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Rencontre avec Loïc Bartolini : « La liberté est la quête principale de ce spectacle »

Plongé dans le monde du théâtre dès l’âge de 6 ans et  féru de photographie, Loïc Bartolini décide de lier ces deux passions dans un nouveau seul-en-scène : Photographe en liberté. Tous les lundis soirs au théâtre le Métropole, l’humoriste suisse emmène le public à travers ses voyages, sur le chemin de sa quête d’identité et de la liberté. Rencontre avec un artiste-globe-trotteur.

Votre passion pour le jeu théâtral remonte à votre enfance. Pourquoi avez-vous choisi la comédie ? 

J’ai toujours aimé faire rire. Paradoxalement, je ne vais pas forcément voir des comédies mais j’aime en faire. J’ai travaillé dans une compagnie de marionnettes, j’ai fait du mime, de la magie, du clown … Et surtout, ce que j’adore, c’est aller chercher dans tous ces autres genres qui n’empruntent pas forcément le code et la rythmique de la comédie pour les utiliser à des fins comiques. J’ai envie d’aller piocher dans ces différents styles artistiques pour essayer de surprendre le public et l’emmener là où il n’a pas l’habitude de se rendre. 

Avez-vous le trac avant de monter sur scène ? 

Au début, j’étais très timide et tétanisé à l’idée de monter sur scène. Pendant une période, j’avais réussi à m’affranchir de ce trac. Et puis, un jour, un metteur en scène me dit : « Tu verras, le trac vient avec le talent ». J’avais 16 ans, j’étais très influençable. Je me suis alors dit que si je n’avais pas le trac, je n’avais pas de talent. Je me suis alors chargé de trac à vomir pendant les dix années qui ont suivi jusqu’à ce qu’une autre personne me dise : « Mais attends, ton métier c’est jouer non ? Eh bien joue, amuse-toi ! ». Et comme je suis toujours influençable, à partir de cet instant, ça a été l’effet inverse.

Que vous a apporté votre formation au cours Florent ? 

C’est particulier. De l’extérieur, les gens pensent que c’est l’école de la réussite mais de l’intérieur, tout le monde s’accorde à dire que c’est une machine à fric. Après, ce qui est génial, c’est que tu peux faire ce que tu veux de cette école. Il y a 1 500 élèves chaque année alors tu apprends à te débrouiller. Et puis, ce n’est pas l’école qui fait la formation mais les profs que tu rencontres. Avec certains, tu auras un super contact, avec d’autres, tu n’en auras pas du tout. La plupart de mes profs axaient leur cours sur le travail de groupe, ce qui me correspondait parfaitement. Je préférais construire quelque chose en groupe plutôt que d’essayer de briller tout seul. 

Comme je dois attendre trois semaines pour recevoir mon appareil photo, un ami me prête le mode d’emploi. Et pour la première fois de ma vie, je lis un mode d’emploi [rires].

D’où vient votre passion pour la photographie ? 

Quand j’avais 12 ans, les éditions Atlas téléphonent chez mes parents. C’est moi qui décroche. Ils me demandent si ça m’intéresse de recevoir un appareil photo gratuit. Alors forcément, je réponds positivement. Quelques jours plus tard, je reçois l’appareil photo basique à pellicules jetables dans la boîte aux lettres. Le seul problème : ils te l’envoient gratuitement mais seulement si tu t’abonnes aux 500 volumes à venir. Quand mes parents comprennent, ils me disent : « Non non t’es gentil mais ça dégage ». Ça a nourri une petite frustration chez moi.   

 

Loïc Bartolini dans Photographe en liberté © Valentine Roux

Des années plus tard, je commande sur internet mon premier appareil photo. Comme je dois attendre trois semaines pour le recevoir, un ami me prête le mode d’emploi. Et pour la première fois de ma vie, je lis un mode d’emploi [rires]. Et j’ai aimé le lire ! Tous les soirs, un chapitre avant de dormir. 

Finalement, il s’avère que je n’avais pas pris exactement le même modèle donc les boutons n’étaient pas identiques mais ce mode d’emploi m’a appris certaines bases. Et à partir de là, j’ai adoré parce que c’est un plaisir instantané. Lorsque tu prends une photo, le résultat apparaît tout de suite sur ton écran.

Vous présentez votre seul-en-scène Photographe en liberté. Quelle est la genèse de ce spectacle ? 

J’avais très peur de partir en voyage parce que, quand tu es comédien et que tu prends des vacances, c’est souvent à ce moment-là qu’on t’appelle pour le taf qui va faire décoller ta carrière. Je culpabilisais à chaque fois que je prenais des vacances. Alors je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose d’utile. 

J’avais envie de faire de la photo depuis 15 ans et finalement, j’ai commencé en même temps que mes voyages. Encouragé par mon entourage, j’ai fait des expos. Dans des salons de massage shiatsu, dans des bars, dans des cafés. Mais souvent, la lumière ne mettait pas du tout en valeur les photos.  

Quand j’étais en Islande, à chaque fois que je prenais ma voiture, le GPS m’indiquait : « Route inconnue, si possible faites demi-tour ».

Et puis, je me suis dit que je savais écrire des spectacles alors pourquoi ne pas combiner les deux ? Mais c’était compliqué parce que j’avais les anecdotes de voyage et les photos mais je n’avais pas forcément les anecdotes qui allaient avec les photos. Et inversement. Tout mon dernier voyage au Pérou et en Bolivie a été un peu gâché parce que j’essayais de trouver les photos qui me manquaient. Je cherchais par exemple des photos de touristes pour illustrer certains propos. Je fonçais vers toutes ces attractions touristiques alors que, d’habitude, je fuis ces endroits. Et je me disais : « Pourquoi je m’inflige ça ? » [rires].

Comment avez-vous construit ce spectacle ? 

Au départ, c’était plus un one man show avec une succession de sketchs sur les galères de voyage qui m’étaient arrivées. Une fois cette version finie, je trouvais qu’il manquait la dimension philosophique et humaine que tous ces voyages m’avaient apportée. J’ai donc réécrit ces parties. Ensuite, il a fallu trouver des photos pour illustrer les propos. C’était un sacré casse-tête. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai mis deux ans à monter ce spectacle.

 

Pour Photographe en liberté, tout s’est construit au compte-gouttes. Le souci étant que, lorsque je crée un spectacle, j’aime avoir tout, tout de suite. Je ne bosse pas sur le texte pour ensuite ajouter de la musique et des effets sonores/visuels. Je veux tout en même temps parce que je sais plus ou moins le résultat final que je souhaite. Comme pour une photo. Et puis, je sais que la musique va influencer l’écriture qui elle-même va impacter le jeu et le rythme puis les photos. C’est un joyeux bordel [rires]. 

Pourquoi avez-vous choisi ce nom de spectacle ?

Au début, je voulais appeler ce spectacle Route inconnue pour faire référence à mon premier voyage seul en Islande. Quand j’étais là-bas, à chaque fois que je prenais ma voiture, le GPS m’indiquait : « Route inconnue, si possible faites demi-tour ». Mais je trouvais qu’il manquait la dimension photographique dans ce titre. Et puis, je voulais aussi inclure la notion de liberté parce que c’est tout de même la quête principale de ce spectacle.  

Concernant l’idée de liberté, vous dites : « Ce n’est pas de la solitude dont j’avais peur mais de la liberté. J’avais peur de la perdre et j’étais incapable d’en profiter ». Aujourd’hui, arrivez-vous à profiter de cette liberté ? 

Pas tout le temps. La liberté est une notion très mouvante. On a l’impression qu’elle va de pair avec le fait de n’avoir aucune contrainte. Pour moi, la liberté est un endroit inconfortable. Être libre, c’est s’affranchir des règles et sortir des sentiers battus. Ces deux ans de covid m’ont fait me renfermer dans ma zone de confort. Aujourd’hui, partir en voyage me demande un véritable effort pour me remettre dans ces situations d’inconfort, de déséquilibre et me dire : « Allez, je suis un aventurier, j’y retourne ». C’est très éprouvant. J’adore vivre la liberté à des moments donnés mais j’aime aussi revenir dans mon petit confort. Quand je voyage trois semaines dans des conditions difficiles, je les accepte parce que je sais que c’est pour un temps donné. 

 

Loïc Bartolini dans Photographe en liberté © Valentine Roux

Vous souvenez-vous de votre premier voyage ? 

Je ne m’en souviens pas parce que j’avais 4 ans. On me l’a raconté. Au cours de ce voyage, j’ai eu ma première cuite au whisky coca [rires]. C’était à l’île Maurice. Mes parents étaient autour d’une table et discutaient avec leurs amis. Je leur disais sans cesse : « J’ai soif, j’ai soif » et ils me répondaient : « Oui bah tu laisses les grands parler, tu attends ». Au bout d’un moment, j’ai choppé un verre plein sur la table et j’ai bu cul sec. J’ai été malade pendant trois jours [rires]. J’ai des images en tête mais je ne sais pas si c’est parce qu’on m’a tellement raconté cette histoire qu’au bout d’un moment j’ai recréé des souvenirs.  

Quel voyage vous a donné envie d’en faire d’autres ? 

J’ai beaucoup voyagé avec mes parents dans ma jeunesse. J’ai eu l’occasion d’aller notamment au Japon, au Vietnam et en Allemagne. Mais le voyage qui m’a véritablement mis le pied à l’étrier, c’est l’Islande. C’était la première fois que je partais seul. J’avais choisi cette destination parce que personne de mon entourage n’avait mis les pieds là-bas. Je voulais partir à l’aventure. 

En Islande, tout m’a marqué. C’est tellement lunaire, tu as l’impression d’être sur une autre planète. Il n’y a pas d’arbres mais des lichens avec des  nuances de vert à tomber par terre. La roche est tellement jeune qu’elle semble vivante. Quand tu vas voir les geysers, tu as l’impression de voir la Terre respirer. Je suis resté deux heures assis pour essayer de sentir cette respiration. C’était incroyable. On dit que, pour les photographes, lorsque tu es en Islande, peu importe où tu poses ton appareil, tu peux faire de belles photos. Je crois que c’est vrai. 

On dit que, pour les photographes, lorsque tu es en Islande, peu importe où tu poses ton appareil, tu peux faire de belles photos. Je crois que c’est vrai. 

Sur les 247 photos qui défilent dans votre spectacle, laquelle aimez-vous particulièrement ? 

Ce n’est jamais la même. Quand je joue le spectacle, j’ai l’impression d’avoir une photo préférée différente en fonction de mes émotions. Je peux ajouter ou changer certaines photos mais le diapo est tellement précis par rapport à la dynamique du spectacle que je ne modifie pas grand-chose. 

Sur Instagram, vous avez posté dernièrement une photo du port d’Arcachon sous la brume. Quels souvenirs vous évoque ce cliché ? 

La déception car la météo avait annoncé une journée magnifique [rires]. Je prends le bateau pour aller au Cap Ferré, je mets le nez dehors et je vois une brume totale. Je pense avoir passé un step en tant que photographe parce qu’avant, lorsque je me rendais à un endroit, je fantasmais déjà les photos que j’allais faire. Aujourd’hui, je me dis simplement que les éléments sont tels qu’ils sont et que je vais essayer d’en tirer le meilleur parti. Finalement, ça m’a permis de vivre le Cap Ferré à une sensation moins 10 degrés [rires]. Et puis, j’adore le côté fantastique, fantomatique et hors du temps de cette photo.

 

Sur votre site, on peut lire : « éleveur d’idées ». Que cultivez-vous en ce moment ? 

J’aime mélanger tous les médias. Je m’intéresse à beaucoup de choses. On m’a demandé de rentrer dans une case alors j’en ai créé une dans laquelle je peux tout mettre. J’ai un projet de fiction humoristique audio composée de 9 épisodes de 8 minutes chacun et des épisodes à venir du podcast Portraits de voyageur dans lequel j’invite des personnes pour discuter de voyage autour d’une table. Je prépare aussi un long métrage, deux autres spectacles, une mini-série et quelques shooting photo. De quoi s’occuper pour les dix prochaines années ! 

Retrouvez Loïc Bartolini dans son spectacle Photographe en liberté tous les lundis soirs 20h au théâtre Le Métropole.  Suivez toute l’actualité de Loïc Bartolini sur son site internet, ses comptes Instagram et Facebook.

 

© Photo de couverture : Valentine Roux