Terrence et Malik : « On se retrouve parfois à faire les profs »

De nos ancêtres les Gaulois à Louis XVI, Farhat Kerkeny et Nicolas Pierre qui apparaissent sous le pseudo de Terrence et Malik revisitent l’histoire de France à leur manière. Ce duo qui vient du cours Florent et de la commedia dell’arte va vous faire rire tout en vous en apprenant pas mal sur l’histoire de France. Entretien avec deux comédiens qui dépoussièrent allègrement vos cours d’histoire. 

Comment s’est mise en place cette pièce ?

Farhat : On sort du cours Florent tous les deux, même si on n’était pas dans la même promo. En sortant d’une amie avec qui j’étais en contact avait l’idée de monter un spectacle au commedia dell’arte. Elle a fait appel à Nicolas pour jouer le rôle du Capitaine et moi je devais jouer le rôle de l’Arlequin. On a créé des liens comme cela sur scène et à l’extérieur. La troupe s’est dispersée, sauf nous deux qui avons gardé contact. On a donc décidé de se retrouver, tous les mardis, pour rester dans un rythme de travail et continuer à créer ensemble. On faisait des impros sur l’actualité. Pendant l’une de ces séances, il me demande 1515 tu connais, je connaissais pas. Il s’est foutu de moi, en me disant que c’était la date la plus connue du l’histoire de France. Je lui demande s’il connait la racine carrée de trois. 1,32, 732 étant la date de Charles Martel. On a trouvé cela tellement marrant cette différence de méconnaissances et de connaissances qu’on avait de quoi en faire un sketch.

Nicolas : Au départ on n’était pas partis forcément sur un truc historique mais sur un duo comique. Quand on a joué ce sketch au chincheman comedy club en 2012, dans la salle, il y avait un directeur de théâtre de The artist qui nous a demandé à Farhat et à moi si on avait un spectacle. Il a dit que c’était le cas. Ensuite, il vient me voir et me dit « C’est bon, on a un spectacle. » On n’avait qu’une demi heure, du coup on a voulu assumer la chose. La metteuse en scène qui nous a présentés nous a glissé l’idée de faire une classe et le dialogue entre le maître et l’élève. On a eu l’idée de faire l’appel pour jauger le public et repérer les personnalités. 

Comment s’est écrit le spectacle ?

Farhat : Bizarrement, on a mis six mois pour écrire les cinq premières minutes et le reste a été écrit dans la foulée. On a fait pas mal de documentation, ensuite il y avait de l’impro qui est venu compléter le texte. 

Nicolas : On a utilisé Wikipedia ou des livres comme « Les petites histoires de France ». On s’est aperçu que les gens connaissent 1515 Marignan mais ils ne savent pas vraiment ce que c’est. Cela remet en lumière le fait qu’á l’école on n’a pas le temps de tout apprendre et on choisit ce qu’on t’apprend. 

Farhat : Cela te permet aussi de voir que l’histoire c’est pas ennuyeux. Le souci c’est que les professeurs t’apprennent les dates par coeur mais t’expliquent pas les choses. Ce qui a plu au directeur de Théâtre c’est le fait de pouvoir rire avec l’histoire. 

Nicolas : On veut faire rire les gens, tout en leur apprenant des choses. L’histoire est un bon vecteur pour cela. Cela nous a nourris dans notre amitié. On est aussi très contents que lorsque les gens sortent du spectacle et nous disent « c’était le meilleur cours d’histoire que j’ai eu ». Des gens pensent même que je suis prof d’histoire.

Depuis vous êtes passionné d’histoire ?

Nicolas : Bon on ne fait pas encore des conférences à la Sorbonne mais c’est sûr que cela nous passionne. On a eu des professeurs d’histoire qui sont venus. Certains ont vu le potentiel pour intéresser leurs élèves. On a eu une classe avec des enfants en difficulté et pourtant ils étaient très intéressés. On se retrouve parfois à faire les professeurs et on arrive à démontrer à certains jeunes qui sont turbulents en cours que l’histoire peut être passionnant. Les professeurs n’ont pas le choix car ils doivent suivre un programme. 

La pièce va-t-elle évoluer ?

Farhat : Oui car nous avons déjà fait trois saisons. On a prévu cet été  d’aller au Festival d’Avignon. On sera au théâtre de l’Ange. 

Nicolas : On espère qu’on aura énormément de contacts. Parce que le spectacle sort des sentiers battus. Là on va devoir se limiter à une heure. Après on est déjà habitués à s’adapter. Une fois on a joué à Compiegne et on a fait deux heures. L’adjoint au maire était passionné d’Histoire, ce qui nous a permis de faire beaucoup d’impro avec lui.

Quelles autres matières pourraient être traitées ?

Farhat : On s’est rendus compte qu’en plus d’être des acteurs, on pouvait également être des dramaturges. On pourrait accepter n’importe quel challenge. Comme un professeur de mathématiques qui voudrait faire la même chose avec sa discipline. 

Nicolas : Il y a beaucoup de chaînes Youtube qui se sont créées pour faire de la vulgarisation. Je ne sais pas si nous ferons beaucoup de spectacles avec ce type de duo mais l’idée c’est d’interagir avec les gens et les faire réfléchir. 

Quelle est la part d’improvisation ?

Farhat : Elle en fait partie lorsqu’on interagit avec le public. C’est pas quelque chose qui nous fait peur, vu qu’on en a déjà fait pas mal avec la commedia dell’arte. Ce qui est drôle est que si je me perds dans mon texte, Nicolas va me dire « On en est oú »?  de façon tellement naturelle que le spectateur n’y voit rien. L’impro c’est du bonus.

Quelles activités faites vous à côté ?

Nicolas : Je viens de terminer un court métrage dans lequel je suis acteur. On n’est pas intermittents même si on joue deux fois par semaine et qu’on se paye en cachets car on est dans une petite salle et qu’on s’auto-produit. Comme on est au régime général, si on passait intermittent cela signifie manger des pâtes à l’eau pendant un an.  Quelque chose comme Avignon nous permettrait de faire beaucoup plus de représentations. 

Pensez-vous développer le concept en série ?

Farhat : On y pense, même pourquoi pas en faire un long-métrage. En attendant, on se laisse le temps. On a aussi l’ambition d’écrire la suite du spectacle, pour rester fidèles au public qui est très demandeur des informations sur l’histoire.

Nicolas : Vu qu’on est en autoproduction, cela prend du temps. On fait des animations pour des écoles. Avant de s’épuiser dans une série, ce serait plus simple de bien faire connaître la pièce.

Quelles sont influences ?

Nicolas : Coluche, Desproges, Raymond Devos, De Funes. Je suis quelqu’un porté sur la culture générale. Rocambole, c’est un exemple de personnage qui nous a inspiré pour cette pièce. Quand tu vois quelqu’un comme Caubère qui fait plusieurs personnages, ce sont des choses inspirantes.

Farhat : De Funes, Les Nuls, Les Inconnus sont mes principales références.  Après actuellement je ne prête pas trop attention à ce qui se fait. Tout d’abord parce que je n’ai pas le temps. Enuite, je n’arrive pas à trouver des choses qui me touchent dans l’humour pur. J’ai toujours aimé l’humour à la française, bien que d’origine tunisienne avec l’humour rebeu. Aujourd’hui, je trouve qu’il y a trop de stand-up. Après j’aime beaucoup des mecs comme Fary, même si ce n’est pas ma  référence comme je peux aimer certains sketches de Jamel, Dubosc voire Bigard.  J’aime plus des acteurs à l’ancienne comme Jugnot et la troupe du Splendid dans les bronzés. 

L’anecdote la plus marrante qui vous est arrivé sur scène ?

Farhat : Quand on jouait les spectacle decommedia dell’arte, on jouait dans une sorte de terre-plein. Juste en face il y avait un restaurant. Nicolas jouait le rôle du Capitaine, un personnage qui se la raconte pas mal et au moment où il mime qu’il sort son épée, une quinzaine d’assiettes sont tombés dans la cuisine du restaurant. 

Nicolas : On a joué à Compiègne pour les élus. Il y avait Michel, un spectateur de 70 ans, fan d’histoire et quand il raconte quelque chose on sent qu’il peut être long. On n’a pas arrêté d’improviser avec lui. Et à la fin, quand je remercie le maire, il m’interrompt et me demande si le spectacle avait été préparé avec son adjoint… Le Michel en question ! Qu’on soit tombé par hasard sur l’adjoint et que le maire ait pu pensé qu’on avait travaillé toutes les impros avec lui à l’avance c’était juste jubilatoire.

 

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Retrouvez La Folle histoire de France au théâtre de l’Alambic, le Vendredi et le Samedi à 19h.

 

 

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