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Jérémy demay interview

Rencontre avec Jérémy Demay : « Comment se sentir vivant ? J’essaie d’y répondre encore aujourd’hui »

Jérémy Demay a toujours suivi ses premières intuitions. A 19 ans, il monte sur scène pour la première fois. Il ne la quittera plus jamais. Après 18 années de stand up au Québec, il revient en France pour présenter son spectacle Enfin vivant, véritable remède à tous les maux. Rencontre avec un « humoriste humaniste ».

Quel est votre premier souvenir lié à la scène ?

Je suis en première année à l’ESC, une école de commerce privée à Marseille. Pour redoubler ce type d’école, faut vraiment forcer. Le premier jour, j’apprends qu’un mec qui s’appelle Alexandre, vient de redoubler sa première année. Je ne sais pas pourquoi mais dans ma tête je me suis dit qu’il fallait absolument que je rencontre ce gars-là. On fait connaissance, ça clique, on devient inséparables. Je pense que ce qui a matché entre nous, c’est l’immaturité : on avait les mêmes délires et on faisait les mêmes bêtises. On a passé trois ans et demi ensemble. 

Un soir, on se retrouve à L’escale  Borély, un bar à Marseille. On est tout seuls avec le gérant du bar. Il nous dit qu’il nous entend faire les cons depuis qu’on s’est installés et il nous demande si on est humoristes. On répond que non, qu’on est étudiants. Il nous apprend que dans deux semaines, il organise une soirée chansons dans ce bar et il nous propose de faire un sketch. On est partants !  

Deux semaines plus tard, on présente un sketch en duo qu’on avait écrit. Quand je monte sur scène, j’ai une illumination. C’était une vraie découverte, comme si la vie avait mis cette scène sur mon chemin en me disant : « C’est ce métier-là que tu vas faire dans la vie mon grand ». Depuis ce jour-là, je me suis dit que je ne voulais rien faire d’autre que de la scène. Je n’ai jamais eu de plan B. Pour moi, c’était une évidence. 

Vous avez ensuite fait un stage en production à Juste pour rire à Montréal…

Je devais rester six mois là-bas pour finir mes études et avoir mon année. Finalement, je suis tombé amoureux de cet endroit et j’y suis resté 18 ans. J’ai aimé leur façon de gérer l’humour. C’est une religion là-bas. Les stars au Québec, ce sont les humoristes. Il y a beaucoup de comedy clubs. Le stand up est une discipline qui existe depuis longtemps. Ce stage m’a permis d’entrer dans le monde de l’humour par une autre porte que la scène mais aussi de rencontrer des humoristes et des personnes de ce milieu. 

 

Quelle rencontre vous a particulièrement marquée ? 

J’ai rencontré Martin Durocher, mon maître de stage. Je ne l’ai vu que deux jours parce qu’il s’en allait mais il se trouve que quatre ans plus tard, il est devenu mon manager au Québec. La vie est bien faite ! [rires]. Elle a toujours de bonnes façons de nous amener là où on doit se rendre. Si tu te laisses porter, j’ai l’impression que tu vas atterrir au bon endroit ; surtout, si tu écoutes ton cœur et que tu as le courage de le suivre. Je me suis rarement trompé en écoutant mon cœur parce qu’il connaît déjà la réponse. Mais c’est parfois très difficile de le suivre. Même si l’envie est présente, la peur, l’inquiétude ou l’anxiété peuvent aussi prendre le dessus.

Avez-vous toujours réussi à écouter vos intuitions premières ? 

Je les ai écoutées dès le début. J’ai eu la chance de découvrir la scène très jeune, à 19 ans. C’était plus simple de suivre mon intuition à cet âge-là plutôt qu’à 50 ans avec  un travail. Mais j’ai eu le courage de rester au Québec, de me lancer dans ce milieu et de m’accrocher quand ça n’allait pas. Si aujourd’hui, je fais ce que j’aime, c’est parce que j’ai pris des risques et que j’y ai mis beaucoup d’énergie. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. Devenir bon dans un domaine prend du temps. J’avais entendu dire qu’il fallait environ 10 000 heures pour arriver à ton meilleur niveau dans une discipline. Ça fait beaucoup !  [rires].  

Depuis ce jour-là, je me suis dit que je ne voulais rien faire d’autre que de la scène. Je n’ai jamais eu de plan B. Pour moi, c’était une évidence

Quel entraînement avez-vous suivi au Québec ? 

J’ai suivi tous les cours qui m’intéressaient : chant, diction, guitare, jeu. Et surtout, je montais régulièrement sur scène. Je cherchais ce que je voulais dire et comment l’exprimer. Aujourd’hui, je pense que j’ai trouvé mon personnage et ce que je veux être sur scène. 

Comment vous définiriez-vous ? 

Humoriste humaniste. Je pense que c’est ma meilleure définition [rires]. Je veux faire rire et en même temps, je veux donner des clés. J’aimerais inspirer les gens pour qu’ils se sentent véritablement vivants. 

Vous avez joué votre spectacle Enfin vivant au Québec et aujourd’hui, vous le jouez en France. Y-a-t-il une différence entre le public québécois et le public français ? 

Oui, d’ailleurs ça a été difficile de s’adapter. Surtout dans la façon de dire les choses. Ce sont deux cultures différentes et comme j’ai passé la moitié de ma vie au Québec, j’ai dû réapprendre un langage avec des codes différents.

Je me suis rarement trompé en écoutant mon cœur

J’aime autant le public français que québécois. Le public québécois rit très fort et de bon cœur. Le public français est plus retenu et cérébral. Pour toucher le Québécois, tu passes par le cœur, pour toucher les Français, tu passes par la tête. Une fois que tu as touché la tête, tu peux entrer dans le cœur. Mais j’ai l’impression que je me suis habitué. 

Vous avez écrit ce spectacle après être sorti d’une dépression…

En 2009, je fais une dépression et je me dis : « Soit je prends des antidépresseurs, soit je me tourne vers le développement personnel pour trouver des outils ». J’ai choisi la deuxième option qui a commencé à prendre de plus en plus de place dans ma vie. De là, est venu un style d’humour. Je voulais mélanger humour et bien-être. 

Pourquoi avez-vous choisi ce titre ? 

J’ai découvert cette citation d’Oscar Wilde : « Vivre est la chose la plus rare du monde, la plupart des gens se contentent d’exister, sans plus ».  Je trouve cette phrase percutante : souvent, on existe mais on ne vit pas. A ce moment-là, je me suis posé la question : « Comment se sentir vivant ? ». J’essaie d’y répondre encore aujourd’hui. Pour moi, c’est une sorte de quête, un chemin que je suis sans m’arrêter. 

 

Jérémy Demay © Fifou

Etes-vous heureux aujourd’hui ? 

Ce n’est pas encore un état stable. Certains jours, je suis joyeux et ouvert, d’autres, je suis triste et grognon. Je pense qu’être humain, c’est accepter le va-et-vient de ces émotions tout en gardant une paix régulière. Personnellement, je parviens à trouver cette paix grâce à la méditation qui m’apaise. Je réagis moins aux stimuli extérieurs qui peuvent parfois générer de la frustration ou nous mettre en colère par exemple. Plusieurs fois, je me suis mis en colère et je me suis dit que ça ne servait à rien parce que je créais des choses à l’intérieur de mon corps qui n’étaient pas utiles à ce moment-là. 

Je voulais mélanger humour et bien-être

Après, il ne faut pas étouffer cette colère mais la ressentir, l’accepter, la gérer et la laisser passer. Quand tu ressens de la colère, c’est que tu as besoin de mettre une limite, d’exprimer des choses et c’est sain. Après, c’est la façon de faire. Des fois tu te mets en colère et tu dis quelque chose que tu regrettes ensuite. Tu t’excuses en disant : « J’étais en colère, je n’étais plus moi ». Tu deviens ton émotion. La méditation m’apprend à ne pas devenir mon émotion. 

Sur scène, parvenez-vous à vivre le moment présent ? 

Je pense que c’est le seul endroit où je vis totalement le moment présent. Quand je suis sur scène, je me sens profondément ancré dans mon corps. Je regarde les gens et ce qu’il se passe dans la salle pour improviser. Je me dédouble : une partie de mon cerveau regarde les gens et l’autre partie, dit le texte. Mais les deux ont besoin d’être ensemble pour faire le succès du show. 

Selon vous, quelle est la recette d’un spectacle réussi ? 

Le plaisir ne dépend pas de l’endroit ni du nombre de personnes. Il dépend de la qualité de ce que je donne et de ce que les gens me rendent. Je pense que l’humour est comme une partie de Ping Pong. Pour moi, un show est réussi lorsque je parviens à me connecter au cœur des gens mais aussi lorsqu’ils se connectent à eux et entre eux. Parfois j’y arrive, d’autres fois non. Je ne pense pas que ce soit une question de taille de salle mais d’ambiance, d’énergie et de connexion avec le public.

Quels sont vos prochains projets ? 

Je vais continuer le spectacle en République et sortir mon livre, La Liste, au mois de juin en France. J’aimerais aussi continuer de m’ouvrir à ce que la vie va m’offrir et méditer tous les jours de ma vie. 

Jérémy Demay joue son spectacle Enfin vivant tous les jeudis et samedis soirs au théâtre Le République. Suivez toute son actualité sur son compte Instagram et Facebook

 

© Photo de couverture : Fifou