David Azencot : de la publicité à la scène !

David Azencot - Crédit photo : Alex Mahieu
L’équipe du We Love Comedy a eu le plaisir de recevoir le comédien, humoriste et auteur David Azencot.

Avec un diplôme de Science Po en poche et une carrière toute tracée dans une des meilleures agences de publicité, rien ne le prédestinait à se lancer dans l’humour. De la publicité à la scène, en passant par la radio, zoom sur son parcours et sur ses activités les plus récentes

Comment es-tu passé de la publicité à la scène ?

Je suis arrivé à la pub par hasard. Je ne savais pas trop quoi faire. J’écrivais déjà, je faisais des courts métrages et je travaillais pour des journaux étudiants. Je savais que je me dirigeais vers quelque chose de plutôt rigolo. Mais je ne savais pas encore quoi exactement.

En 1999, la mère d’un pote qui bossait dans la pub m’a suggéré de travailler dans ce domaine. « Tu verras, c’est marrant la pub !  » J’ai été embauché tout de suite dans une des meilleures agences de France !  

Il y avait la bulle internet et beaucoup de start-up étaient intéressées pour des opérations de communication. Les deux premières années, je me suis vraiment marré. Je suis resté longtemps et j’étais devenu le comique d’entreprise. On avait un forum interne. On balançait des conneries. Au fur et à mesure, je faisais de moins en moins de pub, de plus en plus d’animation. Et plein de gens me disaient : « T’es sûr que tu veux vraiment faire ça ? « 

J’écrivais aussi pour la radio, j’ai rencontré pas mal de comédiens. C’est monté comme ça, puis j’ai changé d’agence. J’étais mieux payé mais je me faisais vraiment chier pour le coup. J’ai donc fini par démissionner en 2007.

David Azencot - Crédit photo : Fabrice Mawule Houessou

David Azencot – Crédit photo : Fabrice Mawule Houessou

Comment es-tu arrivé à la radio ?

J’ai commencé avec une radio associative qui s’appelle Radio Campus Paris, sur laquelle j’ai fait des émissions jusqu’à l’année dernière. Vers 2008, j’ai commencé à faire des émissions de radio quotidiennes. On recevait beaucoup d’invités, y compris de gens issus du milieu du stand-up.

À cette période, je n’avais aucune envie de faire de l’humour. De l’humour, j’en faisais à la radio. Mais monter sur scène ne paraissait pas du tout une option. J’ai notamment reçu Nora Hamzaoui. À aucun moment, je ne m’étais dit, je vais faire la même chose. Et c’est après que tout a commencé. J’ai fait un an au cours Florent en 2008 – 2009, j’ai commencé à me dire, peut-être que si je prends des cours de théâtre, c’est pas uniquement pour savoir diriger les autres, (c’était ça l’idée au départ), pour les courts-métrages.

De « David Azencot progresse » à « Inflammable, en passant par « fils de pub », explique-nous l’évolution du concept de ton spectacle.

Mon premier spectacle était « David Azencot progresse ». C’était mes débuts. De ce spectacle là est né « fils de pub », en 2012, j’ai gardé quelques morceaux de mon premier spectacle (un quart d’heure) et j’ai réécris un nouveau spectacle avec le fil rouge de la pub, en abordant d’autres sujets.

Plus le temps passait, plus j’abordais d’autres sujets. La pub devenait un prétexte. Je m’éloignais de mes années pub, ce que je racontais finalement était un peu daté même si mon opinion sur la pub n’a pas changé. La manipulation, la consommation à outrance… Ces problématiques touchent tout le monde.

David Azencot au Festival de Montreux

En 2015, j’ai donc décidé de changer. Le spectacle ne prenait pas plus que ça, alors autant  élargir la cible, en n’étant plus limité par l’univers de la pub. J’avais un habillage dans mon spectacle comme des fausses pubs par exemple pour donner la cohérence avec le spectacle. Maintenant c’est un stand-up sur les sujets qui m’intéressent, des sujets d’actu. Y a une mise en scène, un début, une fin. Pas besoin de fil rouge, le fil rouge c’est moi et ça marche beaucoup mieux comme ça.

 Pourquoi inflammable ?

Je n’avais pas envie de le qualifier de corrosif, comme tout le monde. Dans les critiques, ce sont ces termes qui reviennent. Je me suis dit personne ne me dira , « ce spectacle est inflammable ». On a travaillé avec un graphiste, un copain de la pub qui avait déjà fait la première affiche, on est parti sur l’idée qu’il fallait un visuel parlant. On a regardé les bouteilles, j’ai vu la flamme, je me suis dit avec mes cheveux, y a sûrement un truc à faire. On a fait mon visage, on a transformé ça en dessin et voilà ça donne un visuel fort, qui est exactement ce que j’ai envie de dire.

David AzencotC’est un spectacle sur la société française telle qu’elle va mal. Ça parle de communautarisme, de terrorisme, de pauvreté, sexisme, environnement… Tous les sujets qui intéressent les gens en ce moment. Comme je suis quelqu’un de pessimiste (mais joyeux) tout va dans la direction que le monde court à sa perte. Il faut en rire et j’en parle d’une façon qui dit qu’il y a peut être encore un espoir. Mais c’est pas moi qui vais le donner. Je fais un bilan, je vous donne la situation et après vous faites ce que vous voulez. Moi je m’en fous dans 30 ans, je ne serai plus là et je n’ai pas l’intention d’avoir de gosses. 

De quels humoristes pourrais-tu tu te sentir proche artistiquement ? 

Comme tous les gens de ma génération, j’ai été très influencé par Desproges, mais beaucoup moins par Coluche. J’ai naturellement une façon d’écrire un peu plus proche de Desproges, avec des fulgurances de grossièreté, d’énervement qui sont plus proches de Coluche. Et les Nuls bien sûr ! J’adore les Nuls !

Après dans les plus les récents, chez les anglo-saxons, j’aime beaucoup Eddie Izzard. Son meilleur représentant en France est Yacine Belhousse. Je suis quand même inspiré par le côté assez absurde, la restitution de scènes que peut faire Eddie Izzard, quand il raconte comment les anglais débarquent en Inde, des choses comme ça. J’adore ce côté absurde que je fais dans mon spectacle. Au lieu d’un raisonnement politique, je vais par exemple faire parler des vaches ou des extraterrestres. 

Tu as également une activité sous format vidéos. 

Je suis un compagnon de route du studio Bagel depuis 3 ans maintenant. J’ai participé au Dézapping du before qui était à la télé pendant 2 ans et qui permettait de réagir à l’actualité avec quelques jours de retard, selon une façon décalée que j’aimais bien.

Par contre, j’ai fait beaucoup moins de vidéos internet avec Bagel. Du coup quand l’émission s’est arrêtée, les vidéos du studio Bagel étaient faites par une autre équipe. Maintenant je suis plus avec Studio Movie axé sur le cinéma.  J’en ai fait pas mal cette année. 

Je fais également partie du concept Funny Bones produit par le studio Bagel. C’est une chaîne de vidéos en anglais, 100% made in France. Nous avons pour le moment tourné 8 vidéos. Petite modification. Ce concept change de nom et devient désormais WTF France.

Il était également temps que je fasse mes propres vidéos. Mon concept est juste de parler d’actualité, chose que font déjà d’autres alors je me suis dit autant le faire moi même avec ma caméra. C ‘est un podcast simple et je fais ça seul chez moi. J’en produis une ou deux par semaine et je les poste directement sur Facebook et aussi sur Youtube. 

Sur scène ou pour tes vidéos, as-tu déjà fait l’objet de critiques pour ton humour ?

Je commence à en avoir. Je me suis fait traiter dans la même semaine de facho et de gaucho, ce qui veut dire qu’a priori je suis là ou je veux être. Comme disait Desproges, « je suis un artiste dégagé ». J’ai des côtés gauchistes et réac’ en même temps, je les assume.

 Il t’arrive de te fixer des limites  ?

Sur scène, il est évident que je ne vais jamais m’auto censurer et sur internet non plus.

Si je fais de la télé ou de la radio, je sais bien qu’à un moment donné, on me dira : « ça mec, c’est un peu gênant ».  Je  ne vais pas me fixer des limites. Mais si c’est grossier je peux mettre de l’eau dans mon vin et remplacer « se chier dessus » par « avoir les nuggets qui lâchent ». Après si on commence à me dire, « ton opinion dérange » , là ça va pas le faire.

Tu as évoqué ton pessimisme quant à la société actuelle. Une période historique à laquelle tu aurais aimé vivre ? 

Dès le moment où il n’y a pas d’électricité et pas d’hygiène corporelle, je dois avouer que j’ai un problème, pour moi c’est forcément le 20ème siècle. Et assez rapidement le 20ème siècle c’est quand même de la merde : des guerres, des massacres, des millions et des millions de morts…

Si tu devais te repasser tous les matchs de l’équipe de France à l’Euro 2016 ou suivre la nouvelle saison de Secret Story ?  

Les matchs sans aucun doute ! Je préfère mille fois voir des mecs courir derrière un ballon que de voir des abrutis donner leurs confessions. Je n’aime tellement pas ça que je ne regarde même pas pour en faire des blagues.  Tous ces jeux horribles où tout le monde s’adore « c’est mon meilleur ami, je vais devoir le poignarder dans le dos ». Tous ces jeux qui combinent la niaiserie et la cruauté, ça m’horripime.

 Pas de télé du coup chez toi ? 

Je suis fan de séries, d’émissions documentaires et j’adore la chaîne Arte. C’est devenu la tarte à la crème de dire qu’Arte c’est chiant. Non Arte c’est super. Bon déjà chez moi, je n’ai plus la télé depuis des années. Mais quand je vais en tournée et que je vais dans un hôtel, je regarde Arte pendant deux ou trois heures et je trouve ça fascinant. La télé c’est pas l’offre le problème. On dit toujours : « les gens regardent de la merde on ne propose que ça » !  Non les gens regardent de la merde parce qu’ils aiment ça.

On te retrouve où dans 10 ans ?

Dans 10 ans ? Je remplis Bobino tous les soirs !


DAZ P2

David Azencot fait son grand retour à la Nouvelle Seine dès le 5 octobre, tous les mercredis à 21H30. Vous pouvez également le retrouver au Campus Comedy Tour et sur Europe 1, dans « Ça pique mais c’est bon ».

Pour ne manquer aucune info, n’hésitez pas à suivre son actualité sur Facebook

 

 

 

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