Rencontre avec Antoine Bueno !

Antoine Bueno

Peut-on être humoriste quand on travaille au Sénat ?
La preuve que oui. Antoine Bueno se sert d’une base solide de connaissances pour déraper vers une folie envoûtante et complètement délirante.

We Love Comedy Magazine a rencontré ce personnage hors du commun.

Comment on passe du Sénat à la scène ?

J’ai toujours eu une vie totalement schizophrénique. Une vie de jour, une vie de nuit. De jour c’était la sécurité. J’ai fait des études sérieuses qui m’ont conduit à mon travail actuel au Sénat. Un boulot de plume politique et de technique juridique pas drôle du tout.

Parallèlement, j’ai toujours eu une activité artistique qui tournait autour des médias et de l’écriture. La scène ça fait très longtemps que je voulais en faire. Il y a quelques années, j’ai commencé à écrire et j’ai remporté un concours d’éloquence de Science Po. En même temps j’ai publié mon premier roman. J’ai basculé du coté de la publication à ce moment là. Mais j’ai toujours cherché à rattraper la scène d’une manière ou d’une autre. Moi ce qui m’intéresse, c’est d’essayer d’avoir des choses à dire, de créer des formats différents quel que soit le mode d’expression. Ca peut être du documentaire, du cinéma, du one man. La scène m’attirait depuis longtemps. Mon premier roman c’est un one man show.

13250280_10209540575132774_1165258341_nQuelques années plus tard quand l’un de mes romans sur les Schtroumpfs dont je parle dans le spectacle a bien marché, ça m’a permis de raccrocher les wagons de la scène puisque j’ai pu adapter « le petit livre bleu » à la scène pour en faire une conférence complètement déjantée et décalée avec des Schtroumpfs en chair et os qui venaient mimer les vignettes dont je parlais. J’ai joué tout ça au théâtre des Déchargeurs, puis j’ai eu une petite tournée, j’ai terminé au théâtre de la Criée à Marseille et deux ans plus tard je me suis complètement lancé dans le one man show.

Il y a un vrai lien entre vos romans et votre spectacle ?

Il y a un lien total d’autant plus que le spectacle démarre sur cette activité d’écriture, sous la forme de la frustration.

Comment définissez-vous votre humour ?

La question que je me pose c’est « Quel est votre public ? ». Et la réponse permet un peu de définir mon humour. Mon public c’est celui de Michel Houellebecq. Et c’est volontairement que je prends un écrivain et pas un humoriste et ce pour plusieurs raisons.

La première c’est que je n’ai pas vraiment des figures tutélaires parmi les humoristes. La deuxième c’est que je suis moi-même écrivain et j’essaie d’établir des passerelles entre les univers de créations. Et je pense sincèrement qu’un mec qui aime ce genre de livres et qui a envie de sortir pour se marrer un peu et voir quelqu’un sur scène, il est un peu orphelin. Aujourd’hui, sur cet humour là, tout en étant modeste, je ne vois pas une énorme concurrence. Après il y a cette fameuse catégorie qui fait très peur, c’est-à-dire, « L’humour intelligent ». Au sein même de cette catégorie, quelque chose qui relève d’un humour un peu existentiel comme ça, je sais pas si il y en a énormément. On sort un peu de l’humour dominant avec les anecdotes du quotidien, les rapports hommes/femmes. Et quand il y a des choses politiques, le problème c’est que ça revient à de l’anecdotique. Ca va être du spectacle de chansonnier avec des vannes sur l’actu immédiate et c’est pas du tout ce que je veux. Moi j’essaie de faire quelque chose qui brosse un portrait, un tableau plus en recul et plus global. Mais évidemment comme je suis obligé de faire rire, je sors des éléments d’actualité aussi. Mais c’est pas l’ADN du spectacle.

Est-ce qu’on peut rire de tout ?

On revient toujours à la phrase « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Moi j’aime beaucoup les clichés. Et celui là s’en est un et je le trouve très juste. Une fois qu’on a dit ça je pense qu’on a tout dit. Donc oui à mon avis il n’y a pas de limites.

Vous avez fait de la radio, de la télé. Comment vous vivez ces expériences à chaque fois ?

J’ai toujours voulu ne pas rester cantonné à un public restreint. Le but du jeu c’est d’avoir l’audience la plus large possible. Donc ça, ça passe évidemment par la télé et par la radio. J’ai essayé de développer ces expériences là, ce qui a été le cas. Après je ne suis pas resté très longtemps dans les médias les plus importants et les plus connus.
L’expérience est à la fois atterrante et plaisante. Plaisant parce que rester 5 minutes à Europe 1 pour raconter 4 conneries comme on le ferait au bistro du coin et toucher 800 euros par mois en étant le chroniqueur le moins bien payé c’est toujours hyper plaisant. Et puis c’est quand même atterrant quand on essaie de prendre du recul et de s’interroger sur le système qui nous abrite. 

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Si vous deviez définir votre spectacle en trois mots ?

Je dirais « Costique » pour ne pas dire aussi, cynique, ironique.
Ensuite je dirais « noir » pour « humour noir ». Et pour finir « absurde » et même si c’est plus que trois, je rajouterais « existentiel » aussi. Je sais que ce ne sont pas des mots très drôles…

Pourquoi avez-vous écrit votre spectacle sur le thème de l’espoir ?

Je suis parti de l’espoir, je suis arrivé à l’espoir. La plupart des spectacles aujourd’hui sont écrits par petits bouts de 5 minutes parce qu’on commence en faisant des scènes ouvertes. Et ensuite en accumulant le tout on finit par avoir son quart d’heure, sa demi-heure ou son heure de spectacle. Donc moi, en agglomérant le tout, j’ai fini par chercher un fil conducteur, un thème. C’est l’espoir qui s’est imposé parce que je trouve très drôle de désintoxiquer les gens de leur espoir.

Il y a des humoristes qui vous inspirent ?

Il y a des gens que j’aime bien mais c’est comme en musique. Souvent on n’aime pas un album en entier on aime une ou deux chansons. Là c’est pareil pour les humoristes y’a certains sketchs de certains humoristes que je trouve vraiment superbes.
Il y a des trucs de Franck Dubosc qui me font marrer. Pareil pour Elie Sémoun ou Dieudonné. Mais j’adore aussi les Montipytons pour ce côté complètement absurde. Mais ce ne sont pas les humoristes que j’aime, c’est plutôt quelque chose d’historique.
Celui qui me semble être l’humour le plus intéressant, l’humour originel et central, c’est vraiment cet espèce de désespoir sautillant. C’est tout ce qui manifeste ça qui m’inspire.

Qu’est-ce que vous diriez à quelqu’un qui ne vous connait pas pour le convaincre d’aller voir votre spectacle ?

Je lui dirais « T’es un bel enculé ! Pourquoi tu me connais pas ? » (rires)

Quels sont vos projets ?

C’est une progression continue. C’est du 23, 24, 25, 26… spectateurs ! Je vais les chercher les uns après les autres et rien ne m’arrêtera (Rires)!

 

Et pourvu que ça dure !  

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