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Bob dylem interview

Rencontre avec Bob Dylem : « Quand tu es artiste, tu as une âme d’enfant »

Audacieux et culotté, Bob Dylem fait le buzz avec ses caméras cachées sur les réseaux sociaux. Sur son vélib’, ce jeune roi du « prank » parcourt les rues de Paris pour dénicher des profils atypiques à piéger avec bienveillance. Tel un caméléon, il se fond dans ses personnages et adopte aisément l’accent brésilien, anglais ou québécois. Il parvient même à s’infiltrer dans de prestigieux événements notamment l’anniversaire de Neymar. 

Votre slogan c’est « bourré d’audace et culotté jusqu’à la moelle osseuse ». D’où vous vient cette forte personnalité ?

De mon père et de ma mère. Mes parents sont entrepreneurs. Je les ai toujours vus parler, négocier et convaincre. Quand j’étais plus jeune, il y a un moment où j’ai remarqué qu’ils étaient très entreprenants en comparaison avec la majorité des autres adultes qui m’entouraient. Je me suis demandé s’ils en faisaient trop ou si les autres n’en faisaient pas assez. Et j’ai réalisé qu’en France, la majorité des gens suit un chemin tracé qui empêche le changement. Beaucoup de gens ont peur de prendre la parole alors que pour moi c’est naturel et facile. J’ai pris exemple sur mes parents. Il suffit d’oser. Et ça marche. « Fake it until you make it », c’est mon expression préférée.

Beaucoup de gens ont peur de prendre la parole alors que pour moi c’est naturel et facile

Parmi vos jobs d’été à l’adolescence, vous avez été forain à la Fête des Tuileries et vous vous êtes bien amusé. Avez-vous une anecdote à nous partager ?

J’étais au Grand Splash. Je vendais les photos souvenirs de l’attraction. J’avais 18 ans et c’était mon petit job préféré. Il fallait une force de proposition et être bon commerçant. Mais surtout qu’est-ce que j’ai rigolé ! J’ai de ces pépites. Un jour, une maman est venue accompagnée de ses deux enfants. À la fin de leur attraction, je me fais un petit délire et je prends l’accent des forains. Je demande : « une petite photo souvenir M’dame ? » Elle me dit : « Oui ». Je rajoute : « Sur place ou à emporter ? ». Elle buggue deux secondes et me répond : « Sur place ». Alors, j’y vais à fond : « Boisson ? ». Elle me dit : « Oui ! Frites, coca ». J’en rajoute : « Supplément nuggets ? ». C’était si drôle et en même temps si gênant, mais c’est le corps du métier [rires]. Je lui ai avoué que c’était une petite blague et que je m’occupais seulement de vendre les photos. Finalement, elle a acheté la photo. Pas le choix [rires].

Pendant votre dernière année de Master en Gestion, Finance et Entreprenariat à la Sorbonne, vous vous êtes lancé en tant que « Bob Dylem » sur les réseaux sociaux. Comment est né ce projet ? 

Avec mon meilleur pote Yaïr, on a toujours adoré imiter les gens. On est grave bon délire et on a le même humour. À la fac, on s’est retrouvé par hasard dans la même classe. Alors, on s’est mis à imiter nos camarades de classe et les profs. J’ai aussi eu la chance de voyager et de vivre à l’étranger. Et j’ai remarqué qu’en France, on est vraiment nul en langues. Je me suis dit que c’était un bon axe à exploiter. Au fil du temps, j’ai développé plusieurs personnages : le Québécois, le Brésilien ou le British. Tout s’est construit peu à peu de façon complètement naturelle et spontanée.

Qu’est-ce que vos études vous ont apporté dans votre carrière artistique ?

Même si j’ai adoré mes études, elles m’ont surtout aidé à comprendre ce que je ne voulais pas faire de ma vie, c’est-à-dire: entrer dans une routine. Pour moi, c’est impossible de m’imaginer adopter un dress code pour aller au travail, avoir un manager qui m’impose des règles, dépendre d’un planning avec des tâches concrètes et des comptes à rendre. Je ne supporte pas ça. Par contre, j’ai toujours aimé l’idée de gérer une entreprise. Et c’est ce que je fais en tant que « Bob Dylem », mon personnage public. Au quotidien, je gère mon image, ma comptabilité, ma communauté. Je fais aussi des partenariats avec des marques. Ce que j’ai appris en cours notamment en marketing me sert beaucoup. J’adapte le tout à ma sauce dans mon propre domaine d’activité.

Même si j’ai adoré mes études, elles m’ont surtout aidé à comprendre ce que je ne voulais pas faire de ma vie, c’est-à-dire: entrer dans une routine

Parmi vos nombreuses caméras cachées, laquelle est votre préférée ?

Ma rencontre avec Clémentine. Waouh. J’étais au supermarché et je lui ai demandé où se trouvait le jus d’orange sans pulpe. Tout part de là. Depuis, c’est mon petit rayon de soleil. C’est devenue une très bonne amie. Cette simple vidéo a découlé sur une série d’autres vidéos dans lesquelles on rigole et on se partage nos vies. Bien sûr, je ne mets pas tout sur les réseaux sociaux. On garde aussi nos discussions privées parce qu’on se confie sur plein de choses personnelles. Mais je ne suis pas le seul à l’adorer, ma communauté aussi ! Sur Tik Tok ça n’arrête pas, les gens me demandent souvent de ses nouvelles et sont impatients de la revoir en vidéo. 

Comment vous préparez-vous pour vos caméras cachées dans la rue avec les inconnus ?

Le secret, c’est qu’il n’y a pas de préparation. C’est difficile à croire, mais c’est vrai c’est que de l’impro. Je ne peux pas anticiper les rencontres avec les gens à un instant précis ni leur réaction. Je crois au destin et à la loi de l’attraction. Je cherche à faire des rencontres extraordinaires et elles viennent à moi. Je fais ma petite journée tranquillement sur mon vélib’ qui ne marche pas d’ailleurs. Faites quelque chose Madame Hidalgo [rires]. Je tombe toujours sur des personnages rocambolesques et ça part en improvisation. Au niveau de la technique, un magicien ne révèle jamais ses secrets. Mais ce que je peux dire, c’est que j’ai toujours mon téléphone à la main. Et quand il faut dégainer à la Lucky Luke, je le fais plus vite que mon ombre. 

Après avoir piégé une personne, est-ce que vous lui dites ? Comment les gens réagissent-ils en général ?

Soit je désamorce la situation et je dis à la personne que c’était un canular. Soit je ne dis rien et je reviens au galop pour un round 2. Ça peut être très drôle en termes de résultats. Mais dans tous les cas, je finis par dire à la personne que c’était un prank. En général, les gens réagissent bien et acceptent la situation. Je taquine les gens, mais c’est jamais de façon méchante, c’est toujours bienveillant. J’ai trois règles d’or : pas de méchanceté, pas d’humiliation, pas de racisme et de xénophobie.

Je taquine les gens, mais c’est jamais de façon méchante, c’est toujours bienveillant

Dans vos caméras-cachées, vous interagissez régulièrement avec la police. Avez-vous déjà eu des ennuis comme une garde à vue pour avoir dépassé les limites ?

Jamais. J’aime titiller les gens, mais je jauge tout le temps. Quand je parle avec la personne, je suis attentif à ses limites. Quand la personne est très bon délire, elle rebondit et va jusqu’à me charrier aussi. Là, je sais que je peux y aller. Quand je vois que la personne est un peu fermée, alors je lâche l’affaire et je passe à autre chose. 

Comment vous y prenez-vous pour infiltrer des événements prestigieux ?

Je repère les lieux avant l’événement et comme toujours, ensuite ça part en impro. Je me mets à tchatcher et à éventuellement parler une langue étrangère. En France, on a vite l’air d’une superstar quand on parle une autre langue avec un bon accent. Je m’habille aussi en fonction de la cérémonie. Sauf que pour l’anniversaire de Neymar, c’était différent. J’étais en costume gris, mais je ne savais pas que la soirée était à thème: rouge! Quand je suis arrivé à la fête, je me suis dit mais je vais me faire cramer c’est sûr. Et non ! J’ai eu chaud mais c’est passé comme une lettre à la poste. Ça a même ajouté un côté drôle à l’infiltration genre j’arrive de nulle part en gris et je me retrouve à m’éclater avec tous ces gens hype.

Si je n’arrive pas à décrocher les rôles dont je rêve, alors je vais créer mon propre rôle

En parallèle aux grands événements, vous aimez filmer des situations du quotidien. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est vrai que je suis loin d’être attiré uniquement par le luxe, j’aime la vie quotidienne et la simplicité. Je suis aussi très sensible et spontané. Exemple. Je suis près de Citadium, Havre-Caumartin. C’est les fêtes de Noël, il y a de la musique partout. Je suis dans un bon mood, j’ai chaud. Je vois un camion poubelle et j’ai une idée. Je vais voir le mec et je lui demande si je peux monter derrière avec lui pour me faire un petit kif ? Il accepte. Je me mets derrière, on roule, je kiffe. Il a rigolé et m’a dit : « T’es un grand bébé mec ». C’est vrai. C’est peut-être gamin, mais j’ai adoré. Quand t’es artiste, tu as une âme d’enfant.

Quel est votre rapport au regard des autres ?

J’adore provoquer ! Je sais que je n’ai rien à me reprocher parce que je ne rabaisse personne. Je me répète parce que c’est important: ce que je fais, c’est avec bienveillance. Donc je n’ai pas peur du regard des autres parce que je connais la valeur de mon travail. Si tu doutes de toi, tu risques de rentrer dans une paranoïa, de modifier ton humour, ton identité, ta patte et de perdre ton authenticité. Je sais me remettre en question, mais je me suis créé une sorte de bouclier invisible pour éviter d’être affecté par les critiques et rester sûr de moi. 

Si tu doutes de toi, tu risques de rentrer dans une paranoïa, de modifier ton humour, ton identité, ta patte et de perdre ton authenticité

Avec une communauté aussi importante, vous recevez probablement des messages de haters. Comment les gérez-vous ?

Je prends les messages négatifs avec amour. Ça m’est déjà arrivé de recevoir un : « Nique ta mère stp t’es pas drôle ». J’ai répondu : « Excuse-moi frérot, je ferai mieux la prochaine fois » avec un émoticône cœur. Le mec me dit : « Mais non ! Tu me réponds frérot ! Je te kiffe trop ! » Et moi, je le questionne : « Mais attends, tu ne viens pas de me dire nique ta mère, il y a deux minutes ? ». Et là, il m’a dit que c’était pour voir si je répondais. Certains cherchent seulement l’interaction et passent par les insultes et la violence pour avoir de l’attention alors que ce n’est pas nécessaire. Ça arrive aussi que les gens s’excusent après une réponse bienveillante de ma part. Parfois, il suffit simplement d’expliquer les choses.

Bob Dylem au Paname Art-Café

Quel est le plus grand défi que vous avez relevé ?

Ma « mission infiltration » pour la cérémonie des Oscars à Los Angeles, il y a deux ans. J’ai fait une cagnotte pour le voyage. Ma communauté a joué le jeu et j’ai rassemblé assez d’argent pour aller 10 jours à L-A. J’étais prêt à aller sur scène et à faire un discours si j’arrivais à m’infiltrer à l’événement. J’étais à deux doigts d’avoir l’invitation. J’avais littéralement l’enveloppe dans les mains, mais la billetterie a compris que je n’étais pas le destinataire. L’équipe de sécurité est venue. Ils m’ont posé plein de questions et m’ont demandé mon passeport. À la fin, ils m’ont dit que je n’avais pas intérêt à être vu sur le périmètre de Hollywood Boulevard sinon : « You go to the jail ». Je leur ai dit : « No, I don’t want to do Prison Break » [rires]. Ils m’ont gentiment escorté vers la sortie. Ils ont gagné, je m’incline. Mission échouée mais bien tentée. 

Votre rêve le plus fou, c’est de monter sur scène?  

D’abord, c’est tout simplement d’être épanoui dans mon métier et de garder mes amis et ma famille autour de moi. Après, c’est vrai que j’aimerais bien recevoir un Oscar. Mais c’est peut-être un peu égocentrique [rires]. J’aimerais bien participer à un plateau d’artistes rien que pour me mettre à l’épreuve. Parce que c’est bien beau d’être derrière un téléphone avec « des moldus » comme j’aime les appeler. Me retrouver face à 70 personnes qui m’écoutent, ce ne serait pas la même chose. J’aimerais voir si j’ai le même courage et le même répondant que lorsque je suis seul avec mon téléphone. Et puis, voir si je réussis à faire rire ceux qui ne me connaissent pas encore. 

Le cinéma fait-il partie de vos futurs projets ? 

Oui. Mon objectif principal, c’est clairement de faire du cinéma et de devenir acteur.  J’ai toujours aimé jouer avec la caméra et je l’ai vraiment compris quand j’ai commencé à faire des caméras-cachés. J’ai déjà fait des castings et ça n’a pas très bien fonctionné. Je  me suis dit: si je n’arrive pas à décrocher les rôles dont je rêve, alors je vais créer mon propre rôle. J’ai donc décidé  de produire, d’écrire et de réaliser ma propre web-série. Elle raconte la naissance de Bobby et son quotidien. Et en exclu pour le We Love Comedy, l’intégration de vrais pranks et de vraies caméra cachées façon Borat. Restez à l’affût, vous pourrez retrouver des invités de marque et des personnages qui vous sembleront très familiers 😉

Retrouvez toute l’actualité de Bob Dylem sur son compte Instagram.