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la consult 20 melody daniel

La consult’ de Melody Daniel #20

Bon bah ça y est on y est, ce sont les derniers jours d’ouverture du Bus Palladium tel qu’on le connaît depuis 1965. J’en avais déjà parlé il y a quelques semaines. Et donc avec mes potes, on a eu plus d’un mois pour se préparer à faire le deuil du mausolée de notre insouciance post adolescente. On avait prévu, la date était fixée, samedi 26 on se fait notre der des der du Bus ! C’était coché, booké, réservé, organisé. Mais finalement…je suis allé au Ground Control ! Lieu bobo parisien et incontournable au début des beaux jours qui cultive la multiculturalité et le vivre ensemble. J’ai donc mis un plan à mes adieux nostalgiques, à un passé brumeux, festif et aux nuits rouges, comme un ex à qui je n’ai finalement plus aucun reproche à faire un beau matin. 

C’est fini. J’ai lâché la teuf rock, libre, incandescente, imprévisible et surtout interminable pour une box de patates douces et de sambosas végétariens. Je suis passée du club parisien mythique à la guinguette bobo, du gin to au vin bio, du Uber au dernier métro, de la gueule de bois à la salle de sport. Qu’est-ce qu’il se passe ? Merde… C’est donc ça le bonheur ? Ça a l’air beaucoup moins fun que ce que je croyais, mais ça m’a tout de même l’air pas mal. Et je suis la première surprise de cet état d’esprit, rassurez-vous. Je me suis même demandée si je ne faisais pas une overdose de thé matcha pour avoir ce genre de réflexion. Une sorte d’ayahuasca qu’on aurait distillée dans ce ghetto bobo du 12ème arrondissement de Paris derrière la Gare de Lyon. 

J’ai voulu m’assurer que je n’étais pas en train de délirer, alors j’ai téléphoné à une de mes amies qui fêtait son anniversaire ce week-end et elle m’a dit qu’elle prenait son pied dans un cottage de Normandie avec son mec, des amis et leurs enfants. Que la maison était trop mignonne, qu’un ruisseau traversait le jardin, qu’ils se sont cuisinés des repas fantastiques et qu’il fallait absolument qu’on « se fasse ça bientôt ! ». Panique. C’est donc ça la prochaine étape ? Me réjouir de faire la même chose qu’au quotidien mais à 2h de Paris et en payant un loyer supplémentaire le week-end ? Elle semble en tous cas avoir passé le level supérieur premium de l’évolution du bonheur ! Dans mon cas, je crois surtout que cette étape coûte un peu trop cher. Je vais donc rester au stade du non-malheur déjà, et étudier les possibilités d’évolution tranquillement… 

Voilà, le monde évolue, il faut avancer. Mais il y a des choses bien plus folles que ma sobriété et mes premiers abdominaux. 

J’ai découvert qu’une école dédiée au métavers allait ouvrir ses portes en octobre 2022. Ridouan Abagri, directeur du Digital College, annonce l’ouverture du Metavers College pour quasiment un an après la première démo du metavers de Mark Zuckerberg. Une logique plutôt censée quand on connaît l’exponentielle avancée du numérique. Des étudiants vont donc pouvoir se délester d’une somme allant de 6 500€/an à 11 000€/an selon le cursus et la filière. Au-delà du coup commercial opéré face au rendement que cette école va pouvoir réaliser compte tenu de la pertinence de sa formation, l’avancement qu’elle matérialise dans l’évolution du metavers me donne le tournis. En effet, si on se penche un peu précisément sur ce qu’est réellement le métavers, on comprend tout de suite que c’est bien plus qu’une vision futuriste fantasmée par le monde élitiste du numérique. Je ne ferai pas de cours sur le métavers mais vous renverrais plutôt vers un article complet que j’ai consulté à la rédaction de cette chronique. Et je vous dirais simplement que le métavers est la suite apparemment logique de l’internet que l’on connaît depuis les années 90. On ne s’en est pas forcément aperçu, mais lui aussi s’est vu glow up et sa prochaine évolution Pokemon ne serait autre que le metavers… 

Mais voilà, la vitesse à laquelle le numérique s’est implanté dans notre quotidien depuis ces dernières décennies nous renvoie parfois à notre propre finitude. Personnellement, j’ai vu mes grands-parents complètement dépassés par ce monde digital avec donc deux générations d’avance sur moi. Ils n’étaient pas né dans cet univers, la dissonance a été violente et nette. Désormais, l’accélération du développement numérique crée non pas une rupture mais une sensation d’obsolescence permanente de notre capacité à vivre dans notre société. Ouais, attention, il faut suivre… Non mais parce que, quand je vois qu’à 32 ans, je parviens déjà à me sentir en complet décalage avec des gens de la même génération que moi avec seulement dix ans d’écarts… Qu’est-ce que ce sera face à des enfants qui me trouveront old school et obsolète ? Je retournerai tailler des silex et graver la pierre pour écrire mes chroniques pendant qu’eux voleront sur des trottinettes alimentées au gaz de combustion de déchets organiques en grignotant une boîte de nuggets de sauterelles. 

Putain, même ma vision du futur est ringarde…! 

Bon je suis partie un peu loin dans ma réflexion. Mais sans doute que le vin sans sulfites et les smoothies goyave curcuma me laissent plus de neurones qu’avant pour réfléchir. 

Love, Durex et Lexomil

Melody