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Elodie arnould interview

Rencontre avec Elodie Arnould : « J’ai appris à ne pas m’auto-censurer »

Pétillante et rayonnante, l’humoriste Elodie Arnould illumine la scène à chacune de ses représentations. Originaire de Claix, près de Grenoble, cette ancienne ingénieure découvre la danse et le théâtre d’improvisation avant de se lancer dans le stand up. Véritable pile électrique, elle a gardé son âme d’enfant et présente son show Future grande ? 2.0 à l’Apollo Théâtre. Rencontre avec une artiste lumineuse. 

Quel est votre premier souvenir lié à l’humour ?

J’avais 8 ans. Mes parents m’ont emmené voir le spectacle d’Élie Kakou à Grenoble parce que j’étais fan de cet artiste. C’était incroyable : un grand show avec des danseurs et des danseuses, notamment lorsque Elie Kakou faisait le top model. J’ai adoré !

J’avais une cassette de son spectacle à la maison. Je ne sais pas du tout comment elle a atterri chez nous parce que mes parents aimaient cet humoriste mais pas plus que ça. Alors que moi, je faisais une fixette sur cet artiste. Récemment, ma mère a ressorti toutes les vidéos où je refais les sketchs de son spectacle. En revoyant ces cassettes, je me suis rendue compte que je les connaissais encore ! 

Sur les vidéos, personne ne me calcule. On est en réunion de famille avec mes oncles et tantes. Mes cousins jouent au milieu du salon et mon père sort la caméra. Je me mets devant le caméscope et je fais un sketch. Normal. Mais personne ne me prête attention ! C’est plutôt : « Pousse toi, y’a les cacahuètes ». Mon premier bide [rires].

Vous ne vous êtes pas tout de suite dirigée vers la comédie. Vous avez fait l’INSA, une école d’ingénieur à Lyon puis vous avez travaillé chez EDF…

J’avais fait du théâtre en cinquième et je n’avais pas du tout aimé. On travaillait une pièce de Molière et on ne pouvait pas prendre de libertés sur scène. Il fallait absolument respecter le texte mot pour mot. Je m’étais dit que je n’aimais pas le théâtre et que je n’en referais jamais ! Comme quoi, j’étais lucide [rires].

Le juge qui me dit : « On ne raconte pas ça en public Elodie », n’existe plus sur scène

Je n’ai remis les pieds dans un théâtre qu’à mes 26 ans, à Marseille. J’étais ingénieure. Je ne connaissais personne à part mes collègues de travail. On m’avait dit que le théâtre était un bon moyen de se faire des amis [rires]. Je me suis donc inscrite à des cours d’improvisation et j’ai rencontré des personnes incroyables qui sont devenues des amis. 

Dans votre spectacle, dès que vous arrivez sur scène, vous créez d’emblée un lien fort avec le public. Que vous a-t-on appris à vos cours d’improvisation ?

J’ai appris à ne pas m’auto-censurer. Au départ, quand je commençais une impro, j’avais une idée en tête et je me disais d’emblée qu’elle n’était pas bonne. L’improvisation m’a aidé à me libérer de mon propre juge et à me lancer ! J’ai également appris à être à l’écoute de ce qu’il se passe sur scène. Au début, j’apprenais un texte en me disant : « Ok, là, je fais une respiration, là, je fais une virgule ». J’arrivais, je balançais mon texte et je partais. Mais pendant un spectacle, il peut se passer plein d’imprévus : quelqu’un qui tousse ou qui éternue, quelqu’un qui rigole, un téléphone qui sonne,… Il faut être prêt à accueillir ces choses-là. 

 

Quelle est la différence entre faire de l’impro avec un.e comédien.ne et le public ? 

Pour moi, c’est pareil. Il faut être à l’écoute. Quand je suis sur scène, j’essaie aussi de ne pas me juger et d’exprimer tout ce que je pense, tout ce qu’il me passe par la tête [rires]. Le juge qui me dit : « On ne raconte pas ça en public Elodie », n’existe plus sur scène. En plus, ce sont des choses que tout le monde pense en général alors c’est drôle de les verbaliser.

Vous interpellez parfois le public dans votre spectacle. Qu’aimez-vous dans ces moments imprévus ? 

J’aime rencontrer les gens et voir comment ils vont réagir à une question que je leur pose. J’aime aussi voir l’individualité dans la masse que pourrait parfois représenter le public. 

Quand il y a des personnes un peu ingérables, il faut arriver à les canaliser sans passer pour la meuf du CDI [rires]

J’ai rodé mon spectacle à Lyon, au Boui Boui. Ce café-théâtre programme un.e artiste six mois d’affilée, du mardi au samedi. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il y ait trois ou cent personnes, tu joues. J’ai été neuf mois là-bas alors en termes d’imprévus, il m’est arrivé des trucs de fous. Le patron de ce bar dit toujours : « Quand tu arrives, tu es dans une arène. Soit tu es le taureau, soit tu es le toréador ». Il faut montrer que c’est toi qui maîtrise le show. J’ai déjà eu des enterrements de vie de garçons. Tu vois les mecs s’installer et sortir une bouteille de champagne. A ce moment, tu te dis que cette représentation va être compliquée [rires]. Quand il y a des personnes un peu ingérables, il faut arriver à les canaliser sans passer pour la meuf du CDI [rires]. Il faut trouver un équilibre.

Vous jouez votre spectacle : Future grande ? 2.0 à l’Apollo Théâtre. Comment ce spectacle a-t-il évolué ?

Le titre du spectacle initial était Grandis !. Je crois que j’ai gardé une vanne de ce seul-en-scène [rires]. Je change le texte en fonction de ce qu’il se passe dans ma vie. Notamment, depuis que j’ai eu un enfant. J’avais tout un pan de mon spectacle précédent où je disais qu’avoir un enfant, c’est nul. Phrase que je continuais à dire quand j’étais enceinte de 5 ou 6 mois. Pas du tout crédible [rires]. 

 

Elodie Arnould – Future Grande 2.0 © Christine Coquilleau

Pourquoi avez-vous ajouté « 2.0 » dans le titre ? 

Depuis la version précédente, j’ai changé beaucoup de textes. Certains passages ne me correspondaient plus. Je voulais aussi répondre aux personnes qui me demandaient si le spectacle était nouveau. C’est presque un autre spectacle puisqu’il y a une nouvelle demi-heure. 

Avez-vous répondu à la question : « Future grande ? » ?

Non [rires]. Je me suis dit qu’en devenant mère, j’allais m’assagir. ZERO. 

Quand tu crées des personnages, tu peux les rendre ridicules et grotesques à souhait

Vous avez gardé votre âme d’enfant. Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Les avantages : tu rigoles tout le temps et tu essaies toujours de trouver un côté positif à une situation, d’être émerveillé.e et naïf.ve. L’inconvénient : dès qu’il y a un effort administratif à faire [rires]. Personnellement, l’administration est une de mes phobies. J’attends toujours la dernière minute pour faire les démarches. Je trouve toutes les excuses possibles pour repousser le moment où je vais m’y mettre. Par exemple : « Ça fait longtemps que je n’ai pas balayé sous le canapé ? ».

Vous interprétez plusieurs personnages dans votre spectacle : une femme qui travaille dans l’administration, une banquière, une gynécologue, … Lequel préférez-vous ?

J’aime bien cette femme qui travaille dans l’administration. Ce sketch est basé sur une histoire vraie : je devais faire ma carte grise pour la voiture que je venais d’acheter et c’était l’enfer. A chaque fois, il me manquait un papier. J’y suis allée cinq fois. Ils m’ont même renvoyé le dossier en me disant qu’il manquait l’enveloppe pour envoyer le dossier. Ça me rendait dingue ! Je me suis dit qu’au lieu de m’énerver, j’allais écrire un sketch. 

Quand tu crées des personnages, tu peux les rendre ridicules et grotesques à souhait. On pardonne plus aux personnages des traits de caractère ou leurs travers parce que justement, ce sont des personnages. 

 

Que vouliez-vous retrouver des shows à l’américaine dans votre spectacle ?

J’ai un souci de concentration. Alors j’ai créé un spectacle avec du divertissement et des surprises, un show qui pourrait capter toute mon attention à 100% si j’étais spectatrice.  

Vous avez écrit un livre intitulé Le guide zéro tabou de la grossesse en septembre 2021. Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Je me suis dit : « Soit je fais un deuxième spectacle, soit j’écris un livre sur la grossesse ». Il y avait tellement de choses à raconter mais qui ne sont pas forcément marrantes. Par exemple, des tips que j’aurais aimé savoir quand j’étais enceinte. Ce livre est un mélange de témoignages et d’astuces. Et pour les personnes qui ne sont pas organisées comme moi, un rappel de ce qu’il faut faire tous les mois. 

J’ai créé un spectacle qui pourrait capter toute mon attention à 100% si j’étais spectatrice  

J’ai eu des retours de femmes enceintes qui me disent qu’elles l’ont lu d’une traite, d’autres qui le lisent mois par mois. Certaines femmes l’ont acheté après leur grossesse et elles me disaient qu’elles auraient aimé l’avoir avant pour moins stresser sur certaines choses. Tous ces retours sont vraiment géniaux ! 

 

© Couverture du livre Le guide zéro tabou de la grossesse – Elodie Arnould

Vous êtes fan de la comédie musicale Grease, comment avez-vous découvert ce film ? 

Je l’avais enregistré sur une cassette quand il passait à la télé. C’est souvent le moment où ta mère te dit : « Mais c’était les quarante ans de mariage ! Tu regardes avant d’enregistrer ! » [rires]. Quand j’étais dans la troupe d’impro à Marseille, on avait fait une parodie de Grease. On reprenait des chansons et on s’était dit qu’on allait aussi réécrire le texte. En fait, souvent, on n’avait pas besoin de changer les dialogues tellement c’était déjà ringard. Alors que je regardais ce film au premier degré. 

Quelle chanson préférez-vous ?

La scène de la fin lorsqu’ils chantent We go together. Je pense que c’est la meilleure chanson pour te mettre de bonne humeur. En plus, il n’y a aucune parole c’est que des : « Choubidoubidouwa, oh yeah »

Si vous pouviez jouer de nouveau cette comédie musicale, qui aimeriez-vous interpréter ? 

J’aimerais faire tous les rôles. Je me suis rendue compte en chantant Tell me more, que j’étais à la fois Sandra Dee, Zuko et les chœurs des garçons et des filles [rires].

Quels sont les moments clefs de votre parcours d’humoriste ? 

Le rodage de mon spectacle au Boui Boui. C’était difficile et formateur. Mon premier showcase à Paris avec l’aide de Switch Agency et d’Aline, attachée de presse dans cette agence. Switch Agency a vu mon spectacle à Lyon et m’a aidée à monter à Paris, à trouver une production. Maintenant, je ne suis plus toute seule, je travaille avec une équipe, je suis entourée. Dernièrement, mon passage à Montreux. C’était stressant mais super ! 

Quels sont vos projets futurs ?

Continuer ce spectacle, le faire grandir et démarrer la tournée à partir de septembre ! 

Retrouvez toute l’actualité d’Elodie Arnould sur Facebook, Instagram et TikTok. Pour assister à son spectacle, vous pouvez prendre vos billets en cliquant ici

 

©Photo de couverture : Robin Gervais