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Sébastien Rambaud Célestin

Rencontre avec Sébastien Rambaud : « Le rythme est un langage universel »

Sébastien Rambaud est poète, clown, percussionniste, musicien, interprète,… Avec Fills Monkey, il présente We will drum you, un show insolite de batteries en duo avec Yann Coste, joué dans tous les pays du monde (ou presque). Avec son autre personnage, Célestin, il prépare la sortie de son deuxième album solo. Rencontre avec un artiste au rythme dans la peau. 

Quand avez-vous commencé la batterie ?

J’ai commencé la batterie à l’âge de 14-15 ans. Comme mon père est batteur, j’entends jouer de la batterie depuis que je suis tout petit. La musique, c’est comme lorsque tu apprends une nouvelle langue. Si tu l’as déjà entendue à la maison, c’est plus facile. Même si j’ai débuté tard la batterie, c’est venu assez naturellement. Très vite, je me suis dit que j’allais en faire mon métier. J’avais arrêté l’école et je jouais de la batterie 6 heures par jour. Je prenais aussi des cours de percussions classiques, de piano et de guitare.

Qu’aimez-vous dans cet instrument ?

Très honnêtement, au départ, je n’aimais pas trop. Comme mon père en jouait, je n’avais pas envie de faire la même chose que lui. Cette passion est venue après. Quand j’ai commencé à faire des tournées, j’ai adoré le style de vie : voyager, rencontrer des gens, être sur scène. Aujourd’hui, j’aime vraiment cet instrument. Pour moi, c’est le battement de cœur de l’orchestre et du concert. Chaque coup de grosse caisse est une vibration ressentie par le public. Les gens dansent sur ton rythme. C’est un instrument magique !

Vous avez rencontré Yann Coste en 2005 lors d’une masterclass que vous organisiez et vous avez décidé de monter un duo de batteurs. Plutôt atypique non ?

C’est difficile de jouer avec un autre batteur. Il faut vraiment avoir le même tempo sinon ça fait des fla c’est-à-dire qu’on entend deux coups au lieu d’un seul. On n’est pas les premiers batteurs à jouer ensemble mais monter un duo de deux batteurs uniquement, c’est très rare. Ça laisse vraiment libre court à notre imagination, à un terrain de jeu tout nouveau. C’est assez excitant de se dire : « Tout ce que l’on va faire avec ce groupe-là, ce sera original ». Après, l’envers de la médaille, c’est qu’au début, personne ne croit en ce projet. Mais on a persévéré. Au final, on a réussi à imposer quelque chose de nouveau. C’est une aventure dingue !

 

Pourquoi avoir choisi ce nom de groupe ?

Fills correspond au break de batterie sur les partitions. C’est un ornement libre, tu fais un peu ce que tu veux. On a choisi Monkey parce que, dès le début, on faisait les singes. On trouvait que ça sonnait bien ces deux termes ensemble. Et puis, Metallica était déjà pris…

Le premier à nous faire prendre conscience de cette chance, c’est Gad Elmaleh

Dans votre spectacle, tout objet est propice à remplacer les baguettes. Avec lequel d’entre eux est-il le plus difficile de jouer de la batterie ?

Il y en a plusieurs. Jouer de la batterie avec un batteur à œufs, des nunchakus, des sabres, une perceuse, des raquettes, ce n’est pas évident. Chaque accessoire a sa particularité. Mais à force de travail, ça devient presque aussi naturel que de jouer avec des baguettes. Pendant longtemps, on faisait de la batterie avec des balles de tennis. On était debout sur les tabourets et on faisait rebondir les balles pour créer un rythme. On finissait en partie de tennis. On a passé du temps avant d’arriver à jouer du tennis de façon naturelle.

Quelles sont les choses les plus compliquées à réaliser pour ce show très technique ?

Dans notre spectacle, il y a pas mal de jonglage. On fait tourner les baguettes, on les lance, on les rattrape. Ce sont des choses assez techniques. Comme nos personnages sont un peu fous, si on lance une baguette et qu’on ne la rattrape pas, les spectateurs peuvent penser que c’est fait exprès. Et ça devient drôle ! Je pense que le plus technique, c’est la batterie elle-même. C’est ce qu’on a le plus travaillé. Et ce qui est le plus difficile, ce n’est pas de jouer de la batterie mais d’emmener tout le monde dans notre univers, de n’oublier personne dans la salle qu’il y ait 20 ou 5 000 personnes.

Les solos de batterie souvent interminables ennuient parfois le public, était-ce un pari audacieux de créer un spectacle de batteries ?

On voulait mettre la batterie au centre de la scène mais surtout, parler à tout le monde. Le rythme est un langage universel. Partout où l’on se rend sur la planète, les gens dansent aux mêmes endroits. On mêle ce rythme avec un humour de mimes, de grimaces, de situations, un autre langage commun. En allant en Russie, en Chine ou en Ecosse, on s’est rendu compte que les gens riaient aux mêmes moments. Mais c’est quelque chose qui n’était pas du tout calculé au départ.

C’est un pari un peu gonflé d’être sur scène, en short, bretelles/cravates, et de jouer de la batterie devant 5 000 personnes venues pour Shaka Ponk

Sur scène, vous ne vous exprimez que par onomatopées rythmiques, pourquoi avoir fait ce choix ?

Au début, on intégrait quelques mots en français. La deuxième année, on est parti au festival Juste Pour Rire au Québec. On savait qu’on allait jouer devant quelques francophones mais qu’il y aurait aussi beaucoup d’internationaux. C’était la première fois que l’on participait à un festival international et d’humour ! Honnêtement, en tant que musiciens, on pensait qu’il y avait une erreur de casting. On jouait tous les jours pendant un mois dans une salle de 300 places. On se disait qu’on allait se planter.

Mais il s’est passé tout le contraire ! Notre salle a été remplie en quelques jours seulement. Ils nous ont récupérés dans le festival In pour être dans une salle plus grande. Cette année-là, on a été la révélation de ce festival. Pour nous, c’était un rêve éveillé, on n’y croyait pas. C’était surréaliste.

C’est une vraie chance de pouvoir jouer son spectacle partout dans le monde sans changer une virgule. Le premier à nous faire prendre conscience de cette chance, c’est Gad Elmaleh. On l’a croisé au Fringe d’Edinbourg, un festival international avec des milliers de spectacles par jour. Gad Elmaleh avait un spectacle en anglais. Il avait fait un travail monstrueux de traduction pour chaque phrase, chaque blague. Il vient voir notre spectacle et on se retrouve après, dans les loges pour discuter. On est impressionné d’être avec lui parce qu’on adore cet humoriste. Il nous dit : « Vous vous rendez compte de la chance que vous avez ? Moi, je joue un soir et c’est compliqué. Vous, vous jouez tous les soirs et vous pouvez aller partout dans le monde, vous faites ce que vous voulez avec votre show ». A ce moment, on a réellement pris conscience que ce spectacle pouvait être international.

 

© Simon Lambert

Kalimba, hang, clochette, banjo,… vous ne jouez pas que de la batterie sur scène. Comment votre spectacle a -t-il évolué ?

Ce spectacle n’est jamais figé. Avec Yann, on rediscute à chaque show de ce qui a marché ou non.  D’une semaine sur l’autre, le spectacle ne sera pas le même. Certaines personnes viennent plusieurs fois car le spectacle est sans cesse différent !

Vous avez fait le tour du monde, quels souvenirs gardez-vous de ces tournées ?

Tellement de choses. On pourrait écrire un bouquin avec nos anecdotes de tournée. Je me souviens du Paléo Festival. C’était un des premiers grands festivals que l’on faisait. On est monté sur scène en se demandant si le public allait adhérer. C’est un pari un peu gonflé d’être sur scène, en short, bretelles/cravates, et de jouer de la batterie devant 5 000 personnes venues pour Shaka Ponk. La plupart des gens ne savent pas ce qu’ils vont voir. Et ce qui est dingue, c’est qu’ils ont adhéré. Ils sont rentrés dans notre univers. 

Cette année-là, on a été la révélation du festival Juste Pour Rire

Vous avez un autre personnage, Célestin. Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Célestin est un peu à mon image. Il a la tête dans les étoiles. Et puis, j’aime bien le côté ringard qui colle aussi à ce personnage. Contrairement aux Fills Monkey, je voulais raconter des histoires dans ma langue natale, le français. Je parle de sujets qui me touchent qu’ils soient tristes, joyeux, politiques, écologiques, … Je suis le plus sincère possible et j’essaie toujours d’apporter une touche humoristique.

 

Vous avez sorti un morceau intitulé Hommage au clitoris. Quelle est la genèse de cette chanson ?

J’avais acheté un t-shirt sur lequel est dessiné un schéma de clitoris. On peut lire : « Moins connu que Trump mais beaucoup plus utile » en anglais. A chaque fois que je l’ai mis, plusieurs filles sont venues me voir pour me dire que mon t-shirt était super et me demander où je l’avais eu. Je me suis dit que c’était fou que ce t-shirt ait autant de succès. C’est un sujet encore tellement tabou.

Dans cette chanson, j’évoque la question du féminisme sous l’angle du clitoris. J’aimerais qu’on parle davantage de ce type de sujet. Même si c’est un sujet délicat surtout quand tu l’abordes en tant qu’homme. Peut-être que je me trompe. Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité. C’est ma vérité à un moment donné, je la chante et j’en fais une forme d’art. Mais si j’ai été maladroit, j’en suis désolé. C’est surtout pour ouvrir la discussion.

J’ai fait des dizaines de versions. Je me suis fait aider par beaucoup de femmes autour de moi. Elles m’ont un peu aiguillé et fait comprendre des choses que j’ignorais. D’ailleurs, si je devais réécrire cette chanson maintenant, je pense que je la ferais autrement.

Quels retours avez-vous eus ?

Cette chanson a reçu un accueil un peu mitigé. Les personnes au-dessus de 40 ans ont trouvé que c’était gênant parce qu’il y a encore une forme de tabou. Mais pour les plus jeunes, j’ai entendu des « c’est fun, merci ».

Pour le clip, vous avez tourné en mode live. Pourquoi avoir choisi de filmer de cette manière ?

J’avais déjà fait une première version du clip mais il manquait un deuxième sens de lecture. J’ai eu l’idée d’ajouter des commentaires pour mettre un contrepoint, que les gens puissent s’exprimer en fonction des paroles.

Quels sont vos projets futurs ?

Avec Fills Monkey, on continue de jouer à l’Alhambra jusque Noël. On va reprendre la tournée là où on l’a arrêtée. En France mais aussi en Chine, au Québec, à Edinbourg, en Angleterre, à Tahiti, …

Pour Célestin, le deuxième album sort ce printemps. Il y a déjà deux extraits qui sont disponibles : Que votre année soit bonne et Hommage au Clitoris. Miss Lune, le troisième extrait arrive pour les périodes de Noël. Je vais aussi partir en tournée, jouer un peu partout en France.

Et sinon, depuis les premiers confinements, je fais des concerts privés en appartements. Je vais chez les gens, dans leur jardin, leur salon, leur cave à vin. Ce sont des moments vraiment magiques ! C’est une période pour laquelle on est souvent privés de culture parce que les salles sont fermées ou qu’il faut un pass sanitaire, alors on peut inviter Célestin chez soi. Je m’occupe de tout, il faut juste avoir une prise électrique ! Ils peuvent me contacter sur mes réseaux.

 

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© Conception graphique : Black Stain Studio (Mathieu Grondin)