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Mourad Winter l'Amour c'est surcoté

Rencontre avec Mourad Winter : « L’Amour, c’est surcoté »

Après des débuts dans le stand-up, des expériences comme auteur pour la télévision, les séries et le cinéma, Mourad Winter est désormais romancier. Tout d’abord publié sur Instagram, son roman L’Amour, c’est surcoté, a finalement été édité par Robert Laffont. Un véritable succès en terme de ventes mais aussi de très bons retours de la part des lecteurs et des professionnels des métiers du livre. Rencontre avec un romancier qui s’ignorait.

Plus d’un mois après la sortie de cette expérience littéraire, quel est le bilan selon vous ?

Les retours sont fous. Que ce soit des gens de la profession littéraire ou du monde du spectacle. Des stand-uppers m’ont dit qu’ils ont adoré. Cela fait plaisir. Par contre, le livre est sorti en juin. Donc cela ne me laisse pas une grosse marge de manœuvre pour la promotion, ce qui est embêtant. J’espère que cela suivra en septembre. 

En termes de ventes, je n’ai pas les chiffres. Par contre, je sais que sur pas mal de points de vente, il y a eu des ruptures de stocks. L’éditeur est content. Pour un premier roman, c’est super encourageant. D’autant plus que j’ai eu très peu de promo. Mon éditeur m’a dit que mon style d’écriture et ma façon d’écrire allaient marcher. Je n’y croyais pas vraiment dans le sens où je ne me sentais pas romancier.

Au départ, ce projet a commencé sur Instagram avec ce roman qui s’appelait « 30 jours pour la Ken ». À quel moment avez-vous envisagé de le publier ?

J’ai rencontré quelqu’un qui a envoyé un manuscrit de ce que j’avais publié sur Instagram à Philippe Geluck, (le créateur de la BD Le chat ndlr). Il m’a contacté deux jours après pour me dire qu’il était totalement fan. Je ne savais pas encore si je devais en faire une BD ou un roman. Geluck m’a dit de ne pas en faire une BD car cela allait figer l’image. Il faut que tout se passe dans la tête du lecteur. Là, je me suis dit qu’il y avait moyen d’en faire quelque chose.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez signé et comment vous êtes-vous organisé pour finaliser ce projet ?

Au début, je n’avais aucun objectif. Je voulais juste en faire quelque chose sur Instagram. Le jour où j’ai signé, j’ai vraiment pris conscience que ce projet était concret. L’éditeur m’a demandé quelle était la fin du roman, s’ils allaient coucher ensemble et si c’était prêt. J’ai répondu « oui » alors que je n’avais pas terminé le roman. 

Un manuscrit de ce que j’avais publié sur Instagram a été envoyé à Philippe Geluck, (le créateur de la BD Le chat). Il m’a contacté deux jours après pour me dire qu’il était totalement fan

J’ai entamé des séances d’écritures quotidiennes : je me levais à 6 heures du matin pour écrire pendant une heure et demie environ. Ensuite, j’emmenais mes enfants à l’école. Une fois de retour à la maison, je recommençais à écrire. Cela a duré deux mois et demi, pendant lesquels je vivais comme un ermite. 

Quand j’ai envoyé la première version, je m’attendais à des mauvais retours. Mais ils m’ont dit que c’était génial et qu’il n’y avait que des petites retouches à faire. La seule contrainte était de réduire le nombre de pages. Au départ, c’était 500 pages parce que j’avais beaucoup écrit.  J’ai envoyé la version finale par la suite.

Quel était votre rapport à la littérature avant la sortie de ce roman ?

Je n’ai jamais été un grand lecteur. Je m’ennuie assez vite lorsque je lis un livre. C’est sans doute parce que j’appartiens à une génération trop habituée à zapper. Je lisais un livre par mois, maximum. 

Faire lire des cailleras pas forcément portées sur la littérature, c’est ce qui me rend le plus fier

J’ai appris sur le tas et surtout j’ai essayé de faire ce que je savais faire. Mon expérience d’auteur dans l’humour et le stand-up m’a aidé, notamment sur l’importance du rythme. C’est pour cela que j’essaie d’envoyer du lourd dès le début pour accrocher le lecteur. Je vise tout d’abord un public qui me ressemble. Que ce soit un mec au fin fond de la Corse ou la plus grande caillera du 93, on a tous les mêmes codes.

 

Depuis la sortie de ce roman, lisez-vous plus qu’avant ?

Pas plus car je ne veux pas être influencé par les auteurs. J’ai peur que cela se voit dans le style d’écriture et qu’on dise que je suis fan de tel ou tel auteur. J’essaie d’avoir mon propre style. C’est comme dans le stand-up. Il y a des humoristes que je ne peux pas aller voir parce que cela peut créer un mimétisme.

Les personnages du livre sont-ils totalement fictifs ou sont-ils inspirés de faits réels ?

Cela vient de mon imagination mais il y a quelques trucs qui me rappellent telle ou telle personne. C’est des gens qu’on a forcément croisé un jour au l’autre. Et puis, on ne va pas se mentir, dans chaque œuvre, il y a toujours une part d’autobiographie.

Justement, avez-vous eu des retours de ce public ?

Oui, j’ai eu des gens qui ne lisent pas forcément. Il y a des mecs en prison qui l’ont lu et apparemment, ils kiffent. Une nana qui m’a dit que son grand frère en prison l’a lu en e-book et voulait savoir s’il pouvait le passer à son codétenu. Comme si j’allais débarquer dans sa cellule. Cela me touche. 

Mon expérience d’auteur dans l’humour et le stand-up m’a aidé, notamment sur l’importance du rythme

Et puis, faire lire des cailleras pas forcément portées sur la littérature, c’est ce qui me rend le plus fier. Dans mon quartier d’enfance, mes potes pensent que j’ai percé. Sinon j’ai d’autres lecteurs plus aguerris qui m’ont dit que j’avais employé des figures stylistiques. C’est peut-être mon cerveau qui a imprimé tout cela en cours sans le savoir.

En quoi le procédé d’écriture diffère entre un roman et un sketch de stand-up ou du cinéma ?

Pour le cinéma ou les séries, il y a quand même des structures qui te servent beaucoup pour attirer l’attention du téléspectateur. Cela m’a servi pour l’écriture du roman. J’ai voulu monter de plus en plus jusqu’au dénouement. Toutes les formes d’arts qui ont un début et une fin, ont une façon de faire qui se ressemble. Pour un bon spectacle de stand-up, il faut des moment d’émotions, inclure plus de rythme etc..

D’ailleurs, chaque partie commence avec des indications comme dans un scénario  ?

Alors ça, c’est parce que je me suis dit qu’il y avait peut-être un moyen de le vendre à Netflix ou Amazon ou d’autres studios de productions. C’est surtout pour planter le décor. Il y a une temporalité qui se crée quand tu écris comme dans un scénario.

Y a-t-il des projets d’adaptation du roman en cours ?

Je suis en pleine réflexion. J’ai eu des propositions pour en faire un film. Dans l’idée, je souhaitais en faire une pièce de théâtre parce que je trouve qu’il y a quelque chose de stylé et de noble dans le fait de se mettre en danger à chaque représentation.

Une suite est-elle prévue ?

J’ai déjà entamé l’écriture du deuxième épisode. 50 pages sont déjà écrites. L’objectif est d’en faire une trilogie, je ne me vois pas aller au-delà et faire la suite de trop. Il faudra passer à autre chose avec ce personnage de Wourad. 

J’ai d’autres idées pour des livres avec d’autres personnages à développer. J’ai du mal à rester sur la même chose et à garder le même métier trop longtemps, j’ai vite l’impression de m’enfermer.

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