouveau seul-en-scène ?

Un jour, en ruminant ces questionnements sur mon premier spectacle, j’ai écrit : « On m’a demandé qui je suis mais en même temps, je n’en sais rien, je vais essayer de me définir… ». J’écrivais au fil de ma pensée, comme un monologue intérieur. Au bout d’une page, j’ai noté : « Je n’aime pas les gens car les gens me font peur mais en fait, c’est moi qui me fait peur, mais du coup qui je fuis de moi-même ? qui fuis-je ? ». J’ai arrêté d’écrire et je me suis dit : « Oh tiens, ça ferait un bon titre de spectacle… Allez vendu ! ».

J’ai vraiment eu une deuxième naissance avec ce clown

Dans Qui fuis-je ?, vous interprétez une multitude de personnages derrière lesquels vous vous cachez pour dresser le portrait de celui que vous êtes. Pourquoi avoir fait ce choix ?

C’est un choix par défaut qui m’a permis de structurer le spectacle. Je souhaitais faire un seul-en-scène pour me présenter mais je voulais aussi interpréter des personnages. Une solution simple : que tous les personnages parlent à Matthieu. Chacun d’entre eux répond à un trait de mon caractère que j’exagère et que je mets en forme.

Comment votre spectacle s’est-il construit ?

Du titre est né le spectacle. Entre les deux, je me suis enfermé dans une salle avec un metteur en scène suffisamment fou pour me supporter et faire sauter quelques barrières intérieures, notamment le fait de vouloir tout intellectualiser, de vouloir plaire, de faire ce qu’il se fait. Et finalement, tous ces obstacles se retrouvent dans le spectacle.

Vous expliquez que vous avez un esprit un peu carré, que vos mes sketchs sont très construits. Quel est votre mode de travail ?

J’ai toujours aimé les mathématiques. Quand j’étais au collège, dès que je rentrais chez moi, je faisais des exercices de maths pour me détendre. J’ai un esprit cartésien et pragmatique. Alors, quand j’écris un sketch, j’ai tendance à être un peu trop carré. En réentendant cette phrase, je me revois travailler de cette manière et essayer de changer cette méthode.

 

Pour le nouveau spectacle, j’ai voulu casser cette barrière. C’est la première fois, pour un seul-en-scène, que je crée uniquement sur l’instant, sur des impros de textes écrits il y a dix ans que je structure par la suite. Mais au départ, tout part d’impulsions physiques ou de blagues qui me font marrer. Lorsque tu écris parce que ça te fait rire, les gens s’amusent aussi.

A quel moment le clown qui dormait en vous s’est-il réveillé ?

Quand je suis arrivé à Montpellier, j’ai commencé à faire de l’impro en parallèle à mes études d’informatique. J’ai adoré cette liberté permise par l’improvisation et j’aimais jouer avec l’imaginaire des gens. Et puis, il y a eu un déclic. J’étais dans une association de théâtre amateur -TAUST – dans laquelle il y avait plein d’ateliers. A la fin de l’année, chaque atelier présentait ce qu’il souhaitait. J’ai vu un spectacle de clown et j’ai pris une claque. Je n’avais jamais autant ri.

Je ne suis pas la même personne selon les gens avec qui je suis

L’année d’après, je me suis inscrit à cet atelier. J’ai découvert que tout le processus était exactement l’inverse de ce que j’avais vu sur scène jusqu’alors. Il fallait dire tout le temps « moi je » et affirmer son égo devant l’univers entier, le faire exploser tellement il grossit et voir ce qu’il y a dedans. Ça a mis du temps. J’étais très grand, très guindé et je ne savais pas comment bouger. Et puis, d’un coup, j’ai commencé à prendre toute la place. J’ai appris à appréhender l’espace, à l’occuper.

Je viens d’une famille dans laquelle on ne parle pas trop, les émotions sont contenues. Et le clown, c’est tout l’inverse. J’ai vraiment eu une deuxième naissance avec ce clown. Je me suis rendu compte que c’était vraiment ce que je voulais faire.

Vous intégrez beaucoup de moments mimés dans vos sketchs. Que vous permettent ces instants de silence ?

C’est beaucoup plus simple à apprendre car je ne suis pas très doué pour retenir un texte [rires]. Et puis, j’ai une théorie, celle du rire profond. Si une blague est un peu sympa, le rire sera en haut de tête. Les gens vont se dire : « Ah oui, c’est drôle ». Avec le clownesque, on peut réussir à avoir un rire un peu plus profond, qui vient des entrailles. Je crois que l’état de jeu dans lequel je suis pendant ces séquences de mimes et l’énergie que je déploie permettent ce rire-là. C’est le rire des films muets de Charlie Chaplin ou de Jacques Tati par exemple. Un rire crétin, comme dirait Fab Caro. Un rire un peu animal, primaire.

Charlie Chaplin et Buster Keaton guident vos pas. Qu’est-ce qui vous plaît chez ces deux acteurs ?

J’aime la poésie de Charlie Chaplin et le côté plus « brut » de Keaton. Après ce sont les deux plus connus mais j’aime aussi Harold Lloyd et Charley Bowers ou encore le dandy Charley Chase. L’an dernier, j’ai fait un stage de cascade burlesque. Pendant une semaine, j’ai appris à tomber. J’ai tellement ri ! J’ai même pleuré de rire ! Je ne sais pas pourquoi ça me plait autant. C’est juste viscéral.

Vous avez travaillé avec le danseur et chorégraphe Philippe Découflé. Qu’avez-vous appris à ses côtés ?

J’ai appris beaucoup de choses. Pendant les représentations, je faisais un monsieur loyal décalé entre deux tableaux pour que les artistes aient le temps de se changer. Je dansais un peu aussi. Un peu plus que ce que Philippe Découflé m’avait demandé [rires]. J’ai appris à compter les temps de musique et à être en rythme, surtout quand tu es deux, six ou huit sur scène.

J’ai adoré cette liberté permise par l’improvisation et j’aimais jouer avec l’imaginaire des gens

J’avais aussi un numéro d’ombres chinoises et j’ai réalisé que ces bêtises que je faisais tout seul sur scène, faisaient marrer 2 000 personnes. Et ça, que le public soit français, anglais, espagnol, belge, japonais, coréen, grec, … J’ai donc appris à travailler mon art et à répéter de 10h à 19h tous les jours. Je continue de travailler de la même manière aujourd’hui, même si ce n’est pas la même énergie quand tu es tout seul. Je me questionne, je réécris, je joue. Sans cesse.

Comment vous sentez-vous avant de jouer ?

Avant de monter sur scène, je suis tétanisé. Je vais voir tous les gens que je croise, qui travaillent au théâtre et je leur dis : « Vous êtes sûrs, on ne peut pas annuler ? ». Alors que tout le monde est installé dans la salle ! Je suis pris dans une boucle dans laquelle je me répète : « Ça ne va pas du tout, ça ne va pas aller ». Mais maintenant, je sais que c’est normal. Alors je respire et je me dis : « Allez, c’est comme ça à chaque représentation, ça va aller ». Je fais des exercices de respiration, des étirements, je bouge, je me refais mon texte dix fois.

Les trois dernières minutes sont les pires. Les gens sont derrière le rideau, ils parlent. Mais toi, tu es tout seul sur scène. Tu te demandes pourquoi tu es là. Tu as envie de partir mais tes jambes flagellent tellement que si tu te lèves, tu tombes [rires].

Quels sont vos prochains projets ?

Le spectacle Qui fuis-je ? continue ! Je fais aussi la mise en scène du spectacle de Léo Attali que j’écris avec lui. Et sinon, la suite serait de continuer à écrire des choses qui me font rire. J’aimerais avoir de moins en moins peur de me faire confiance et d’être moi-même.

Retrouvez Matthieu Penchinat dans son spectacle Qui fuis-je ? tous les samedis à 21h30 au Théâtre du Marais.

©Photo de couverture : Svend Anderson