Paul Taylor : « J’aime la France comme ma femme »

Paul Taylor

Il y a un peu plus d’un an, Paul Taylor passait nous voir pour parler de sa première vidéo où il se moquait de la coutume de la bise en France. Depuis, il en a carrément fait une série de vidéos. Cela s’appelle « What the fuck France ». Dans ses productions, tout y passe : du vin, jusqu’au travail, en passant par le cinéma français. Le plus français des humoristes anglais n’épargne rien sur le mode de vie à la française. Entretien avec un amoureux de la French touch…

D’où vous est venue cette idée de faire cette série de vidéos « What the fuck France » ?  Pourquoi vous avez voulu faire cela ?

La dernière fois qu’on s’était vus c’était avec vous. J’avais fait une vidéo sur la bise, j’ai fait un million de vues en une semaine. A la base, il ne devait pas avoir de suite. Au bout d’une semaine, Canal plus m’a contacté. J’ai été reçu par eux afin de savoir s’il y avait possibilité de faire une série de vidéos sur le même principe. J’ai accepté car pour moi, c’était une super opportunité qu’une chaîne de télé me propose cela. L’idée c’était de garder le format du plan séquence mais avec des transitions. 

Vous avez du recevoir des messages de gens qui ont mal réagi à cette série de vidéos ?

Sur mon compte, en termes de messages je reçois 90% de messages d’encouragements et il y’a 10% des gens qui m’insultent. Ceux là me disent en gros « Rentre chez toi, connard d’anglais ». Dans les commentaires, cela dispute, avec des messages racistes à propos du nombre d’immigrés en France. Des fois les vidéos n’ont rien à voir, avec la tournure que prend les commentaires. Vu que je me présente comme un étranger en France, les gens qui n’aiment pas les étrangers se lâchent, parce que derrière un ordinateur il y a zéro risque. 

Pour éteindre la polémique avec ces 10% de mécontents, pouvez-vous leur dire ce que vous aimez en France ?

Presque tout. L’autre jour, j’y réfléchissais et j’ai fait le parallèle avec une relation. J’aime la France, comme ma femme avec qui je suis depuis 8 ans. Mais cela n’empêche pas qu’elle puisse m’énerver parfois. Après il y aussi des trucs qui vont énerver les français eux-même concernant leur pays. Comme je suis étranger, cela permet de jouer la carte du « Rentre chez toi si tu n’es pas content ». L’humoriste pose un miroir avec le public devant toi. Mon but, c’est de pointer ce que l’on reproche aux français, sans pour autant penser que ces défauts sont réels. C’est comme les 35 heures. Le monde entier pense que les français ne travaillent pas assez, alors que pour avoir expérimenté le monde de l’entreprise en France, j’ai bien vu que ce n’était pas vrai. 

Quelles choses en particulier ?

J’aime bien le fait qu’on puisse faire quelque chose après 17h. En Angleterre, le pays s’arrête après cette heure, sauf à Londres et d’autres grandes villes. Sortir le soir n’est pas dans notre culture. A Paris on fait cela dans les cafés et les terrasses. Ici la terrasse c’est toute l’année, quitte à installer des lampes à gaz et donner des petites couvertures aux gens. J’aime également le système de train que vous avez. Chez nous le système est mal fait, c’est très cher. Enfin la nourriture. On dit que la nourriture est mauvaise en Angleterre, alors qu’on a les mêmes ingrédients qu’en France. Le souci c’est qu’on n’a pas la culture de cuisiner. Cela n’a pas été transmis entre les générations. Par contre, les gens qui savent cuisiner dans les restos, en termes de restaurants, Londres c’est plus varié que Paris et souvent de meilleure qualité. C’est dommage que le reste du pays ne s’intéresse pas à la bouffe et ne pense plus qu’à travailler ou regarder la télé. 

Votre mot préféré en français ?

J’aime bien le mot « couille » car c’est un mot impossible à dire en anglais, et la sonorité que cela fait en bouche est marrante. Un peu comme grenouille mais couille, cela commence avec le C qui casse.

Quelles sont vos références ?

Bill Bur en fait partie. C’est un américain qui a une façon d’aborder l’humour que j’aime beaucoup. Jim Gaffigan, Seinfeld ou Brian Regan également. Ce sont des humoristes très marrants sur les petites choses du quotidien. Cela a l’air simple mais c’est pas si facile et ils arrivent à en faire quelque chose de marrant, contrairement à la politique, où les situations sont déjà drôles en soi. En Angleterre, je dirais Michael McIntyre. Ce qui est marrant avec le stand-up chez nous c’est qu’ils font des salles de 14.000 personnes mais personne ne les connait en dehors de l’Angleterre. C’est pareil pour les comiques américains, beaucoup ne passent pas les frontières. De toute façon c’est dur de traverser les frontières. 

Quelle est votre définition de l’humour anglais ?

Je ne sais pas si cela existe. C’est plutôt la façon de consommer l’humour. Les sketches où on peut jouer un personnage sont devenus ringards. Les films anglais sont plus portés sur le loufoque et l’absurde. Mon film préféré c’est « Arnaque, crime et botanique », de Guy Ritchie qui est assez comique. Sinon j’aime bien « Intouchables » et pourtant je ne suis pas hyper fan des films français, je ne suis pas assez à l’aise avec la langue pour comprendre ce qu’il se passe. J’espère que le remake ne sera pas trop raté comme c’est souvent le cas avec les remakes

Votre analyse sur le Brexit après coup ? Vous avez suivi ce qu’on dit les humoristes à propos de cela ?

Le Brexit, ce n’était pas forcément raciste. Mon père m’a dit qu’il avait voté pour, non pas rapport aux migrants mais parce qu’il ne voulait pas que le pays soit gouverné par l’Europe et par le parlement Européen. On n’a pas voté pour ces gens à Bruxelles mais ils nous imposent des lois sur des trucs. Après concernant les humoristes, je n’ai pas trop suivi ce qu’ils ont dit, mais d’après ce que ce que mes potes humoristes m’ont dit, dans les comédies clubs, beaucoup de blagues ont été faites dessus. Un peu comme aux Etats-Unis avec Trump ou avec la campagne présidentielle en France. Le souci c’est que pour nous humoristes, cela va être la course à celui qui va faire la première blague là-dessus. 

L’anecdote la plus marrante, dans votre carrière ?

Quand on a tourné un épisode de « What the fuck France ? », sur l’alcool, on avait tourné l’épisode dans un bar du sixième arrondissement de Paris. J’étais en train de me préparer, il fallait qu’on tourne en terrasse pour l’intro. Le preneur son regarde derrière moi et il me dit « Tu sais qui c’est la dame là-bas qui est dans la rue »? Je ne savais pas. Il me dit « C’est Chantal Lauby, une grosse star de l’humour en France. » Elle passait par hasard dans la rue, du coup on lui a proposé de faire un rôle de figurante. On peut la voir au tout début de la vidéo où elle joue une cliente en terrasse. Ce qui est marrant, c’est qu’à un moment, on fait un clin d’oeil au film « La cité de la Peur » et à la blague « juste deux doigts ». 

Retrouvez Paul Taylor dans les vidéos What the fuck France mais également sur scène, au Sentier des Halles du jeudi au samedi, au Paname Art Café et bientôt á la Nouvelle Eve !

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