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Sugar Sammy

Sugar Sammy : « Je parle quatre langues »

Sugar Sammy vient du Quebec et parle quatre langues. Il a joué dans 29 pays mais c’est actuellement en France qu’il a choisi de poser pour jouer un spectacle. L’humoriste vient communiquer son énergie débordante sur la scène de l’Européen. Dans son spectacle, où il taille gentillement la France et nos coutumes, il allume gentillement tout le monde. Quoi de plus normal pour quelqu’un qui aime titiller les tabous. Entretien avec un anthropologue de l’humour.

D’où vient ce surnom de Sugar Sammy ?

Sugar Sammy c’est un surnom que j’ai eu à l’Université MCGill à Montreal. Pour payer mes frais de scolarité, j’organisais des soirées. J’invitais toutes les filles. Je les faisais boire gratuitement. La règle d’une bonne soirée est que si les filles viennent, les mecs vont forcément venir. Les filles ont commencé à me donner ce surnom que je l’ai gardé. 

Comment vous vous êtes retrouvé à faire une première partie de Dave Chapelle, l’un de vos comiques préférés ?

C’est arrivé en 2006. Cela m’a donné un élan au Canada anglophone. Mon manager m’a appelé et m’a proposé de faire sa première partie. Son équipe était partante donc j’ai forcément dit ok. 

Votre référence était Eddie Murphy…

J’avais huit ou neuf ans quand j’ai vu Eddie Murphy pour la première fois. Ce jour-là, j’ai su que je voulais faire cela pour le reste de ma vie et qu’il y avait aucune autre option. Pour moi c’était comme une passion.

Comment votre famille a réagi ?

Au début, ils ne me prenaient pas au sérieux mais ils n’ont pas empêché mon ambition. Quand c’est arrivé, ma famille a vu que j’avais du talent et m’a encouragé. Ils m’ont jamais découragé. Mon père était épicier, il en avait deux, trois magasins. Pour eux c’était une nécessité de travailler afin de nous donner la meilleure vie possible. Ils ont bossé très fort pour que leurs enfants puissent concrétiser leurs rêves. Ils ont compris que j’étais un bon étudiant, je faisais tout sérieusement. Ils savaient que j’avais un plan et assez de force pour suivre ce plan jusqu’au bout.

Quel cursus universitaire avez-vous suivi ?

J’ai passé un diplôme universitaire en études culturelles mais en option je prenais des matières liées au marketing et en relations publiques. J’ai aussi fait sciences-politiques, sociologie ou anthropologie. J’ai fait tout cela pour que cela soit utile pour ma carrière et pour mon écriture. Cela m’a permis d’avoir une vision globale de la planète et de l’être humain. 

Comment se sont passés les débuts ?

C’était très dur, même si maintenant j’ai 20 ans de carrière derrière moi. Ma première scène a eu lieu dans la cadre d’une levée de fonds pour le groupe Antillais à l’école. Ils voulaient faire un spectacle mais ne pouvaient pas se payer des humoristes. Ils savaient que j’étais le gars drôle. On a fait le spectacle et on a vendu 400 billets. J’ai fait la première page du journal universitaire pas pour les bonnes raisons. Je sais qu’il y avait beaucoup de débats à mon sujet car mes propos faisaient réagir. Cela n’a pas changé, en même temps mon humour préféré c’est quand tu regardes le spectacle et que tu sens qu’il y a un danger. Je n’ai jamais voulu faire des blagues sur les tables et les chaises, j’aime bien parler des sujets tabous. J’aime titiller la ligne jaune. Regardez comment les sujets tabous ont évolué. Regardez comment Elvis était perçu au début sur sa façon de bouger ses hanches… J’aime écrire sans filtre et laisser le rire décider. 

Vous avez aussi joué dans 29 pays, notamment en Arabie Saoudite. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’était pas pour les expatriés mais pour les locaux. La BBC est venu faire un reportage dessus car c’était un des premiers spectacles. Après ce qu’on voit dans les médias ne sont pas forcément les meilleurs aspects. J’ai été très bien accueilli. Par contre, il faisait super chaud. Le soir, il faisait 40 degrés. 

Pourquoi ce choix de vous installer à Paris ?

C’est un peuple qui me prend curieux. J’ai toujours été curieux et je sais qu’il y a beaucoup de matière humoristique. Il y en a même encore plus que je pensais, sur le comportement, le racisme, la politique. Vos coutumes, vos façons de faire. La façon dont vous regardez. Je savais que ce serait épanouissant en tant qu’auteur. Pour mon spectacle, j’ai du réécrire 85% de mon spectacle.

Comment vous trouvez le public parisien ?

Je le trouve drôle. Ils sont très conscients d’eux-mêmes. J’aime les bousculer car on dit qu’ils ont une pudeur et qu’ils se retiennent pour rigoler fort. Ici les gens ont ce côté avec de la retenue. Ici on s’habille pour acheter du lait car ils savent qu’ils vont être jugés. C’est intéressant pour nous les humoristes, vu qu’on est un peu des anthropologues. On vous observe et on essaie d’expliquer pourquoi c’est drôle. 

Vous écrivez dans plusieurs langues, qu’est-ce qui est le plus difficile ?

Je parle quatre langues : français, anglais, hindi et punjabi. Pour la France, j’écris en français. Même si parfois, cela m’arrive d’écrire quelque chose en anglais et de me dire, ce serait bien en français. Du coup, je me dis que je suis très pressé et je pense automatiquement en anglais, y compris pour prendre des notes. Je passe d’une langue à l’autre très facilement, car j’ai appris ces langues depuis tout petit. Quand je parle avec mes parents c’est en punjabi. Avec mon manager, c’est en français. Avec mon équipe c’est en anglais. Ma situation pour le public est marrante. Tu as un gars d’origine indienne, anglophone, qui parle un français québécois mais qui essaie de s’adapter en français. C’est l’individu de 2017. Le monde est devenu mélangé et c’est intéressant.

Avez-vous toujours une dent contre Apu des Simpsons ?

C’est vrai qu’on me comparait souvent à lui quand j’étais jeune (rires), mais cela a changé depuis. Maintenant, on a Dev Patel, Aziz Ansari. Cela commence vraiment à changer.

Quelles sont vos références ?

Chris Rock, Dave Chapelle, Eddie Murphy ou Bill Bur. Mais j’ai eu aussi Ricky Gervais ou bien Sacha Baron Cohen. Je me rappelle quand il avait son show quand il faisait Ali G ou Borat avant les films. Lorsque c’était diffusé le vendredi soir à minuit, je refusais de sortir pour être devant mon poste de télé. En France, j’aime bien la nouvelle vague d’humoristes que vous avez. Je pense que cela va encore progresser. Parmi ceux qui m’ont marqué, je pourrais citer Blanche Gardin, Kyan, Fary, ce sont déjà des stars. Noman Hosni, Wary Nichen, Jason Brokers. Je pourrais enfin citer Verino et Roman Frayssinet.