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Patrick Chanfray interview Thomas Brault

Rencontre avec Patrick Chanfray : « J’ai toujours été un sale gosse… mais en petit polo bien mis »

Chroniqueur, humoriste, comédien, Patrick Chanfray est aussi « daccordiste ». Autrement dit, une personne toujours d’accord. Dans son dernier spectacle, il convoque l’absurde pour dresser le portrait d’un personnage qui ne sait pas dire non. Patrick Chanfray jongle avec la facétie pour tourner tout en dérision. Rencontre avec un maître de l’espièglerie.

Vous jouez votre spectacle Daccordiste au théâtre du Marais. Comment décririez-vous un daccordiste ?

Un daccordiste est une personne géniale ! Elle a compris qu’on ne pourra jamais tous être du même avis alors elle fait le premier pas vers l’entente en répondant « oui » à toutes les questions. Mais du coup, c’est épouvantable parfois ! Ce n’est pas un choix de confort [rires]. C’est pour que l’autre soit bien. C’est une personne altruiste qui se met parfois dans des situations embarrassantes [rires].

A l’image de Jim Carey dans Yes Man, craignez-vous qu’un jour, en disant non, il vous arrive quelque chose de malheureux ?

Complètement ! Enfin, j’ai surtout peur de passer à côté de quelque chose. Pendant très longtemps, je n’arrivais pas à dire non alors je disais oui à tout. Mais 97% des fois, tu te demandes dans quoi tu t’es embarqué. Surtout quand c’est l’autre qui t’a emmené dans cette histoire [rires].

Selon vous, pourquoi dire « non » est-il si difficile ?

Parce qu’il va falloir trouver une excuse et qu’elle sera bidon. Je me rassure aussi en me disant que de toute façon, il se passera automatiquement quelque chose. Quitte à me mettre dans une galère [rires].

Quand j’étais petit, je me suis aperçu que si je faisais rire les copain.e.s de mes parents, j’allais me coucher plus tard

Dans votre spectacle, vous dites : « La réalité reprend le dessus quand on ouvre les yeux ». Pour vous, quel rêve est devenu réalité ?

De faire ce que je fais. J’ai plein de potes qui n’aiment pas leur travail alors que moi, mon rendez-vous de la journée, c’est prendre un thé pendant une interview *tasse qui tombe*, casser de la vaisselle… [rires]. Ce soir, je dois écrire des blagues pour les travailler ce soir avec mon metteur en scène. Demain, je vais inventer d’autres vannes. Arriver à manger avec des blagues, c’est quand même incroyable !

Vous avez fait des études de commerce. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la comédie ?

L’argent. Il y a en a plus que dans le commerce [rires]. Jeffrey Bezos est comédien à la base ! Je l’ai vu deux fois en plateau, il fait des blagues sur Amazon…

Il y avait toujours plein de monde chez mes parents. C’était très convivial ! Quand j’étais petit, je me suis aperçu que si je faisais rire les copain.e.s de mes parents, j’allais me coucher plus tard [rires].

Vous étiez le clown de la famille…

Exactement ! J’ai aussi été trapéziste de mes 2 à 6 ans. C’étaient de mini-trapèzes, ça s’appelle des trapézettes.

Patrick Chanfray © Thomas Brault

Quel est votre premier souvenir humoristique ?

Je pense que ce sont les dîners de famille. D’habitude, on pourrait penser que c’est ennuyant. Mais personnellement, ça n’a jamais été le cas. Pour mon dernier Noël, ma grand-mère de 93 ans a dansé sur Stromae. C’est aussi pour cette raison que je n’ai jamais pris ce métier au sérieux. Je pensais que c’était quelque chose de normal dans la vie. Mes parents ont toujours adoré les spectacles. On n’avait pas d’argent pour y aller mais on en regardait beaucoup à la télé. Par exemple, Raymond Devos ou Robert Lamoureux que je trouve incroyable. Je pense que cet humoriste m’a beaucoup inspiré inconsciemment, que ce soit pour ses vannes à tiroirs ou ses variations de voix. 

Dans tous vos sketchs justement, votre voix varie pour donner du rythme à vos blagues. Comment avez-vous trouvé ce rythme ?

Je ne prenais pas très au sérieux ce métier comme je l’ai évoqué précédemment, ça m’a d’ailleurs fait défaut à un moment donné dans ma carrière. Tout ce que j’ai trouvé, comme les variations de voix par exemple, c’était un peu inconscient. Ce sont, sans doute, des choses que j’ai entendues dans des sketchs ou dans la musique. J’ai toujours voulu jouer d’un instrument : de la clarinette ou de la trompette. Je suis fan de jazz et de hip hop, deux genres musicaux dans lesquels les cuivres ont une place majeure. Et puis, mes parents mettaient tout le temps de la musique, dès le réveil ! Un réflexe que j’ai gardé aussi.

 

Vous rompez avec tous les codes de la mise en scène, pourquoi avoir fait ce choix ?

Au départ, ce n’était pas une volonté de casser les codes. Seulement, j’ai toujours été un peu un sale gosse… mais en petit polo bien mis [rires]. Je suis espiègle ! Quand on m’impose quelque chose que je ne comprends pas, j’ai envie de faire tout l’inverse. Alors, je trouvais drôle de jouer avec les codes de la mise en scène. Ça s’est fait au feeling.

Mes parents ont toujours adoré les spectacles. On n’avait pas d’argent pour y aller mais on en regardait beaucoup à la télé

Comment votre spectacle Daccordiste a-t-il évolué depuis sa première écriture ?

J’ai la chance de travailler avec le metteur en scène Papy !  Il a aimé le spectacle et mon gugusse. En ce moment, on essaie de redéfinir un cadre pour mieux en sortir. J’ai envie de raconter des histoires absurdes pour faire naître des images dans la tête du public.

Papy m’a donné un conseil : celui de ne pas m’excuser sur scène. Il ne faut pas confondre être humble et s’excuser. Une fois de plus, j’ai l’impression que je ne fais pas un métier « normal ». Je n’arrive pas à imaginer que des gens organisent du temps pour venir écouter ce que je dis sur scène, tout seul.

Vous avez écrit/joué dans beaucoup de pièces de théâtre avec une troupe. Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait d’être à présent seul sur scène ?

J’ai toujours aimé la convivialité, être entre potes. Jusqu’à mes 19 ans, j’ai vécu dans une cité. Tous les jours, on descendait pour se retrouver ensemble. J’ai retrouvé cette convivialité en faisant des pièces de théâtre avec une troupe où dans La Grosse Emission sur Comédie +. J’ai mis du temps à me dire que je pouvais me lancer seul. Dans mon spectacle précédent, je jouais beaucoup avec le régisseur. Il venait même sur scène à certains moments de la représentation.

 

Vous avez joué dans la pièce Mentir is not good de et avec Vincent Piguet. Quel souvenir gardez-vous de cette pièce de théâtre ?

Ils sont tous très marquants. Vincent Piguet est aussi un Yes man. On s’entend très bien. Pendant la tournée, on s’est toujours retrouvés à manger chez des gens qui étaient venus voir le spectacle, ou encore à des fêtes et des anniversaires auxquels on n’était pas invités. Dernièrement, on a joué dans un hall d’hôtel à Avignon. En même temps, il y avait un concert de jazz avec de gros xylophones. Pendant les moments de silence, on entendait la musique. On avait vraiment l’impression d’être sur une croisière, qu’on allait être invités à tout moment à la table du capitaine [rires].

Vincent Piguet est aussi votre acolyte pour vos chroniques sur Rire et Chansons. Comment l’avez-vous rencontré ?

Par inadvertance.  Je suis tombé dessus lors d’une bagarre… Comme dans tous les couples, ce sont nos ami.e.s en commun. On s’est croisés lors d’une soirée à Avignon qu’organisait Artus. On s’est revus plus tard. On se rejoint dans notre manière de concevoir notre métier. Vincent Piguet a ensuite écrit cette pièce Mentir is not good. Au départ, il avait créé le rôle en pensant à Chantal Ladesou. Et comme physiquement, je suis celui qui se rapproche le plus à Paris de cette actrice, il m’a choisi pour le rôle.

Arriver à manger avec des blagues, c’est quand même incroyable !

Pour les chroniques radio, comment travaillez-vous ensemble ?

Il écrit pratiquement toute la chronique, idéalement deux jours avant. La veille, on se rejoint chez lui pour boire du thé, manger des gâteaux et répéter ensemble. Les chroniques sont très éphémères. Ce n’est pas comme un spectacle où l’on polit les vannes. Pour une chronique, les blagues ne sont jamais les mêmes d’une semaine à l’autre.

Quels sont vos futurs projets ?

Mardi, je vais faire des gaufres et mercredi des croque-monsieur. J’attends la semaine prochaine avec impatience ! J’enchaîne sur mon body Winter avec des raclettes. Sinon, pour mes projets moins importants, j’écris une fiction en podcast qui s’appelle Radio Parking, la radio qui n’a pas encore trouvé sa place. C’est l’histoire d’un gardien de parking souterrain timide. Il tombe amoureux d’une fille qui vient garer sa voiture dans ce parking. Visiblement, elle vient d’arriver dans la région parce qu’il ne l’avait jamais vu auparavant. Il n’ose pas lui parler alors il va demander conseils à d’autres usagers du parking. Enfin et surtout, je veux travailler à fond mon nouveau spectacle Daccordiste !

Retrouvez Patrick Chanfray à partir du 14 janvier, les vendredis et samedis à 19h30 au Théâtre du Marais pour son spectacle Daccordiste.

 

© Photo de couverture : Thomas Brault