Rencontre avec Steve Tran

Crédit photo : Cédric Plaisir

Issu d’une famille d’artistes, Steve Tran, a débuté les castings dès l’âge de 13 ans, enchaînant par la suite, les apparitions dans des courts métrages et dans des séries policières, jusqu’à sa participation dans des longs-métrages à notoriété internationale comme Neuilly sa mère, la cité rose ou encore Beur sur la ville. 

 L’équipe du We Love Comedy Magazine est partie à sa rencontre. Son parcours, son indignation face à la place de la communauté asiatique au cinéma, son combat pour lutter contre les clichés et encore ses projets. Vous saurez tout ! 

Un artiste « dans la polyvalence »

 L’art, un choix initial dans ton parcours ? 

Non, j’ai touché à tout. J’ai commencé par un BEP hôtellerie restauration. J’ai fini dans un resto chinois dans le 77 et j’ai été traumatisé.

J’ai arrêté. J’ai fait un BEP vente et j’ai commencé à travailler chez Disneyland. Je n’ai pas fait Mulan, même si j’aurais pu avec une perruque mais j’ai incarné le personnage du Pirate des Caraïbes.  C’était bizarre. A l’époque, j’avais tourné Neuilly sa mère. On était à 3 millions d’entrées et moi j’avais une épée en plastique. J’étais là à faire le pirate. Les gamins me reconnaissaient et je leur disais : non, non, on se ressemble tous ! Je ne me ressemble pas, ce n’est pas moi. J’ai aussi travaillé en tant que boulanger. On peut dire que je suis multi tâches. 

Raconte-nous tes débuts à la télé et au cinéma. 

Mon papa de son vivant était un chanteur d’opéra. Il était très connu dans la communauté Vietnamienne. Mon grand frère, Jean-Claude est acteur également. Mes deux neveux sont comédiens. Mes grandes soeurs sont chanteuses. Mon frère m’emmenait à des casting quand j’étais plus petit. A l’époque, ça ne m’intéressait pas, ce qui m’importait, c’était de jouer au foot et à la Nintendo.  

A l’âge de 13 ans, j’ai passé des essais pour jouer un rôle principal. Ça a commencé comme ça en fait. Ensuite, j’ai fait quelques rôles dans des courts métrages ou à la télé, pour des séries policières. Ma première apparition dans un long métrage, date de 2002. C’était avec Christian Clavier. 

J’ai fait plusieurs apparitions jusqu’au film Neuilly sa mère ! Djamel Bensalah m’a proposé par la suite le rôle de Henri Tong, dans Beur sur la ville. Et j’ai enchaîné, avec la Cité rose, Prêt à tout, des films pour canal, des émissions avec Kamel Le Magicien. Je suis dans la polyvalence.

Son combat contre les clichés :

« Fuck la nouvelle vague, on veut un tsunami ! »

Comment es-tu passé à la réalisation ?

Par frustration. Etant d’origine asiatique, c’était compliqué pour moi sachant que je ne pratique pas les arts martiaux et que je n’ai pas forcément envie d’incarner le rôle d’un épicier ou un serveur. Je ne comprends pas pourquoi, à chaque fois qu’on pense à des acteurs asiat’, c’est pour venger quelqu’un ou récupérer un médaillon sacré.

Donc pour en revenir à la réalisation, tout a commencé il y a 6 ans, avec un pote qui s’appelle Sébastien Kong, un réalisateur d’origine asiat. On voulait faire un truc ensemble, sauf qu’on n’avait pas d’argent. Il m’a dit il  y a un truc qui vient de sortir le canon 5 d tu peux filmer avec.

Par contre, on n’a pas d’argent comment on fait ? Bah on fait un film muet, pas un film noir et blanc comme du Chaplin, mais un film en couleur avec des acteurs en couleur et simplement raconter une histoire d’amour. En France, on ne me donnera jamais le premier rôle, je n’ai pas le physique. Je me suis dit, je vais écrire moi même mon histoire d’amour. J’ai contacté Sabrina Ouazani et Issa Doumbia et ça s’est fait naturellement.  C’est la frustration qui m’a poussé à la réalisation. J’avais besoin de m’exprimer. Ça faisait déjà 10 ans de cinéma, j’en avais marre d’attendre. 

As-tu subi des clichés dans ta vie personnelle et ta vie d’artiste ?  

De manière générale, les clichés sur les asiat, c’est à longueur de journée. « Vous mangez du chien !  » , « J’ai mangé un boeuf aux oignons, j’ai pensé à toi ! « , ‘ »Est-ce que ta mère fait des nems ?  » « Allo, j’ai un problème avec mon disque dur, et comme t’es chinois, je me suis dit que tu pouvais peut-être m’aider. » 

Je ne suis pas cascadeur, je ne fais pas d’arts martiaux, je suis nul en maths quand, j’ai un problème avec mon mac, je vais chez Apple, je ne le répare pas tout seul. Tous ces clichés, c’est peu compliqué pour un asiat, dans le cinéma français. Jouer avec l’accent aussi, c’est stupide, on est en 2016, j’ai pas besoin de justifier mes origines par mon accent, il suffit de regarder mes yeux. L’exotisme y est. J’en ai marre de ces clichés.

Penses-tu que les asiatiques sont suffisamment représentés quantitativement et qualititativement dans les médias ? 

Les seuls jaunes que j’ai pu voir à la télé étant plus jeune, c’était les Simpson. Je trouve ça triste. 

Les asiat ont largement leur place. Il y a énormément d’acteurs, d’actrices d’origine asiatique. On est là, sauf qu’on ne pense pas à nous. Mais on va se faire entendre très bientôt. Ça va changer, et on ne va pas laisser le choix, je pense. Ce qui m’énerve, c’est le mot diversité. Sa première racine c’est diviser. Quand on parle de minorité, on parle toujours des noirs et des arabes, et nous on n’en parle pas. Concernant le racisme, quand il s’agit d’un arabe, d’un noir ou d’un juif, c’est la guerre. Mais s’il s’agit d’un asiat, ça reste de la blague. L’accent chinois c’est devenu la béquille de l’humoriste actuel.

Un remède miracle pour combattre ces clichés qui touchent la population asiatique au cinéma ? 

Le remède, je l’ai trouvé quand j’étais petit. Quand tu vois mon corps, tu vois que je ne peux pas faire grand chose. Tout ce que j’ai pour combattre les clichés c’est l’humour et l’amour. Et il faut proposer et ne pas se victimiser. Je pense qu’il faut juste bousculer les choses. En France, on est toujours trop frileux. Du coup, j’ai envie de dire : Fuck la nouvelle vague, on veut un tsunami. 

DESSIN MAYADA STEVE TRAN

« L’amour est le remède à tout. »

Tu as publié une vidéo après les attentats du 13 novembre 2015 intitulée « bonjour je vous aime », peux-tu nous en dire un peu plus ? 

L’amour est le remède à tout. C’est un thème récurrent lorsque j’écris. Je ne voulais pas forcément que ça buzz. Sur instagram et les réseaux, je fais des vidéos assez spontanées. Je fais partie des comédiens qui ont envie de partager avec les gens. C’est quelque chose que j’avais déjà fait auparavant, sauf que là ça avait pris de l’ampleur par rapport à l’actualité. On était venu me chercher pour un tournage, j’ai ouvert mes fenêtres en criant « Je vous aime à tout le monde !  » Il était 8h du matin, on ne me répondait pas vraiment. C’était il y a 2 ans. Je l’ai fait dans plein de pays. 

Tes projets du moment ? 

Je prépare pas mal de projets en ce moment.

Je tourne pour des films qui sortent en 2017, principalement pour la télé. Je co- écris moi même un film d’amour qui se passe dans un futur proche.

Sinon je ne me fixe aucune limite. La scène, ça me parle aussi. 

 On te voit où dans 10 ans ?

J’espère être papa, c’est mon voeu le plus cher. Quand j’étais plus jeune je voulais un restaurant ou un café théâtre, je vais peut être racheter le Paname Art Café du coup. Je vais en parler avec Karim Kachour. (Rires) 

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Crédit photo : Florian Rusterholtz

 

 

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