Lisa Raduszynski : « J’essaie de casser les clichés machistes »

Lisa RADUSZYNSKI
Crédit photo : Delphine Royer

Découverte par l’émission On ne demande qu’à en rire, c’est surtout grâce à sa participation à la quatrième édition de Talent Show que la comédienne Lisa Raduszynski s’est lancée dans l’écriture et la scène.  We love Comedy est parti à sa rencontre pour en savoir un peu plus. 

Comment s’est construit ton parcours artistique ?

J’ai commencé par le théâtre classique. C’est grâce à Jonathan Ganem que j’ai démarré le one woman show. En mars 2008, il organisait son quatrième Talent Show à Paris, pour lequel je devais faire un duo avec une amie comédienne, qui finalement a annulé, et Jonathan m’a encouragée à écrire un sketch en solo. C’était ma toute première fois seule sur scène avec mon propre texte. Je sortais de l’école de théâtre que j’avais terminée en 2006. Je jouais devant près de 400 personnes. Le stress était à son paroxysme… Résultat : c’était magique !

La scène, ton domaine de prédilection ?

J’ai toujours su que je voulais devenir comédienne, mais tout en pensant que c’était un désir partagé par tous, donc je n’osais pas me lancer. Jusqu’au jour où j’ai réalisé que ce n’était pas le cas. Alors je me suis dit « pourquoi pas moi ». Et c’est ainsi qu’à 21 ans, j’ai commencé le théâtre grâce à mon grand-père qui m’a offert mon premier stage d’initiation. C’était une vraie révélation ; et dès le premier jour de cours, j’ai compris que j’étais faite pour ce métier.

Parle-nous de ton expérience dans l’émission On ne demande qu’à en rire.

J’ai participé à la dernière saison en 2014. C’était une expérience incroyable, j’ai eu la chance d’enchaîner trois passages. Malheureusement je suis arrivée en fin de saison, et l’émission n’a pas été reconduite l’année suivante. Pendant toute cette période, j’étais en totale immersion « ONDAR », constamment à réfléchir aux sujets, aux sketches, aux intentions, aux décors, à mes co-auteurs, etc. Il n’y avait pas un moment du jour ou de la nuit où je ne pensais pas à l’émission !

Ils nous envoient une cinquantaine de sujets, il faut très rapidement choisir son sujet, puis on a 4 ou 5 jours pour écrire un sketch. Je vous laisse imaginer la pression de dingue qui pèse sur les candidats, avec le temps imparti.

Lors de mon premier passage j’avais un stress énorme, la bouche pâteuse, mais mon expérience de la scène m’a aidée à me canaliser, et j’ai pris un plaisir absolu à jouer sur ce plateau. J’ai eu la chance que cela se passe vraiment bien, et cette expérience ONDAR m’a permis d’aller jouer mon One en province.

 

Comment s’est construit ton spectacle ?

J’ai joué mon premier spectacle, Dans 2 minutes… J’suis au top ! de 2010 à 2015. J’ai démarré au Pranzo, le rendez-vous des humoristes de l’époque. Puis je l’ai joué au Sonart, à la Comédie Contrescarpe ainsi qu’en province, mais c’est au Théâtre de Dix Heures, où j’ai eu la chance de jouer quasi une année, qu’il a pris une réelle ampleur, grâce à ma metteuse en scène (et ancienne prof de théâtre) Sally Micaleff, qui m’a énormément aidée à donner de la dimension à ce spectacle. J’animais en même temps le plateau d’humoristes Plus drôle les filles au Paname-Art-Café, qui m’a permis de développer encore plus l’interaction avec le public.

J’ai commencé mon deuxième spectacle In between en anglais, fin 2016.

Une différence entre les deux spectacles ? Le spectacle en anglais est-il une version anglophone du spectacle en français ?

Non du tout, les deux spectacles sont totalement différents. Mon second spectacle est véritablement du stand up, inspiré de ce que font les humoristes anglo-saxons. C’est au Paname que j’ai commencé à jouer en anglais. Je me suis rendue compte que j’écrivais différemment, que j’étais plus libre en anglais. C’est une langue beaucoup plus directe,  « straight to the point ». C’est ce qui m’a permis d’écrire sans barrière, et presque plus facilement qu’en français.

Cependant, les deux spectacles sont inspirés de ma vie. Dans le premier, je me cachais derrière des personnages, et dans le second je suis davantage mise à nu.

Les thèmes de tes sketches attirent un public plutôt féminin ?

Dans mon premier spectacle, j’avais beaucoup plus de femmes que d’hommes, car je pense, en effet, qu’elles se reconnaissaient dans les thèmes abordés de la working girl trentenaire : le bureau, le sport, les régimes, les « dates », etc.

Dans « in between », ca s’équilibre un peu plus car je ne mets pas en avant de thème « girly », mais les femmes restent généralement majoritaires dans toutes les salles de spectacle, donc je n’échappe pas à la règle ! (Et c’est très bien !)

Est-ce que tu pourrais te qualifier de féministe ?

Oui, absolument ! Et beaucoup plus depuis que je fais du stand-up. C’est un milieu encore très masculin. Et de fait, j’ai remarqué que la plupart des humoristes femmes – si ce n’est toutes – sont féministes. Par l’humour, j’essaie de casser les clichés machistes, qui sont malheureusement encore très présents dans ce milieu.

«  Ma revendication en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin. » Simone Veil.

Défends-tu des causes grâce à l’humour lorsque tu es sur scène ?

Je parle de religion, et plus particulièrement de la mienne. J’ai reçu des menaces et insultes antisémites en juillet 2014 alors que je jouais au Théâtre de Dix Heures, et plutôt que d’avoir peur et de me cacher, j’ai décidé de m’affirmer en tant que juive, sans pour autant être revendicatrice. Au travers de l’humour, j’essaie de faire prendre conscience de la bêtise de certains clichés, et le public est généralement très réceptif et très ouvert.

Pourtant au premier abord, les mots « juif », « arabe », « noir », « blanc », « asiatique » etc. font peur, comme si ceux-ci étaient des insultes. Alors qu’il n’en est rien. Bizarrement ce sont des mots qui dérangent en France, du coup j’en parle volontairement très librement, sans tabou, à l’instar des humoristes américains. Tout comme de la sexualité (quelle qu’elle soit), sujet qui n’est certainement pas réservé aux hommes.

Plus généralement, j’ai beaucoup de mal à supporter les préjugés, alors je m’attèle à les casser, toujours via l’humour.

Quelles sont tes influences ? 

Je suis une fan absolue des Nuls. J’adore également Michèle Laroque. Elle peut tout faire et a une classe folle. J’adorerais partager un plateau avec elle.

Chez les américains, il y a Iliza Shlesinger. Je l’ai découverte grâce récemment, elle fait du stand-up avec beaucoup de mises en situation. C’est exactement ce que j’aime, et je signe demain pour un duo avec elle !

Où te vois-tu dans dix ans ?

Peut-être dans ma maison de vacances sur la côte avec mes enfants en train d’écrire un nouveau spectacle, un film ? Ou sur scène à Broadway… ou pourquoi pas au festival de Cannes !

Quelles sont tes actualités du moment ? 

J’ai joué jusqu’à juin la pièce Love me tinder à la Grande Comédie, après l’après l’avoir jouée à Nice.

En juillet, je serai dans Touche pas à mon couple au Passage vers les Etoiles, tous les vendredis, samedis et dimanches, avec Sebastien Toustou.

Je joue mon One en anglais In between tous les mercredis au Soum-Soum jusqu’à fin juillet. Et en août,  je pars le jouer à Edimbourg pour le Fringe festival.

Ce lundi 3 juillet, j’animerai aussi la nouvelle édition du spectacle Rires produit par Talent Show Productions à l’Espace Rachi. 

 

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