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Roman Frayssinet - Roxane Moreau

Rencontre avec Roman Frayssinet : « Je préfère lʼauthentique à lʼefficace »

Actuellement à lʼaffiche du film de Mouloud Achour Les Méchants, où il a un des rôles principaux, Roman Frayssinet sʼest tout dʼabord fait connaître en tant que stand-upper. Depuis lʼannée 2016 et son retour en France après avoir étudié le stand-up à l’École nationale de l’humour de Montréal, le comédien enchaîne les succès. Sur scène avec déjà plusieurs spectacles à son actif et également à la télé sur Clique TV avec ses chroniques sur lʼactualité. Cʼétait lʼoccasion de faire un bilan de sa jeune carrière déjà bien remplie et dʼavoir son point de vue sur la comédie et le travail dʼartiste.

Cela fait maintenant cinq ans que vous faites du stand-up de manière professionnelle, quel bilan faites-vous de cette expérience ?

Je ne sais pas quand exactement on devient professionnel mais oui ça commence à faire un moment que je fais ça. La première fois que je suis monté sur scène jʼavais 16 ans. Cela fait bientôt dix ans que je suis monté sur scène pour la première fois. En tout cas, je suis content de la démarche. Je me suis concentré sur une manière de développer une technique et une rigueur. Aujourdʼhui, jʼécris beaucoup plus rapidement. Jʼai moins peur, je prends des risques. Jʼai lʼimpression dʼavoir encore pleins de choses à apprendre mais dʼavoir acquis une certaine expérience.

Quelle est votre méthode de travail pour écrire des sketchs ?

J’essaie de sortir de ma zone de confort régulièrement et d’écrire beaucoup. Cʼest le résultat de trois années où je devais sortir un nouveau sketch par semaine avec Clique TV. Au Québec, je le faisais déjà et c’est une démarche intéressante. Cela te permet de tʼaméliorer à chaque nouveau passage. Il faut prendre des risques, produire, essayer des nouvelles choses et surtout être généreux. Jʼai mes associés aussi avec qui je travaille et qui sont essentiels à mon processus. L’entourage c’est primordial. Ils m’apportent des idées, je les tourne dans mon sens et ils me donnent leur avis pour m’orienter. 

J’essaie de sortir de ma zone de confort régulièrement

Quel est le prochain défi ?

Le défi est permanent. Il y a le film de Mouloud qui sort le 8 septembre, Les méchants. Jʼai hâte de voir comment les gens le prennent. Et je reprends la tournée du spectacle ALORS. Je pense que mon défi, cʼest de continuer dʼapprendre. Cʼest ça qui tʼemmène le plus loin. Cʼest une quête perpétuelle. Continuer de prendre du plaisir et tout faire pour en donner. 

Quel regard portez-vous sur lʼévolution de cet art depuis votre retour du Québec ?

Cela me plaît beaucoup. Déjà, il y a un super état dʼesprit entre les humoristes. Il y a une génération qui sʼinstalle avec notamment Redouane Bougheraba, Djimo, Ahmed Sparrow, Hakim Jemili, Laurie Peret, Lenny MʼBunga, etc… On essaie de se tirer vers le haut. Au-delà de faire rire, on rigole entre nous. Je me sens à lʼaise dans cet état dʼesprit et je me sens honoré dʼen faire partie. Et puis, jʼai lʼimpression que les gens travaillent fort. Ils veulent proposer des choses nouvelles. Jʼaime la variété de styles proposés actuellement. Il y a des sujets, des rythmiques et des manières dʼaborder les sujets qui diffèrent. Ça fait du bien. 

En quoi cette période est-elle intéressante à vivre au niveau artistique ?

Les humoristes débarquent avec une vraie démarche artistique, donc cela fait plaisir. Jʼai le sentiment quʼil y a des gens qui ne veulent pas ressembler à quelquʼun dʼautre et proposent leur propre univers. Ils ne veulent pas suivre un modèle. Il faut avoir la volonté dʼapporter quelque chose dʼauthentique. Je préfère lʼauthentique à lʼefficace, dʼailleurs lʼauthentique est souvent plus efficace.

 

Quels sont les stand-uppers français et américains que vous appréciez regarder ?

Pour les Français, ceux que je côtoie et que jʼai cité plus haut. Pour le stand-up américain, je le regarde beaucoup moins quʼavant. Ils ne me font plus autant rêver. Je trouve quʼici il y a des talents et des personnalités fortes et quʼon a plus à rougir devant les Américains. Après je suis évidemment fan de Dave Chapelle, Sebastian Maniscalco, Richard Pryor et Louis CK qui est, pour moi, le patron des patrons. Le fait de regarder ces humoristes à un moment de mon processus lorsque jʼétais à Montréal, m’a beaucoup aidé.

Quʼest-ce qui fait la spécificité des humoristes français par rapport à leurs confrères américains ?

On a notre propre identité. Culturellement, on n’a rien à envier à personne de cette planète. On a des univers très forts, une histoire très forte. On a un public cultivé. Donc je pense quʼon arrive à un moment où on n’a pas à se sentir en-dessous de qui que ce soit. 

 

© Angélique et Diana

Vous avez fait une formation stand-up au Québec au sein de lʼécole de lʼhumour. Pourriez-vous la conseiller à un jeune stand-upper ?

Oui, l’école mʼa donné confiance parce que jʼavais un endroit où je pouvais me dire : « Cʼest sérieux » et cela mʼa fait du bien. Après ce nʼest pas parce que tu fais une école que cela va marcher et tu nʼes pas obligé de faire une formation pour réussir. Il faut surtout être déterminer et travailleur. Il y a un chemin différent pour tout le monde. 

Le stand-up souffre-t-il dʼun manque de reconnaissance ?

Non, cʼest un des arts vivants qui mobilise le plus de public. Il y a un sentiment de nouveauté. Je pense que c’est la reconnaissance du public qui compte le plus et celle-ci le stand up l’a. 

Il y a de la musicalité dans les blagues

Une formation dʼart dramatique est-elle nécessaire même après plusieurs années de scène pour améliorer son jeu ?

Un stand-upper sait souvent jouer la comédie. Mais il y a toujours moyen de progresser. Il y a quelque chose dʼintéressant, cʼest que le stand-upper sur scène doit être lui et faire croire quʼil ne joue pas. Il doit donner lʼimpression de ne pas jouer. Cʼest toujours agréable quand on a lʼimpression de voir quelquʼun qui ne joue pas. Je pense que cʼest quelque chose qui est essentiel avec le stand-up et qui peut devenir une qualité pour faire du cinéma. Dʼailleurs en tant quʼénorme fan dʼAl Pacino, li faut préciser que cʼest quelquʼun qui a commencé par le stand-up. Le stand-up est dur parce quʼil nʼy a pas dʼartifices. Une fois que tu arrives à une certaine maîtrise de cela, c’est possible que ça te facilite pour le reste.

Comment s’est passée votre expérience sur le tournage du film Les Méchants ?

Cʼétait incroyable, cela mʼa permis dʼapprendre. Jʼai pu côtoyer des acteurs confirmés notamment Omar Sy qui vient de la comédie ou quelquʼun comme Anthony Bajon qui a fait beaucoup de films d’auteurs. La difficulté quand on vient du stand-up, cʼest de ne pas trop en faire, de ne pas trop forcer. Une scène de film, tu peux la refaire cinq fois, alors qu’un spectacle si tu te trompes c’est mort. Ce nʼest pas la même pression.

 

Vous voyez-vous jouer la comédie toute votre carrière ou pourriez-vous essayer d’autres arts comme la musique ou la peinture ?

Concernant la musique, jʼai toujours rêvé dʼécrire des chansons pour des gens, on verra si cela arrive un jour. Je ne pense pas pouvoir interpréter des chansons et je ne pense pas en avoir envie. Il y a de la musicalité dans les blagues, et pour le moment, ça me suffit.

Je dessine très mal…J’aimerai bien écrire des films aussi, mais je ne pense pas non plus avoir les qualités pour réaliser un long métrage. Je préférerai m’entourer de gens spécialisés et faire un beau travail d’équipe. 

Y a-t-il des artistes musicaux pour qui vous aimeriez écrire en particulier ?

Connu, pas connu, peu importe, tant que la personne se l’approprie ça me va, ça peut être n’importe qui. Un interprète qui me surprend qui fait son truc à lui avec un texte à moi j’adorerai ça. Chanter, ce nʼest pas vraiment mon truc. Je rêve à croire que je pourrai être parolier, et que je pourrai le faire anonymement, je trouve ça stylé. 

 

Retrouvez Roman Frayssinet dans son spectacle Alors, en tournée dans toute la France et le 22, 23 et 24 novembre 2021 à l’Olympia. Suivez l’actualité de Roman Frayssinet sur son compte Instagram et Facebook.

© Photo de couverture : Roxane Moreau