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Rencontre avec la troupe d’improvisation Smoking Sofa : « Le théâtre d’impro, c’est la cour de récré de l’imaginaire »

Cécile Sablou, Jonathan Chaboissier, Muriel Ekovich, et Meng Wang aiment raconter des histoires uniques, spontanées et improvisées. Membres de la troupe d’improvisation Smoking Sofa, ils présentent plusieurs spectacles empreints de poésie et d’humour. Rencontre avec quatre artistes qui nous partagent leur passion. 

Qu’aimez-vous dans l’art de l’improvisation ? 

Cécile Sablou : J’aime la liberté permise par l’improvisation. Je peux être n’importe qui, aller n’importe où, vivre n’importe quelle aventure à chaque représentation. Comme on est libre de notre texte, c’est notre voix qui s’exprime. C’est grisant et cathartique toute cette créativité débridée qui ne s’arrête jamais. 

Jonathan Chaboissier : Cet art permet d’exprimer son imaginaire. Quand j’étais petit, j’aimais raconter des histoires avec mes jouets. L’impro est une manière de continuer à inventer des histoires mais sur scène. Le théâtre d’impro, c’est la cour de récréation de l’imaginaire. Quand j’ai commencé l’improvisation, c’est vite devenu une drogue. J’avais besoin de cette dose d’expression libre, d’invention et de créativité. 

Muriel Ekovich : En improvisation, on est en communion avec les comédien.ne.s et le public. Les spectacles sont souvent interactifs : on est  à l’écoute des spectateurs et spectatrices, et on prend certaines de leurs suggestions. On vit un moment unique tous ensemble qui ne sera jamais revécu après. Chaque spectacle est une construction collective spontanée et unique créée sur le moment. L’improvisation, c’est la magie du théâtre vivant poussé à son paroxysme. Fascinant ! 

Meng Wang : Lorsque j’ai commencé l’improvisation dans l’atelier organisé par Fayssal Benbahmed, j’ai été marqué par l’aspect collectif. Le soir, en rentrant de l’atelier, je n’arrivais pas à dormir, je n’avais jamais fait quelque chose d’aussi fun et marrant. Selon moi, l’improvisation théâtrale est une des seules disciplines scéniques pour laquelle des gens qui ne se connaissent pas du tout et qui ne se sont jamais vus peuvent monter directement sur scène, faire une heure de spectacle ensemble tout en prenant du plaisir parce qu’on parle une langue commune. C’est magique ! 

 

Smoking Sofa
Cécile Sablou et Meng Wang © Eric Bongrand

Comment vous êtes-vous rencontrés ? 

M.E. : On s’est tous rencontrés via le circuit de l’improvisation en jouant ensemble lorsqu’on était étudiants ou lors d’un stage, d’un atelier, d’un festival. Les affinités se sont faites assez naturellement. 

Chaque spectacle est une construction collective spontanée et unique créée sur le moment.

C.S : On voulait raconter des histoires donc, chacun.e de notre côté, on a rejoint les cours et les troupes qui proposaient ce format. Les affinités ont fait qu’on a tous fini par se retrouver dans Smoking Sofa. Cette troupe avait été créée en 2011 par des personnes qui sont aujourd’hui parties depuis longtemps. Entre-temps, il y a eu des arrivées et des départs mais la compagnie est restée et a transmis son ADN. A l’instant T, c’est nous quatre mais dans le futur, cette troupe pourra accueillir d’autres personnes. 

Quelles sont les particularités de cette compagnie d’improvisation ?

J.C : On se sert de l’improvisation pour raconter de belles histoires, créer des scènes touchantes, aborder des sujets légers ou graves. 

C.S : Notre esthétique est soignée : nos costumes et nos décors sont très classe. On aime travailler cette esthétique pour avoir une certaine cohérence dans la mise en scène. On crée une atmosphère propre à chacun de nos spectacles. 

 

Smoking Sofa
Jonathan Chaboissier et Meng Wang © Eric Bongrand

Avez-vous un rituel avant de monter sur scène ?

M.E : Le rituel commence dès que l’on met notre costume. On se maquille, on se coiffe, on fait la transition entre notre quotidien et notre rôle de comédien.ne. 

C.S : On organise des petits jeux en coulisses en chuchotant parce que le public est déjà là. On se met en cercle et on joue pour se mettre dans l’énergie et se connecter les uns aux autres. Juste avant de monter sur scène, c’est le câlin traditionnel, on se dit : « Amuse-toi bien ». 

Parmi vos nombreuses représentations, auriez-vous une anecdote scénique à nous raconter ?

J.C : Il y a quelques années, on jouait avec un invité différent chaque semaine. Un soir, on joue avec Fabien Strobel qui passait la journée en province. Dans le train, il nous prévient qu’il y a de gros problèmes de grève et qu’il ne sait pas quand il va arriver. Il est bloqué. On se dit qu’on va sans doute devoir commencer le spectacle sans lui. 

Je veux faire en sorte d’être le plus inspirant possible pour les autres.

Dans la salle, certain.e.s spectacteur.rice.s savent qu’il doit venir jouer parce qu’on annonçait toujours la présence de l’invité.e sur les réseaux sociaux. Un peu avant la représentation, on accueille le public dans le salon sans nouvelle de Fabien. Cécile est la narratrice et elle prend place dans le fauteuil. Elle annonce : « La particularité de ce soir est que notre invité n’est pas encore arrivé ». Mais pile au moment où on démarre le spectacle, la porte s’ouvre : Fabien est en costume et monte sur scène sous les applaudissements du public. Magique ! 

Vous donnez également des cours d’improvisation, qu’enseignez-vous à vos élèves ?

J.C : On donne des cours pour les débutants et pour des personnes plus confirmées qui veulent travailler la technique. On a fondé une école dans laquelle on enseigne les formats qu’on fait sur scène. On propose aussi des stages avec des thématiques différentes pour chacun de nous. 

Quelles sont vos thématiques de prédilection ? 

M.W : Il y en a beaucoup ! Mais pour donner quelques exemples : Keith Johnstone dit : « La plus grande compétence d’un improvisateur, c’est la capacité à inspirer l’imagination de son partenaire ». Lorsque j’ai compris cette phrase, beaucoup de choses ont changé pour moi : je n’essaie plus de trouver comment avoir une bonne idée pour briller. Je veux faire en sorte d’être le plus inspirant possible pour les autres. Il faut donc être à l’écoute, ancré dans le moment présent, proposer des choses simples et évidentes. Au cours des stages que l’on organise, on se demande alors comment inspirer des idées ou comment on s’inspire les uns les autres. 

M.E : On est aussi très attaché au jeu d’acteur donc on se focalise sur le jeu de personnages : comment l’incarner à travers une palette d’émotions ? Et puis, on va travailler la narration : comment raconter des histoires ou quels sont les différents archétypes de personnages ? On peut également se concentrer sur le réalisme magique, une technique pour ouvrir le champ des possibles sur le type d’histoire que l’on veut raconter. Par exemple, si je souhaite narrer un conte, comment ajouter des éléments de magie ou de fantastique ? 

On aime jouer avec l’espace et le temps

C.S : Pour finir, on aime jouer avec l’espace et le temps pour avoir des effets de scènes poétiques. Par exemple, mettre deux personnages en vis-à-vis – un père et son fils – qui sont à deux endroits distincts, à des époques différentes parce que le père est mort depuis des années. Métaphoriquement, cette scène sera belle à voir. 

Et vous, comment vous entraînez-vous ? 

J.C : On dit que l’improvisation théâtrale ressemble plus à un sport collectif comme le foot ou le basket qu’à du théâtre écrit. On fait plein d’entraînements, on travaille les codes de jeu et on partage un imaginaire commun. Comme on travaille et qu’on joue ensemble depuis plusieurs années, maintenant on se connait vraiment bien. On est connectés ! 

C.S : Cette année, on fait des entraînements réguliers : une fois par semaine on se retrouve et on travaille sur nos thématiques. Les exercices tournent autour des thèmes et des compétences d’impro qui sont exacerbées dans les spectacles. Par exemple, pour Histoires de famille, on est très nombreux sur scène donc on va travailler les effets de groupe tandis que Le Fauteuil est un conte improvisé donc on va se concentrer sur le personnage du conteur ou l’univers du conte. Parfois, des profs internationaux viennent aussi nous donner des cours comme Patti Stiles, élève de Keith Johnstone. 

M.E : Récemment, on a travaillé les transitions de scène avec Tim Orr mais aussi comment varier les manières de passer d’une scène à l’autre. 

 

Smoking Sofa
Muriel Ekovich © Eric Bongrand

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite commencer l’improvisation ?

M.W : Se lancer ! Je me souviens que c’était impressionnant et intimidant de commencer l’improvisation alors que je connaissais le prof qui était génial. Une fois que tu t’es lancé, je suis persuadé que tout le monde peut le faire. 

J.C : Oui, tout le monde peut improviser ! Et puis, c’est normal au début de faire des scènes imparfaites mais justement, on travaille à s’amuser de nos erreurs, de nos échecs pour se libérer de la pression qui nous dit : « Sois bon ». Il faut essayer plusieurs ateliers et lorsque tu trouves un endroit dans lequel tu te sens bien, y rester. 

Tout le monde peut improviser !

Donner des cours d’impro à des gens qui débutent, c’est être confronté à leur peur. La première chose qu’on doit désamorcer est cette peur de monter sur scène et de l’auto jugement. On a beaucoup travaillé avec la compagnie EUX, certains ont été nos profs lorsqu’on a démarré, on a les mêmes inspirations. Dans leur école, ils voulaient être des accompagnateurs bienveillants, développer la confiance des gens en leur faisant réussir les exercices. Au lieu de laisser la personne jouer et de lui dire à la fin de l’exercice ce qu’elle aurait dû faire, on vient aider la personne quand elle galère pendant la scène et on intervient directement en lui donnant des indications. Ça donne plus confiance. C’est ce qu’on a découvert avec les EUX et ce qu’on enseigne maintenant dans notre école : la pédagogie par le succès. 

C.S : Parfois, les gens nous disent : « Je ne pourrais pas faire d’improvisation parce que je ne suis pas assez créatif, je ne saurais pas quoi dire, mes idées ne seront pas assez intéressantes ». Non, tu n’as pas besoin d’être original.e ou d’avoir cette créativité avec laquelle toutes les idées viennent de toi parce que toutes les idées viennent aussi de tes partenaires, du collectif, de ce qui est déjà là. Il faut simplement être à l’écoute et soutenir les autres.  

Ce qu’on enseigne dans notre école : la pédagogie par le succès

J.C : Quand on enseigne l’impro à des débutant.e.s, au bout de trois séances, ils sont surpris de voir ce qu’ils arrivent à faire. Commencer à improviser, jouer des personnages et faire des petits bouts d’histoires est plus facile que ça en a l’air. Par contre, jouer sans filet, sans prof qui ajuste ou donne un cadre avec des règles de jeu structurantes et être en mode freestyle pendant une heure, c’est beaucoup de travail. 

Quels sont vos projets futurs ? 

J.C : Tous les mardis et jeudis, on propose des ateliers d’été jusqu’à fin août. Inscription à l’unité sur notre site autour de thématiques différentes. A la rentrée, on continue notre école, on essaie d’ouvrir encore plus de places pour cette seconde année ! Côté spectacle, on continue Le Fauteuil  à partir de décembre et Histoires de famille au printemps à La Folie Théâtre.

 

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©Photo de couverture : Monsieur le Photographe