Le Département : « YouTube, c’est comme la télé des années 80 »

Le département
Benoit Blanc (Marco), Matthias Girbig (Hughes). Credit photo : Philippe Mazzoni/Canal+

La série, le département vous plonge dans le quotidien absurde d’une boîte, à travers les yeux d’une stagiaire. Cette boîte où à votre arrivée on vous donne un badge et un tomahawk.. où un tiers de vos collègues s’appellent Michel et l’un d’entre eux est en fait une plante…Derrière tout cela, c’est l’équipe d’Inernet : Benoît Blanc, Mathias Girbig et Benjamin Busnel. Depuis quatre ans, ils ont monté cette chaîne Youtube, avant de rejoindre la troupe du Studio Bagel, puis Canal + l’an passé. Entretien avec des sociologues humoristiques du travail.

Vous avez créé Inernet, votre chaîne Youtube et aujourd’hui vous êtes sur Canal +. Vous vous sentez toujours libre de faire ce que vous souhaitez ?

Benoît : C’est important de savoir écouter ce qu’un producteur ou une chaine peuvent nous dire. Prendre ce qu’il y a a prendre et mettre de coté le reste. Il y a 10 ans on aurait foncé a fond dans ce qu’on peux nous dire, en nous trahissant un peu. Maintenant, on a la maturité pour savoir ce qui est bien pour nous.

Mathias : Je pense qu’on a chopé un truc. Au fur et a mesure des années, on a trouvé le juste milieu. Il faut trouver un équilibre entre les retours des producteurs, du public et des médias. On à la colonne vertébrale et autour de cela on va construire pour plaire a plus de monde.

Benjamin : Nos producteurs nous ont pas mal aiguillé en nous disant ce qui pourrait plaire le plus dans ce qu’on faisait. Si vous avez envie de le faire c’est intéressant d’aller dans ce sens la. Cela nous a permis d’avoir des étapes dans la construction du collectif et d’aller un peu plus loin dans l’écriture, dans les envies et dans les idées. 

Le département se passe dans des bureaux et raconte l’arrivé d’une stagiaire dans le monde de l’entreprise, pourquoi avoir choisi s’attaquer au monde du travail ?

Benoît : L’entreprise est une micro société avec ses propres codes, les gens peuvent se reconnaitre plus facilement. Tu prends tes racines dans le réel et tu pousses les choses dans la folie. On emmène le public avec nous dans un monde qu’il connaisse et tu peux t’amuser avec les règles de société.

Mathias : Le monde du travail peut se calquer sur n’importe quel métier. Cela nous permet de toucher un public plus large. Dans notre humour absurde, il y a un côte épuré qui nous permet de traiter beaucoup de choses et d’emprunter différentes trajectoires. 

Benoît : Dans notre époque, le travail est un endroit où l’absurde est particulièrement développé. Dans de nombreuses boîtes les gens créent du vent et ils le ressentent de plus en plus. Appuyer de cette façon, avec cet humour ça parle. Le Département résonne a cause de cette absurdité.

 

 

L’humour absurde n’est t-il pas victime d’une fracture générationenelle, entre d’un côté la génération Internet et de l’autre celle d’avant?

Mathias : Il y a différents degrés de lecture. Les ados nous regardent et sont juste fascinés par le coté incompréhensible et ne voient pas l’autre coté qui évoque le rapport au pourvoir, au travail, à la soumission, à la place de la femme et à celle du jeune dans l’entreprise, eux ne lisent pas du tout ça. Les générations ont chacun leur degré de lecture. Les gens plus âgés ont par exemple soit besoin de sens, soit de références.

Benjamin : C’est une question de point d’entrée aussi. Comme on traite du monde du travail ça fonctionne, c’est transgénérationnel. Sur d’autre sketchs ça ne parle pas aux générations âgées. Quand tu te retrouves a l’intérieur de quelque chose que tu connais ça te parle tout de suite. Peu de gens sont prêts à accepter l’humour absurde. Il faut accepter de ne pas comprendre et dans notre époque les gens font des raccourcis et veulent comprendre donc si ils comprennent pas il se brusquent vite. 

Benoît : Depuis le web, et notamment sur YouTube. Il y a une ouverture à l’humour WTF et l’absurde encore plus grand chez les jeunes. Cela développe leur ouverture d’esprit. Ils se rendent compte de tout ce qui est possible dans le monde.

Comment va évoluer YouTube ? Vous pensez qu’on a devant nos yeux le futur du cinéma Français ? ou c’est encore totalement different ?

Benjamin : YouTube c’est comme la télé des années 80. Cela va progressivement se professionnaliser et certains vont tirer leur épingle du jeu. Certains vont faire du cinéma, d’autres seront Stand-Uppers, voire chroniqueurs. Aujourd’hui, c’est un point d’entrée pour tout le monde mais je ne pense pas qu’on puisse en tirer une règle. De nombreux ados veulent faire youtubeurs, nous c’était un moyen pour faire des choses et se faire connaitre. A l’époque c’était les café théâtre, aujourd’hui c’est YouTube.

Benoît : Youtube peut être aussi être une fin en soi. Certains l’utilisent déjà comme un media et ne souhaitent pas atteindre la télé. Il y a des projets d’abonnements payants sur cette plateforme Je pense que c’est clairement une révolution médiatique, avec un réel endroit d’expression qui ne fais que grossir et va prendre une place énorme, si la télé n’arrive pas a évoluer. Youtube peut faire la même chose que Netflix avec les films. C’est un média qui fait et va faire naitre de nouvelles formes de contenus.  

Quelles sont vos projets ?

Benjamin : Des envies de cinéma ! De la série et du long-métrage. Mais quoi qu’il arrive on restera sur Youtube, c’est un laboratoire extraordinaire et un endroit de diffusion. J’espère qu’on aura la possibilité, le temps et les moyens de continuer à expérimenter ça.

Mathias : Le problème, c’est l’argent. Pour financer un projet c’est compliqué. On aimerait faire des courts-métrages ou des  séries. C’est plus dur à financer sur Youtube, avec l’ambition qu’on a sur ces projets. La télé et le cinéma, c’est là qu’il y a les moyens, donc c’est vers là qu’on aimerait aller.

Benjamin : Il y a une question d’image aussi. Youtube n’as pas la même notion de prestige que le cinema ou Netflix mais ce n’est pas ça qui fait notre choix.

Benoît : On a mis beaucoup de temps et d’énergie sur notre chaine. On aurait vraiment les boules si elle ne vivait plus. Notre communauté, notre public avec qui on échange, c’est sur YouTube. On serait triste de devoir arrêter cela. Si on peut réaliser nos projets sur Youtube, on sera contents.

Les épisodes du Département sont diffusés tous les samedis à 12h35 en clair sur Canal + et tous les jeudis à 17h sur leur chaîne YouTube

 

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