Rosa Bursztein : « Je découvre encore le trac propre au stand-up »

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Après de la télé, quelques vidéos sur le net web, du ciné et des pièces de théâtre, notamment avecJohn Malkovich, Rosa Bursztein s’est lancé dans le stand-up. La comédienne joue actuellement son spectacle intitulé Ma Première Fois. Sur scène, elle aborde avec autodérision son nom de famille, son premier amour, son rapport au corps et à la séduction. Rencontre avec une comédienne aux mille complexes.

Vous jouez votre spectacle à la Petite Loge qui est le plus petit théâtre parisien, quelle est la sensation de jouer dans ce lieu particulier ?

C’est top cette jauge : vu qu’il y a 27 places max, en se serrant, même avec 15 personnes tu as l’impression d’être à l’Olympia ! Après tu es très proche des gens. Tu les vois beaucoup, tu les sens, ça donne envie d’interagir… Contrairement à une grande salle où tu as plus d’espace donc tu serais plus dans ton truc, j’imagine ? Là j’ai tendance à choper les énergies des gens en face et ils ont pas mal de pouvoir : c’est eux aussi qui m’amusent ou m’ennuient !

Pouvez-vous nous expliquer le titre du spectacle Ma Première Fois ?

C’est mon premier spectacle de stand-up. C’est tout nouveau pour moi. J’ai commencé les plateaux en février 2018 et je découvre encore le trac propre au stand-up. A l’intérieur du spectacle, je parle d’autres premières fois…


A quoi ressemblait votre vie avant le stand-up ?

J’étais comédienne au théâtre, je faisais de la télé, du web, du ciné… J’ai aussi écrit et réalisé un court-métrage. Je faisais partie d’une compagnie qui s’appelait Les soirées plaisantes. C’était complètement délirant, on était treize sur ce plateau. Ce qui est bien avec le stand-up, c’est que cela va vite. Pas besoin de décor, il suffit juste d’un micro et encore ! Tu écris un truc l’aprèm et tu peux le partager le soir même, je trouve ça extraordinaire.

Depuis plusieurs années, j’étais fan de stand-up que je regardais sur mon ordinateur. J’étais fan de Louis CK, Sarah Silverman ou Amy Schumer. Avec l’explosion de Blanche Gardin et le goût du public, j’ai eu l’impression qu’une porte s’ouvrait pour les femmes humoristes en France. C’est plus facile aujourd’hui de parler de sujets comme les tampons, et que ça fasse aussi marrer des mecs.


Vous faites preuve de beaucoup d’autodérision sur scène. Ce n’était pas trop difficile à mettre en place ?

A la base je suis une grande complexée. J’ai une grande violence envers moi-même donc ce n’est pas difficile de me dénigrer, au contraire. Même si je pense que le temps des « une jolie fille ne peut pas être rigolote » est fini. J’ai beaucoup d’admiration pour Marina Rollman, que je trouve moderne, dans sa féminité justement. C’est pas le cliché de la grosse comique à la voix grave. Ni de la femme enfant, naïve. Marina Rollman, c’est… neuf, personnel, intelligent. Je trouve que ça fait évoluer le stand-up de manière intéressante, qu’une si jolie fille parle de ses épisodes dépressifs. Avec humour !


La comédie c’était votre plan A ?

Au début, dans mes cours de théâtre, au Studio d’Asnières puis à la Classe Libre du Cours Florent, j’étais surtout attirée par la tragédie, les rôles de reine, les grandes héroïnes romantiques… Mais quand il a fallu se confronter au monde de l’image, j’ai beaucoup entendu que je n’étais pas assez jolie pour être actrice. J’avais été prise dans une série pour jouer la bonne pote rigolote… qui fait un 38-40 ! Pas pour le rôle principal, réservé à un 34-36 !

La comédie, c’est venu comme ça, du fait de ne pas correspondre à une certaine idée de la jeune première. De ne pas être suffisamment belle et donc de devoir pouvoir faire rire. Heureusement, c’est ce qui a plu à John Malkovich, quand j’ai passé l’audition pour « Les Liaisons Dangereuses », la pièce de théâtre de Christopher Hampton – adaptée du roman de Laclos, que John Malkovich a donc mis en scène au Théâtre de l’Atelier.

Comment s’est passé cette collaboration avec lui ?

Cela reste jusqu’à aujourd’hui la meilleure expérience de ma vie. C’est un génie, très brillant, modeste, un artiste total, qui parle plusieurs langues, chante des opéras, dessine des vêtements… Il est très drôle, très enfantin, il nous poussait vers l’insolence pour incarner nos personnages. Il m’a appris plein de trucs qui me servent pour le stand-up. Il nous disait par exemple : « Le public vient pour être puni. ».

Il voulait qu’on soit constamment dans la prise de risque. J’applique encore aujourd’hui ses préceptes : de me mettre en danger, sur scène, ne pas avoir peur, ne pas me censurer. L’humour a une vertu thérapeutique, les gens rigolent de tes malheurs… le but étant bien de faire rire et pas de faire pitié !

Comment situez-vous le stand-up en France ?

Je trouve que le public connaît mal encore le stand-up, ils sont habitués aux sketchs, aux one-man avec un début, un milieu, une fin… alors que pour moi, le stand-up c’est un peu comme de la poésie. C’est l’art de digresser, sans logique. C’est un enchaînement d’idées qui sont censées emmener le public dans ton délire. C’est proposer un personnage, plutôt qu’une histoire. 

Quelles sont vos réfèrences ?

Pierre Desproges pour son coté anarchiste, son côté subversif avec une très belle langue. Beaucoup d’humoristes américains : Sarah Silverman, Ali Wong, Dave Chappelle, Tom Segura, John Mulaney… même si le roi, celui que j’ai aimé en premier et que je continue d’aduler reste : Louis CK. Et je suis évidemment fan de Blanche Gardin et hystérique de les savoir tous les deux ensemble dans la vie !

Enfin, quelle est est votre anecdote la plus marquante ?

C’était l’été dernier à Avignon. Lors d’une représentation, il y avait un groupe d’ados, dont un qui s’appelle Tom. Il a commencé à beaucoup participer. C’était l’une des meilleures représentations, il a dit oui « ma mère me dit que c’est bien de me masturber. » Les gens étaient partagés entre le rire et la gêne. Une autre fois, des ados de 15 ans, m’ont attendu à la fin du spectacle et m’ont donné des dessins. 

Retrouvez Rosa Bursztein le samedi à 20H à La Petite Loge

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