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Thaïs Kobayashi

Rencontre avec Thaïs Vauquières : « J’aime la scène, c’est ma petite bière de fin de journée »

Humoriste, chroniqueuse et comédienne, Thaïs Vauquières présente son seule-en-scène Hymne à la Joie au Théâtre du Petit Gymnase jusqu’au 16 juillet 2022. Rencontre avec une artiste qui déborde d’énergie, d’enthousiasme et surtout de talent.

Portrait chinois. Si vous étiez…

Un animal : un chat. Et pourtant, je déteste les chats ! Mais comme eux, j’ai tendance à me frotter aux gens [rires].

Un art : la musique parce que sans elle, tu entends tes pensées et c’est l’enfer ! [rires].

Une émotion : la joie. D’ailleurs, je me reconnais dans le personnage de Joie dans le film d’animation Vice-Versa.

Si vos proches devaient vous décrire, que diraient-ils de vous ?

Ils diraient que je leur dois de l’argent [rires]. Je pense que je suis à l’écoute. En tous cas, c’est ce que mes prochent croient parce que je peux rester très longtemps sans parler [rires]. Plus sérieusement, je pense qu’ils diraient que je suis une bonne amie.

Comment vous êtes-vous retrouvée à faire le portrait de l’invité dans l’émission Piquantes sur Téva ?

C’est la productrice Nathanaëlle qui m’a contactée. Elle m’a fait passer un casting improvisé pendant le premier confinement. À la base, je devais m’occuper des infos insolites. Alors je lui ai envoyé une vidéo dans laquelle je parlais d’un pigeon accusé d’espionnage [rires] et j’ai été prise pour l’émission. Le jour de la première, Nathanaëlle a changé d’avis et m’a dit qu’elle me voyait plutôt faire le portrait de l’invité ! C’était court au niveau timing, mais j’ai réussi et depuis, c’est ce que je fais. Je suis trop contente !  

Dans cette émission, vous êtes notamment aux côtés d’Elodie Poux, Christine Berrou, Florence Mendez et Laura Domenge et vous paraissez très complices. Pouvez-vous nous parler de votre amitié ?

On s’est tout de suite super bien entendues. Il y a un truc très sain entre nous et un grand esprit d’entraide. On a notre groupe WhatsApp et on s’écrit toute la journée. Parfois, je n’ose pas dires certaines choses parce que j’ai peur de me plaindre. Mais avec elles, je me le permets. Si je leur dis que ça ne va pas, alors là, j’ai 40 vocaux d’un coup. Et puis, nos parcours se ressemblent. On est toutes passées par les mêmes épreuves. 

 L’humour féminin n’a pas qu’une couleur. Il y a en a autant qu’on veut !

On a des humours différents et en même temps, on se fait rire mutuellement. Je trouve ça cool parce qu’on montre que l’humour féminin n’a pas qu’une couleur. Il y a en a autant qu’on veut ! Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression de bosser pendant l’émission. Avant oui, puisque je dois écrire ma chronique. Mais sur le plateau, c’est tellement cool !

Vous avez pris des cours de théâtre et d’improvisation avant vos premiers contrats en tant que comédienne. Pouvez-vous nous en parler ? 

J’ai pris des cours de théâtre quand j’étais adolescente. Mais j’ai arrêté parce que les garçons, l’alcool, tout ça [rires]. Ensuite, je suis allée à la fac pour faire une licence en information et communication comme toutes les personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent faire dans la vie. Un soir, j’ai fait la fête et je me suis pris une énorme cuite jusqu’à 10h00 du mat’. Je tenais bien à l’époque [rires]. J’ai décidé d’aller à mon premier cours d’impro qui avait lieu dans un café-théâtre. 

Quand je jouais dans une pièce, je n’aimais pas être dans les coulisses parce que je m’ennuyais.

Je ne me souviens pas de grand-chose, mais je sais que j’étais super détendue ! La semaine d’après, je suis retournée au cours. Tout le monde me tapait dans le dos en mode « t’es trop drôle » alors que je trouvais que c’était super dur ! Mais au final, ça m’a quand même bien plu et j’ai continué.

 

Thaïs Vauquières © Kobayashi

Comment avez-vous arrêté la Fac pour vous consacrer à la scène ? 

En parallèle à la fac d’info comm’, j’étais serveuse au Boui Boui, un café-théâtre à Lyon où je suivais mes cours d’impro. Le patron me faisait faire les annonces au micro avant les spectacles pour demander aux gens d’éteindre leur téléphone par exemple. Et moi, j’en profitais pour faire plein de blagues nulles. Un jour, il m’a dit que sa comédienne était partie et m’a proposé de monter sur scène avec lui. C’est comme ça que j’ai commencé. 

J’avais une double vie : je passais la journée à la fac et le soir, je jouais Buzz l’Eclair. Et puis, j’ai arrêté la fac. Buzz l’Eclair, c’était mieux. Grâce à ce premier contrat de comédienne, j’ai senti en montant sur scène que j’étais à ma place. Comme s’il y avait quelque chose de logique et d’évident. Le seule-en-scène n’était pas forcément mon plan de base. Je n’avais pas d’idée précise, je me laissais simplement porter. Mais c’est vrai que quand je jouais une pièce, je n’aimais pas être dans les coulisses parce que je m’ennuyais. 

Ton spectacle, c’est ton bébé à toi. Ce ne sont pas les directeurs de casting qui te disent ce que tu vas jouer. C’est toi qui décide et c’est génial !

Un jour, Stéphane Cazes, mon co-auteur, metteur en scène et producteur actuel m’a dit : « t’as l’énergie pour un one woman show ». Ça me faisait peur parce que c’était à moi d’écrire le spectacle. Rien à voir avec le théâtre. Et puis, j’ai décidé de me lancer et je n’ai pas de regret. C’est tellement cool ! Ton spectacle, c’est ton bébé à toi. Ce ne sont pas les directeurs de casting qui te disent ce que tu vas jouer. C’est toi qui décide et c’est génial !

Comment avez-vous procédé pour écrire votre seule-en-scène Hymne à la Joie ? 

J’ai toujours aimé écrire. C’est ce que je préférais à la fac. Mais ils faut une grosse confiance en soi et même un égo de ouf pour se dire :  « ok, les gens vont payer pour écouter ce que j’ai écrit ». Au départ, c’était quand même très compliqué. Mais j’ai réussi à écrire un truc. Je l’ai fait lire à un mec dont je tairai le nom parce qu’il m’avait complètement découragée. Ça m’a coupée. Je me suis dit que je ne serai jamais autrice. 

J’ai failli passé à côté de ma passion et de ma carrière à cause d’un gars qui a démonté mon travail.

J’ai raconté ça à Stéphane Cazes et il a insisté pour que je lui fasse lire quand même. Et il m’a dit : « en fait oui c’est bien ! Allez viens, maintenant on écrit ce spectacle ». J’ai failli passé à côté de ma passion et de ma carrière à cause d’un gars qui a démonté mon travail. Evidemment, ce n’était pas parfait. Mais on a énormément travaillé.  Je jouais 6 à 7 fois par semaine le spectacle pour le rôder. On mettait une caméra dans le fond et on regardait le résultat chaque jour pour pouvoir l’améliorer. Je ne pouvais plus me voir [rires]. 

 

En parallèle à votre spectacle, vous faites également du stand up. Pouvez-vous nous parler de votre expérience des plateaux d’humour ? 

J’en ai fait en arrivant à Paris. Mais c’était difficile pour moi. J’étais « la provinciale » ou « la fille ». Il y avait encore moins de meufs que maintenant dans le stand up. Si on était deux meufs à participer à un plateau, alors l’une passait au début et l’autre à la fin. On comparait souvent mon passage à celui de l’autre fille, alors que, peut-être, mon humour ressemblait plus à celui d’un mec ! Si j’étais toute seule, je passais au milieu. Mais pourquoi ? On n’est pas des intercalaires ! Le résultat, c’est que ça créait des rivalités de m****. 

Les plateaux, c’est comme une arène. J’adore !

Je me sentais beaucoup plus à l’aise sur scène, dans mon spectacle. Plus tard, j’ai commencé à passer au Paname Art-Café et là, j’ai kiffé. J’écrivais déjà pour Téva et RTL et je pense que j’avais gagné en expérience. Je me sentais aussi plus légitime en comparaison avec mes débuts à Paris. Les plateaux, c’est comme une arène. J’adore ! 

Je suis contente de voir que les choses ont évolué aussi. Il y a plus de filles avec de l’humour bien rentre-dedans et c’est très cool. Il y a peu de temps, certains étaient choqués lorsqu’ils voyaient mon sketch de la pilule du lendemain. Alors que l’artiste qui parle de son pénis et de ses rendez-vous chez le médecin, c’était ok. Mais ça change et on avance !

 

Actuellement, vous jouez Hymne à la Joie à Paris. Le spectacle mélange le chant, la danse, les sketchs et le stand up et on voit surtout que vous y avez mis beaucoup de vous. Qu’est-ce qui vous tenait à cœur ?

C’est un cadeau que je me suis fait parce que je voulais que le spectacle me ressemble. Je voulais que ce soit un genre de cône surprise avec plein de bonbons. Je ne voulais pas être linéaire et je voulais que ce soit fun. C’est un spectacle pour décomplexer et déculpabiliser avec une touche féministe. 

 Jouer des personnages, c’est tellement agréable. Tu arrives sur scène et  tu es quelqu’un d’autre avec une autre vie et d’autres problèmes.

J’ai voulu suivre mes envies. J’avais envie de chanter, alors j’ai chanté. Je voulais faire des personnages alors je l’ai fait aussi ! Jouer des personnages, c’est tellement agréable. Tu arrives sur scène et tu es quelqu’un d’autre avec une autre vie et d’autres problèmes. Tu peux leur faire dire des horreurs, c’est très pratique ! En fonction des soirs et de mon humeur, ils sont différents. Les parties de stand-up sont aussi très importantes pour moi parce que j’apprécie m’adresser directement au public et prendre la parole en mon nom.

 

Thaïs Vauquières © Kobayashi

Vous êtes très attachée aux personnages que vous jouez sur scène notamment à Gigi qui a sept enfants. Comment est-elle née ?

Le personnage de Gigi est inspiré d’une dame que j’ai entendue à la fête foraine à Lyon. Elle est passée près de moi et a dit à ses enfants : « Machin, tu parles pas à ta soeur espèce de petit en**** ». Et je me suis vraiment dit : « waouh, ok c’est un autre univers ». Et j’ai écrit autour de ça. J’ai simplement poussé le curseur en partant de la vérité. Le but n’est pas de me moquer des gens ni de les juger à travers mes personnages. Je tiens à ce qu’ils restent attachants. 

Vous êtes chroniqueuse dans Le Bon Dimanche Show sur RTL. Y a t-il des chroniques avec des invités qui vous ont particulièrement marquée ?

Oui, la fois où on recevait Thierry Ardisson dans l’émission. On aime ou on n’aime pas, mais c’est vrai qu’au niveau challenge pour moi, c’était quelque chose ! Il a eu énormément de chroniqueurs dans ses émissions et ça a été un tremplin pour plein d’humoristes tels que Stéphane Guillon. Je ressentais vraiment le stress de l’entretien et ça s’est super bien passé ! 

On a également reçu Gad Elmaleh et c’est vrai que la petite fille en moi était toute folle. Ensuite, il m’a parlé sur Instagram et j’ai dit à mon mec : « Chut ! Je ne peux pas te répondre là, je suis en train de parler avec Gad » [rires]. 

Le but n’est pas de me moquer des gens ni de les juger à travers mes personnages. Je tiens à ce qu’ils restent attachants.

C’est vraiment cool de travailler avec cette équipe. Ils sont très cools et me laissent écrire tout ce que je veux. D’ailleurs, que ce soit RTL ou Téva, personne n’a jamais relu mes textes. Peut-être que ça ne les intéresse pas [rires]. Je m’occupe du portrait de l’invité bien sûr, mais avant ça je peux choisir le thème qui me plaît et en dire ce que je veux. Par exemple, j’ai beaucoup parlé de politique cette année. Avant, ce n’était pas du tout mon truc. Aujourd’hui, plus je le fais, plus je trouve ça intéressant. Valérie Pécresse, c’est ma muse [rires].

Quels sont vos plus grands rêves ?

J’aime la scène, c’est ma petite bière de fin de journée. Et le cinéma, c’était mon rêve.  Je viens justement de finir le tournage d’un film. Pour la petite vanne : j’avais déjà joué dans un film. C’était Les Tuches 4, mais j’ai été coupée au montage [rires]. Aujourd’hui mon rêve, c’est que ça continue comme ça. J’ai la radio, la télé, la voix-off, mon spectacle, le stand-up, j’ai l’impression d’avoir réalisé tout ce que je voulais. Ah si, un de mes rêves, ce serait de dormir [rires] !

Y a-t-il un message que vous souhaitez faire passer avant la fin de l’interview ?

J’aimerais dire aux gens de faire attention lorsqu’ils commentent les photos et les vidéos sur les réseaux sociaux. Internet est un endroit très spécial et je ne n’aimerais pas qu’ils oublient qu’il y a toujours un humain qui lit tout ça. Le pire commentaire que j’ai eu c’est : « une carotte qui parle ». Donc ça va, je ne suis pas à plaindre. Mais je sais que c’est quelque chose qui peut faire très mal. Alors réfléchissez à deux fois svp :).

Pour assister au spectacle de Thaïs Vauquières, rendez-vous sur le site du théâtre du Gymnase Marie Bell. Suivez son actualité sur ses comptes Instagram et Facebook.

 

©Photo de couverture : Kobayashi