Rédouane Behache : « Les Zaïrois ont une belle culture »

Rédouane Behache

Il est connu sur Internet pour son rôle de Pitchou de Castelbajac, un sapeur zaïrois déjanté et pourtant Rédouane Behache a plus d’une corde à son arc. En effet, cet acteur qui fait également du stand-up a déjà joué des rôles variés au cinéma et cela devrait continuer. Rencontre avec le plus zaïrois des comédiens français. 

D’où est venu ce personnage décalé de Pitchou de Castelbajac ?

Je suis passionné par la culture congolaise depuis ma tendre enfance. C’est lié à une amitié fraternelle et à un amour qui est aujourd’hui. Je parle Lingala couramment donc on peut dire que j’ai cette culture dans la peau. J’ai un pote a moi qui fait partie des premières vagues d’immigration. Mon pote, c’était l’époque des zaïrois qui ont connu Mobutu. Ils ne parlaient ni le français, ni le flamand. Quand on se faisait remonter les bretelles avec mon pote par sa mère en Lingala, tu avais intérêt à comprendre. Tu te prends de passion pour une culture que tu commences à comprendre les codes. Plus les Congolais savent que tu parles Lingala, plus ils te parlent dans cette langue. Ce personnage de Pitchou est naturellement construit pour moi, j’ai eu ce déclic.

Qu’est-ce qui vous attire dans la culture zaïroise ?

Les Zaïrois ont une belle culture, ils sont riches d’émotions. Ils en sont tellement riches qu’il suffit de partager des petits moments avec eux pour pouvoir t’attacher assez facilement à eux. C’est pour cela que ce personnage est attachant. Quand ils s’aperçoivent que mon personnage est une composition, limite ils sont tristes. Ce personnage est venu naturellement. Je sors pas le « Ouais c’est bon » naturellement.

Justement d’où vient le « Ouais c’est bon » ?

C’est un gimick qui est venu tout seul par rapport à des voyages précédents. Je l’ai entendu à Kinshasa. Là bas ce sont des gros frimeurs. Quand on leur demande si ça va, ils répondent « Ouais c’est bon », d’un air supérieur. J’ai commencé à l’utiliser lors de mon voyage et vu que cela les faisait marrer eux-mêmes, je me suis dit, si cela les fait marrer, tout le monde peut rigoler.  

Vous maniez beaucoup les accents, pas trop difficile de passer après Michel Leeb qui faisaient les accents à la limite du racisme dans les années 80 ?

Pour Michel Leeb, c’était dans sa génération et dans l’ère du temps. On était dans une France un peu plus chauvine, plus facho. On est dans un pays marqué par l’histoire. Son humour a subi cette histoire. Après c’est comme en musique, il y avait l’école Sardou et l’école Balavoine. Michel Leeb avait du talent, le souci c’est que son talent a été mis à profit tout court. Tout cela pour remplir les salles et passer à la télé. Pout taper sur du français il fallait avoir le talent de Desproges, Thierry Le Luron, voire Coluche même si cela lui a valu d’être blacklisté.

Quelles sont vos références ?

Les derniers que j’ai cité mais je te rajouterai Smaïn. Il a été adopté et ne vient pas d’une culture maghrébine. Ces sketches sont composés et imaginés, cela lui vaut le plus grand des talents. Aujourd’hui quand je compose mon personnage rebeu, c’est ma culture. Quand je vois Smaïn qui compose ce personnage c’est gratifiant. Après, concernant le fait que sa carrière n’a pas connu de succès par la suite, je pense qu’il est mal arrivé, on a du lui proposer des rôles clichés. C’est tout ce qu’il détestait, car il était tout sauf cela. 

En parlant de cinéma, vous avez joué dans plusieurs rôles dont Braqueurs contre Dealers de Julien Leclercq avec Sami Bouajila ?

J’ai rencontré le réalisateur huit mois avant le début du tournage. J’ai été recommandé par Baya Belal qui joue ma mère dans le film. Il a regardé mes films et quand on s’est vu, on a passé la soirée à parler de tout, sauf de mes films. Depuis, c’est devenu un ami. J’ai ensuite rencontré Sami Bouajila. Ce n’est pas quelqu’un qui t’apprends. Il s’imbibe de tes défauts pour t’en parler au bon moment. 

Dans le film, vous partagez l’affiche avec Kaaris.

Kaaris est haut en couleurs. Il y a le rappeur et le l’acteur. Il y a l’homme aussi, c’est un nounours. C’est quelqu’un d’attentif quand il est intéressé. Il t’écoute et aime beaucoup rire. En plus, il est très patient, contrairement à certains. Il était en pleine promo de son album Double Fuck. Cela fait bizarre de voir un mec qui vient tourner un film en Porsche. J’ai gardé contact avec lui, on aura peut être l’occasion de faire un truc ensemble. 

C’est plus difficile de jouer un rôle tragique qu’un rôle comique ?

Quand on joue la comédie, rien n’est facile. Cela m’amuse énormément mais c’est loin d’être facile. Après les rôles tragiques c’est très difficile. J’ai appris sur le tard, notamment le travail sur la respiration. Il ne suffit pas de chialer pour savoir chialer à l’écran.

Une anecdote qui vous a marqué ?

Lorsque j’ai joué le rôle d’un gay, ça fait « bizarre » pour quelqu’un comme moi qui suis père de quatre enfants et hétéro. Ce rôle m’a permis d’avoir un prix du meilleur acteur au Festival de Varsovie. C’est un type de rôle que je pensais pas faire quand j’ai commencé dans ce métier. Même si ce rôle m’a permis de jouer dans Braqueurs contre Dealers, dans les deux rôles je suis avec une black. D’ailleurs, ma copine m’a tanné avec cela. Elle m’a demandé devant le réalisateur si c’était moi qui choisissait les actrices (rires).  Pour rigoler Julien lui dit « Bien-sûr que c’est lui »

 

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